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Tradition
Il y a 450 ans, le 7 octobre 1571, la bataille de Lépante arrêtait l'islam
Il y a 450 ans, le 7 octobre 1571, la bataille de Lépante arrêtait l'islam

| Alexandre de La Cerda 939 mots

Il y a 450 ans, le 7 octobre 1571, la bataille de Lépante arrêtait l'islam

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La chapelle Saint-Sauveur d'Iraty relevait de la commanderie de Malte d'Apat Ospitalea ©
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Ospitalea, la commanderie de Malte à Irissarry ©
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Pendant les quelques années de ma collaboration avec l’entité municipale « Biarritz-Expansion » alors présidée par l'adjoint au maire Peio Petit, je ne manquais jamais de jeter un regard sur le magnifique tableau qui agrémentait ses locaux à Javalquito et où mon imagination aimait parfois à s’immerger. Cette belle copie dont l’éclat un peu assombri au fil du temps mériterait d’être « rafraîchi » figure la bataille de Lépante et orne à présent la salle des commissions au premier étage de la Mairie de Biarritz.

Le 7 octobre 1571, dans le golfe de Lépante, à la sortie du détroit de Corinthe, cette victoire navale complète des forces chrétiennes coalisées (sans la France, pactisant avec les Turcs afin de contrer les Habsbourg) sous le commandement de don Juan d’Autriche, frère de Philippe II d’Espagne, libéra l’Europe des menaces d’invasion des musulmans qui occupaient déjà Belgrade, Rhodes, la Hongrie et mettaient le siège devant Vienne en 1529. Presque toutes les galères ennemies prises ou coulées, l’amiral turc Ali Pacha fait prisonnier, quinze mille captifs chrétiens étaient libérés et le Pape Pie V institua la fête de Notre-Dame des Victoires célébrée ensuite sous le nom de fête du Rosaire, chaque premier dimanche d’octobre.

Et le souvenir du tableau maintes fois contemplé à Biarritz me revenait à l’esprit lorsqu'au cours d'un voyage à Malte, j’assistai à la scène, répétée chaque jour à midi, d’un soldat en uniforme colonial anglais tirant vers la rade de la capitale maltaise une salve depuis les canons du fort de La Valette ! Plus que la présence anglaise, initialement due à la volonté des Maltais d’arrêter les pillages et les profanations d’églises de l’armée napoléonienne lors de la campagne d’Egypte, cette salve d’honneur quotidienne qui fait désormais la joie des touristes rappelle bien mieux la victoire de Lépante. Combat décisif auquel avaient grandement contribué les chevaliers de Malte après avoir héroïquement défendu, six ans auparavant, contre un terrible siège turc, l’île que leur avait confié Charles Quint contre la remise annuelle par le grand-maître de l'Ordre d’un faucon chasseur !

L’année suivante, le Grand-Maître Jean Parisot de La Valette fondait la capitale qui porte son nom et l’Ordre la dotera des somptueux édifices qui en font l’orgueil encore aujourd’hui, une ville « bâtie par un gentilhomme pour des gentilshommes », considérée comme un « pur joyau du baroque européen »

En fait, il s’était produit une véritable symbiose entre Malte et les chevaliers issus de la plus grande aristocratie européenne, l'île et les hommes s'apportant mutuellement gloire et grandeur. Les Maltais n'avaient-ils pas conservé leur foi chrétienne, malgré l’occupation islamique de 870 et la réduction de la population en esclavage, jusqu’à la libération de l’archipel en 1090, par le Normand Roger de Hauteville, comte de Sicile. Ni leur langue originelle maltaise, de la même famille que l'hébreu et l'arabe, enrichie de vocabulaire sicilien, et dont la source remonterait aux Phéniciens originaires de l’actuel Liban. Grâce à une intelligente politique de leur gouvernement, l’énorme majorité des 400 000 habitants est actuellement bilingue maltais-anglais et beaucoup parlent également l’italien. Un exemple pour les Basques !

Malte dans le patrimoine basque

Sans doute en raison du passage de nombreux pèlerins de Saint-Jacques, la célèbre croix de Malte est très présente au Pays Basque. D’abord croix blanche à huit pointes apposée sur la tenue noire des desservants de l'hôpital de Saint-Jean Baptiste à Jérusalem, elle a ensuite était utilisée par l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem sur un fond rouge, comme pavillon de sa flotte. Ces couleurs rouge et blanche conservées sur le drapeau actuel de l’Etat maltais reprennent d’ailleurs celles de la bannière du comte normand Roger Ier de Sicile qui régna sur l’île au XIe siècle. 

Beaucoup de maisons portent le nom d’« Ospitalia » ou arborent cette croix sur leurs linteaux de porte ou de fenêtre, tel celui de la ferme Iturburua à Lantabat qui daterait de1736. On recense également un certain nombre de stèles discoïdales comportant ce motif, depuis celle du XVIe siècle en possession de Pierre d’Arcangues (actuellement au Musée Basque) jusqu’aux exemplaires trouvés à Doazit en Chalosse. 

Les vestiges des commanderies et maisons dépendantes de l’Ordre sont innombrables : à Haranbeltz, quartier d’Ostabat où convergeaient les pélerins venant des trois routes « jacquaires » (Paris, Vezelay et Le Puy), le tympan décoré du XIIe siècle qui surplombe la porte de la chapelle présente un chrisme surmonté d’une croix de Malte. La croix figure sur des meubles régionaux des XVIIe et XVIIIe siècle (par exemple au château d’Urtubie).

Parmi les nombreuses étapes sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle, signalons encore la maison-forte « Pellegrinia » près de Saint-Palais qui joua un grand rôle dans l’essor économique de la foire (millénaire) de Garris d’où provient une cheminée à la tête sculptée de moine portant la croix de Malte et le collier de l’Ordre. Dans la montagne navarraise, la chapelle Saint-Sauveur d'Iraty relevait de la commanderie de Malte d'Apat Ospitalea, dépendant elle-même de celle d'Irissarry ; l’actuelle église paroissiale de Tarnos, ancienne commanderie hôpital des Chevaliers de Malte, fortifiée au XIe siècle afin d’accueillir les pèlerins qui suivaient le chemin du littoral, tout comme « l'Espitaou » d’Horsarrieu dans la Chalosse voisine, mentionné dès 1335 et qui subsista jusqu’à la Révolution ; à Arthez-de-Béarn, la Chapelle de Caubin (du XIIe siècle) était une commanderie de l’Ordre de Malte sur le chemin de Compostelle. Mais le monument le plus emblématique et le mieux conservé demeure, certes, « Ospitalea » à Irissarry. Fondée au XIIe siècle par les hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, elle fut reconstruite en1607 par son commandeur Martin de Larrea qui en fit à l'époque un des plus beaux bâtiments de Navarre avant qu’elle n’abrite le Centre d'Education au Patrimoine créé en 2002 à l'initiative du Conseil Général.

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