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Histoire
France-Vatican, des relations au fil d’un siècle agité
France-Vatican, des relations au fil d’un siècle agité

| François-Xavier Esponde 1679 mots

France-Vatican, des relations au fil d’un siècle agité

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L’ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, Charles Jonnart, présente au pape Benoît XV des lettres de créance renouant les relation (1921) ©
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1 – Début du XXème siècle.

Dans un livre paru en 2019 chez Perrin, sous le titre "Tous les secrets du Vatican", l'historien Bernard Lecomte (*) savoure de récits burlesques les relations diplomatiques entre deux Etats souverains par trés souvent aux sensibilités exacerbées.
L’histoire rapporterait le quiproquo de Albert le Nordez nommé évêque de Dijon installé en février 1904 dans sa cathédrale au milieu d’un pan d’hostilité qui chahuta de l’intérieur la tenue de sa prise de fonction.
Dans le diocèse sa nomination fut entourée de suspicion. Il serait franc maçon, républicain et proche des idées de Combes. Le volet complet de l’ignominie ! Les hostilités contre l’évêque ayant dépassé les frontières, il fut convoqué à Rome par le pape Pie X pour explication, mais le dit nommé ne jouissait de la liberté concordataire de s’y rendre, tout déplacement hors la france lui étant soumis à la décision des autorités civiles.

Désobéissant à ces dernières Le Nordez se rendit à Rome à l’appel du berger pontifical et l’affaire éclata en scandale d’Etat. Dans un contexte tendu des rapports entre le Vatican et l’Italie, la perte des Etats Pontificaux et la main mise de l’italie sur ce bien ecclésial exacerba encore par dérivation la nature des relations entre le Vatican et la France. La visite du président Loubet au Roi d’Italie victor emmanuel III en fut une provocation de trop..
17 années durant, la rupture fut consommée. Il faudra attendre 1921 pour restaurer le rapport diplomatique entre les deux acteurs de l’histoire laïque et civile en France, religieuse et catholique au Vatican.

Les diatribes prononcées au Parlement français rendaient compte de la nature anticléricale et anti papale de députés comme celles de Paul Bert contre les jésuites en 1879 renchérissant et accentuant la dérive.
Léon XIII, pape humaniste, chercha à “apaiser la tension avec l’encyclique Au milieu des sollicitudes parue en français et non en latin, en 1892, invitant les catholiques en France à se rallier à la république.” Mais l’affaire Dreyfus accentuait à nouveau les divisions entre les catholiques.

Dès 1901 la Loi des Associations, première version, donnait un statut à part aux Congrégations religieuses mais les demandes d’agrément étaient quasi toujours refusées par l’autorité civile en France.
L’enseignement tenu par les religieux, restait un sujet polémique et de division entre les républicains et la frange royaliste toujours forte dans le pays, du royaume dit des deux France !
Juillet 1904 la rupture est désormais consommée entre les Eglises et l’Etat mettant fin au Concordat napoléonien précédent.
Fâcheries et hostilités réunies contre la loi de 1905 suivante, l’Eglise s’accordait elle même la nomination des éveques hors les décisions des autorités civiles. Le revers d’une telle mesure en fut l’appauvrissement des églises qui ne disposaient de subventions publiques pour leur vivre au quotidien.

Mais par retour, la perte décisionnelle du choix des candidats aux évêchés resta un problème pour les autorités françaises de qui échappait le contre pouvoir de l’ultime .
La guerre de 1914 et la nécessité d’assurer l’unité nationale par la réconciliation civile des français entre eux, ouvrit un horizon nouveau en ces relations distendues.

C’est curieusement la figure religieuse de Marianne incarnée en Jeanne d’Arc qui réunit les anticléricaux, les catholiques, les français de gauche et de droite et les patriotes qui avaient payé cher leur engagement national.
Comble de l’imprévisible, un député radical proposera une fête nationale à la française de Jeanne d’Arc dès 1884. Une singularité de plus !
Il n’en fallut pas davantage pour canoniser à Rome la pucelle, dans l’urgence, ce que le pape benoit XV fit comme “une déclaration d’amour à la France”, cette fille aînée de l’église si cabotine, si singulière et si aimante malgré ses facéties.

Changement de rapport, le pape ouvrait en sus des portes fermées pour l’heure en faveur du droit de vote des femmes, le 15 juillet 1919, qui n’existait pas encore en France... Les mentalités semblaient avoir évolué et du côté du Vatican et du côté français, pour des relations plus consensuelles entre des partenaires d’antan désunis.

2 - 17 années de rupture avaient prédominé jusqu’en 1921.

La France souhaitait faire admettre les lois en faveur de la Laicité par Rome, partager des informations avec le Vatican sur la vie du monde dont on connaissait l’expertise papale par son réseau de relations internationales, et compter avec ce partenaire italo romain au profil singulier mais incontournable.

L’arrivée d’un nonce à Paris s’ensuivit.

Les Accords Poincaré - Cerretti de 1923-24, sous la présidence de Poincaré, d’Aristide Briand, et du nouveau nonce Cerretti, donneront naissance au principe des Associations Diocésaines, placées sous l’autorité de l’évêque , réglant la crise de 1905 et ouvrant la voie à des relations apaisées entre le Vatican et la France. Un changement de monde à terme.

A la demande de Jean-Pierre Raffarin bien après, l’historien Emile Poulat au fait des affaires religieuses, rendit ces échanges publics dans le cadre d’une instance de dialogue entre l’église catholique et le gouvernement, créée par Lionel Jospin. Ce travail fut peu divulgué hors les réseaux directement concernés, mais fut une avancée notable des relations enkystées entre la France et le Vatican.

L’histoire se poursuivra dans ce sens accordé, pour le proche avenir. Le nonce Roncalli devenu pape jean XXIII en fut un acteur inégalé.

La convocation du Concile Vatican II à Rome, la présence de théologiens français, jésuites et dominicains de talent, De Lubac, Daniélou, Congar, Chenu assureront le rayonnement intellectuel et diplomatique de la France, pendant huit années, dans ce rendez vous international tenu au Vatican. Chacun y trouva son intérêt.

Le paroxysme atteignit son zénith avec le pape paul VI fin connaisseur de la culture française qui parlait le français avec ses collaborateurs, fréquentait les penseurs de langue française et s’entoura de conseillers venus de France comme le Cardinal jean marie Villot.
La nomination de Jacques Maritain, théologien et philosophe, ami du Général de Gaulle, au Vatican redora les relations entre les deux Etats, après le temps de ”la collaboration des évêques français versés sous le régime de Pétain pour la plupart, qui fit porter une ombre à l’église pendant l’occupation allemande.”

Le temps de Jean Paul II Karol Wojtyla pape polonais fut plus compliqué dans ces rapports, souligne l’historien.
Le slave polonais devenu pape méconnaissait la complexité française des rapports historiques entre le civil et le religieux et l’extrême sensibilité nationale du sujet.

Amour et désamour pour la France, lors de son premier voyage au Bourget où “une foule comptée” attend le pape, conduit par Mgr Etchegaray, Président de la Conférence des évêques français. Jean Paul II ne cache pas son humeur contrariée. On attendait davantage de témoins à ce rassemblement national.
Son coup de semonce est resté dans les mémoires, France qu’as-tu fait de ton baptême ? Dans le texte ou hors le texte, l’histoire le saura un jour !

Cette réaction sera réactivée encore lorsque Jacques Chirac quelques années suivantes refusa d’inscrire les racines chrétiennes dans la Constitution européenne
Bien français, du religieux oui, mais sans excès !
La barrette canonique de chanoine du Latran fut un autre épisode savoureux pour le président Mittérand, qui ne disconvint de la recevoir mais ne jugea utile de se rendre au Vatican pour la porter.

Par la suite, la légalisation de l’avortement en France sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing exacerba une fois encore la sensibilité vive du Vatican à toute nouvelle disposition législative en matière de morale familiale.

La question de l’école dite libre ou confessionnelle sous le régime d’une laicité française de tolérance et de liberté fut une nouvelle épreuve partagée en 1984 entre deux courants de la société sur le sujet.

Le pontificat de Benoit XVI s’inscrivit dans la tradition de la culture française partagée par le théologien allemand devenu pape ami de la France.

Il n’en sera plus de même avec le pape François, argentin d’origine italienne, citant les auteurs spirituels français tels Léon Bloy, Charles Péguy, Georges Bernanos, ou Joseph Malègue, mais le virage adopté en France en faveur du pacs et du mariage entre personnes du même sexe, fut l’objet d’un désenchantement au Vatican, dans les rapports avec la France où sur de tels sujets on arborait une cuirasse de résistance armée .

En matière d’éthique personnelle le sujet demeurant ombrageux, incompris ou mal perçu pour l’heure. Incorrigible, la France marquait ses réticences.

Emmanuel Macron dernier Chef d’Etat français en fonction se rendant en 2018 au Vatican dans la suite de la conférence donnée aux Bernardins apporta un élément renouvelé à ces relations qui demeurent somme toute compliquées entre la fille aînée de l’église, et Rome, mère aimante et toujours souveraine.

Le pape François n’ayant toujours pas foulé le sol français depuis son accession à la fonction papale, sinon lors d’un voyage éclair à Strasbourg au Conseil de l’Europe et au Parlement Européen, semble attendu avec presse par les autorités nationales qui renouvellent insistantes des invitations et attendent une réponse.

Viendrait-il à Marseille au cours de l’été 21 lors de l’anniversaire jésuite de la Fondation de l’Ordre et de la prochaine canonisation de Charles de Foucauld, un français cher au pape François ?

Par ailleurs le pape François semblerait témoigner à la france un intérêt personnel d’amplitude concernant les décisions politiques en faveur du désarmement total, d’une charité multilatérale, de dispositions sanitaires en soutien aux plus pauvres de la terre.

Des réponses apportées à l’islam de france par une laicité revisitée par la question musulmane, en somme par ces questions de dimension sociétale internationale en laquelle la France selon ses vues, devrait compter par ses décisions déterminantes des avancées écologiques et du bien commun prophétiques pour l’humanité..!

Les rapports France-Vatican feraient l’objet d’un réchauffement diplomatique, revisitable au cours des prochaines années.
Chacun le souhaite pour son propre compte.

(*) Le même auteur publia "J’ai senti battre le coeur du monde" du cardinal Etchegaray aux éditions Fayard, livre de ses mémoires et souvenirs...

Légende de notre photo en couverture : la réconciliation 17 ans après la rupture. En 1921, l’ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, Charles Jonnart, présente au pape Benoît XV des lettres de créance renouant les relations.

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