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Histoire
Diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron : le clergé et la guerre
Diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron : le clergé et la guerre

| François-Xavier Esponde 1909 mots

Diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron : le clergé et la guerre

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Aumôniers militaires pendant la Ière Guerre Mondiale ©
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1 – Le clergé basco-béarnais pendant la Grande Guerre.

 Dans un pays où la moitié d’une tranche d’âge des vingt ans disparut sur le front de la Grande Guerre, le clergé basco-béarnais eut son cortège de patriotes Morts pour la France dont les noms figurent sur les monuments aux morts des villages.

Mais il y eut les retours de ce front de la guerre de ces prêtres qui reprirent dans le diocèse place au rang du clergé, auréolé de gloire et de reconnaissance pour avoir assumé leur honneur du service national.
 Il s’agissait d’Anciens Combattants, affiliés par la suite aux associations créées à cette intention, occupant dans ces cercles de fraternité des fonctions bénévoles de secrétariat, et toujours disponibles pour organiser avec les réseaux des rassemblements, des hommages et des déjeuners républicains en souvenir de leurs camarades de la guerre.

 - Certains reprendront un service paroissial, d’autres devenant professeurs des collèges catholiques diocésains.
On les retrouvait à Ustaritz, Mauléon, Hasparren, Bayonne, Pau et dans le Béarn rural au milieu de leurs compatriotes du département.
Les anciens d’Ustaritz se souviennent de professeurs arborant soutane et médailles. Ils avaient fait la grande guerre, étaient revenus vivants, cabossés et souffrant de quelques infirmités, mais bien présents dans le Pays Basque et le Béarn de leur naissance.

A Cambo, on soignait  les poitrinaires, phtisiques en terme médical de leurs blessures pulmonaires. En d’autres établissements sur la Côte basque du coté d’Hendaye, et Bidart, ils supportaient les soins convalescents de longue durée pour tenter de retrouver l’usage de membres moteurs mal soignés pendant la guerre et diminués dans leur activité.

La mention par Mgr Gieure de 700 prêtres et séminaristes du diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron enrôlés en 1914 démontre l’importance du chiffre et des conséquences sur la vie ecclésiale de ce diocèse.
Les anciens élèves – aujourd’hui, octogénaires - se souviennent des noms des abbés Lassalle, Bisquey, Vergez qui enseignaient au Petit séminaire d’Ustaritz.

Mais les sources font bien défaut pour enrichir sur le Béarn de noms de membres du clergé revenus du front, dans ce diocèse bicéphale depuis son origine. Pierre Tauzia renvoie au Livre d’Or du Clergé de 1914 où sont consignées les identités de la totalité des membres français du clergé ayant participé à la Grande Guerre, en particulier ceux des Basses Pyrénées.

 La mémoire de 39-45 s’avère plus vivante et les noms des abbés Lafourcade, Lacoste professeur à Mauléon, Pambrun, Récaborde, Daguzan, Hourcade viennent à l’esprit.

Sans oublier encore l’abbé Curutchet, blessé de la guerre, curé de Louhossoa, l’abbé Pastor professeur de physique chimie au collège François Xavier d’Ustaritz, et le souvenir de l’abbé Dubernet, mort en camp de concentration en Allemagne, originaire de Ciboure.
Une facétie d’étudiant à Ustaritz lui coûta la déportation : une fausse lettre signée de soldats américains circulait chez les élèves, qui la confièrent au supérieur du collège, l’abbé Greciet d’Espelette, qui à son tour, craignant des risques pour l’établissement, la remit à l’autorité allemande.
L’abbé Dubernet, qui maîtrisait la langue anglaise, disait-on, fut suspecté à tort d’en connaître l’origine et d’appartenir à un réseau de résistants locaux. Il fut déporté et ne revint jamais dans son diocèse.

Ces souvenirs montrent que le clergé tint sa place comme tous les citoyens dans le paysage du patriotisme français. Ne pas l’oublier permet de rendre à ces jeunes hommes la gratitude que mérite leur courage : prêtres et hommes avant tout, dans ces aléas d’un parcours combattant qui semble désormais oublié à notre époque, à l’exception de quelques esprits curieux de l’histoire religieuse diocésaine.

2 - Les souvenirs des survivants de la seconde guerre mondiale sont plus fournis dans les mémoires.

 Le nombre de ces prêtres, professeurs et devenus chanoines qui peuplèrent nos rangs du clergé sont accessibles à la mémoire contemporaine.
Ces séminaristes, ou prêtres jeunes en pleine vitalité emprisonnés en Allemagne portent nom et se rappellent à nos souvenirs. Disparus pour la plupart désormais mais non oubliés.

- Le chanoine Henri Barnèche, ancien curé de Cambo, ordonné avant 1939, fut parmi les prisonniers de ce temps. Il relatait la vie dans les camps où l’on groupait les populations par leur origine.
Les religieux, prêtres, moines, séminaristes de tout le pays partageaient la même condition de prisonniers, mais se retrouvaient réunis dans des internats créés à leur intention.
Il dit avoir été désigné comme “aumônier volontaire itinérant”pour visiter les autres camps de prisonniers alentour, arborant un brassard, une soutane et des papiers en règle, un vélo pour ses déplacements encadrés.
Ses visites s’accompagnaient de la messe ou de prières, de confessions individuelles auprès de camarades internés comme lui.
L’ordinaire liturgique pour cette mission relevait du minimum : un livre de messe en latin, une étole, faute de chasuble, ne précisant si on lui accordait le bénéfice des hosties de pain azyme, de vin, et d’autres attributs canoniques pour son service.
Il semblerait que la liturgie de la parole, le commentaire évangélique résumait pour lui l’essentiel de ses interventions.
Sans ignorer l’échange personnel avec ces hommes célibataires ou mariés pour certains qui se confiaient dans la confession avec cet homme de Dieu proposé pour cet échange.
Henri Barnèche était d’un naturel réservé mais la liberté relative de ses fonctions sacerdotales lui permit de rencontrer dans les camps des croyants de toutes familles religieuses.
Adaptant, disait-il, l’offre à chaque demande, sans prosélytisme, car les conditions de vie dans ces internats forcés laissaient peu de place à des initiatives autres que celles des fêtes religieuses officielles où il lui était possible d’organiser des réunions sous la bonne garde de l’autorité militaire allemande en place.

 - Michel Dufau fut aussi parmi ces prisonniers de guerre. Homme de lettres, esprit raffiné, curieux de savoir, il apprit l’allemand pendant ces années de confinement.
On le consultait à son retour. Il donna des cours car sa pratique orale et écrite de la langue de Goethe faisait sa réputation.
Par comparaison avec d’autres prêtres prisonniers, il se résolut à étudier cette culture germanique comme Etienne Sallaberry, avec lequel il entretint une amitié de jeunesse et de la guerre.
Michel Dufau, ancien aumônier de cliniques à Bayonne chez le docteur Henri Grenet, bénéficiait de l’aura du personnel de l’établissement et de son patron avec lequel des souvenirs communs du temps de la guerre égrenaient leurs péripéties de la vie passée.
On prêtait au docteur Henri Grenet des actions patriotiques discrètes auprès de résistants locaux qu’il recevait dans sa clinique et selon toute probabilité à l’abri des regards bayonnais où comme en toute ville les pétainistes et les patriotes se disputaient les faveurs populaires. Les deux hommes s’estimaient, se comprenaient, et gardaient une amitié réciproque entre eux.

 - Il conviendrait de citer également Etienne Sallaberry, professeur de philosophie à l’Institution Saint Louis de Gonzague et à la Villa Pia de Bayonne. « Un professeur original », disaient ses étudiants, « qui aimait partager ses enseignements et ses souvenirs de guerre ».
Dans le journal Herria il publia ses “pointes sèches”, ou souvenirs du stalag où il passa plusieurs années d’internement. Les amoureux de l’histoire pourront consulter les archives du journal.
Ses lecteurs parmi le clergé admiraient son audace et sa témérité à relater des souvenirs qui pouvaient en indisposer d’autres. Car dans les rangs du clergé diocésain, les avis demeuraient partagés vis à vis de la présence allemande et certains, de la même tranche d’âge que leurs camarades envoyés en Allemagne, passèrent entre les filets de la sélection. Pourquoi ? Nul ne le saurait dans les faits.

- l’Abbé Etcheberry, aumônier de l’Hôpital Saint-Léon, l’abbé Gratien Mailluquet, aumônier du Funérarium, débattaient à propos des articles de Herria publiés sous la plume d’Etienne Sallaberry qui ne manquait de lancer quelques piqûres de rappel à ses confrères, l’un ayant fait la guerre au Maroc, l’autre absent du rendez-vous en Allemagne, et concernés par cette histoire si contemporaine encore en ces années 60, leur vision du temps de l’Occupation ne correspondant pas avec celle d’Etienne Sallaberry.
A leur retour, la différence de statut entre eux se fit, naturellement au bénéfice des anciens-jeunes prisonniers à qui on destina des postes honorifiques ou de prestige pour récompenser leur patriotisme avéré.
Devenus curés de grandes paroisses, ils détrônèrent les vieilles gloires locales dont certaines avaient clairement déclaré quelque indifférence pour l’occupant et préféré pactiser avec le régime en vigueur.
Ces mêmes curés devenus chanoines, trônèrent plus tard en la cathédrale de Bayonne où le distinguo entre les anciens prisonniers et les autres marquait une ligne de démarcation entre les patriotes et les autres membres dans le clergé.

Dans le diocèse gouverné par Mgr Vansteenberghe, on savait que nombre de membres du haut clergé local ne soutenaient pas les prises de position courageuses de l’évêque en faveur de la libération de la France de ses occupants.
Et les chanoines en place, âgés pour certains, du Chapitre cathédral, ne nourrissaient guère pour l’évêque de sympathie excessive, s’agissant de le soutenir dans ses prises de parole publiques. Sa Lettre pastorale publiée pendant la guerre demeura objet d’admiration pour son courage mais cristallisa l’hostilité allemande qui le confina à l’évêché où il mourut dans la privation de soin sanitaire..

La cathédrale de Bayonne continuait à célébrer messes, enterrements, peu de mariages, et de baptêmes pendant la guerre. Les soldats allemands y pratiquaient le culte du dimanche, particulièrement sous le règne du chanoine Bordarrampé, au milieu d’officiers autrichiens que l’on distinguait des autres comme des pratiquants fidèles à la cathédrale de Bayonne. Leur centre de commandement sis au Grand Hôtel à Bayonne rendait leur déplacement facile en raison de sa proximité.

Nombre de ces militaires, privés de leurs familles, partageaient le mois de Marie et les fêtes familiales des communions et confirmations des enfants, dont certains se souviennent encore de leur présence à leurs côtés.

 Autres figures du temps, les chanoines Eyharts, Lahetjuzan, Cours, l’abbé Babaquy, l’abbé Dassance et bien d’autres, mériteraient davantage qu’une citation écrite de ce billet de souvenirs.
Ils furent tous pourvus de caractères bien trempés, anciens de la guerre eux aussi.
Leur nom est souvent associé à la fondation d’une nouvelle paroisse diocésaine. Une forme de revanche sur l’adversité de la guerre et la création d’espaces de fraternité conçus dans des villes en croissance soutenue depuis cette époque.
Il en fut ainsi à Bayonne-Anglet-Biarritz et sur toute la Côte basque.

- Le chanoine Cours raconta un jour au cours d’un déjeuner de cantine sacerdotale l’origine d’un ostensoir confectionné en Allemagne en bois du pays. Il servit aux prisonniers pour les temps eucharistiques, faute d’autre chose, et d’autres objets liturgiques.
Un prisonnier sculpteur, ébéniste avait confectionné cet objet du culte appartenant au chanoine Cours. Il dit l’avoir ramené de la guerre et remis à Bayonne lors de la création de l’église Sainte-Croix au nord de la ville, en souvenir de sa vie de prisonnier, en union avec ses camarades des camps en Allemagne...
Mélomane, musicien, dirigeant de la Maîtrise épiscopale, le chanoine Cours, disert sinon pour évoquer des souvenirs de la guerre passée de sa jeunesse, nota un jour la détresse des épouses subissant la guerre et la privation des hommes dans les fermes allemandes, une double peine dont il avait été le témoin lors de sa captivité.

 Bien des souvenirs manquent à cette énumération succincte. Peu d’archives dit-on à l’évêché.
Ont-elles été détruites, ou n’ont-elles jamais été composées par ces jeunes hommes, plus soucieux de reprendre une vie normale chez eux que de disserter sur une page sombre de l’histoire dont le clergé connut comme tout un chacun des épisodes divers et compliqués dans leur vie personnelle !

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Messe pour le 23ème RI célébrée par un prêtre-soldat à Mailly (Champagne, fév. 1917) ©
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