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Portrait
Didier Petit de Meurville (1793-1873) : Haïti, Lyon, Donosti et Biarritz (2)
Didier Petit de Meurville (1793-1873) : Haïti, Lyon, Donosti et Biarritz (2)

| Maxime Dehan

Didier Petit de Meurville (1793-1873) : Haïti, Lyon, Donosti et Biarritz (2)

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Le port de San Sebastian ©
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François-Didier Petit de Meurville fut consul de France à Saint Sébastien où il peignit la ville et des paysages de ses environs. Il se passionna pour la flore de Guipuzcoa dont il fit trois albums. Décédé à Biarritz en avril 1873, ses descendants ont habité jusqu'à ces dernières années à Saint-Jean-de-Luz où Maîtres Lelièvre et Cabarrouy ont dispersé la collection Didier Petit de Meurville (dans notre "Lettre du Pays Basque" du 16 nov. 18 sous la signature d'Anne de La Cerda). Nous publions la suite du portrait que nous en trace Maxime Dehan, membre de l'Académie Littéraire et Historique du Val de Saône, de l’Académie de la Dombes, de l'Union des Écrivains Rhône-Alpes-Auvergne et de la Société d’Histoire de Lyon :

La réputation de son commerce, l’œuvre de la propagation de la foi, et ses attaches dans le monde culturel lui permettent de se tisser un réseau important chez les légitimistes français. Sa correspondance est dense et fourmille d’anecdotes, aussi précieuse qu’amusante, avec une grande valeur historique.

Il devient à ce titre le chef des légitimistes lyonnais. Didier Petit reçoit régulièrement à la Sablière qu’il avait héritée de sa mère et de sa tante. Cette propriété est située sur la limite Caluire – Croix-Rousse et domine majestueusement toute la vallée du Rhône, Lyon et ses ponts, le parc de la Tête d’Or. Vers 1830, commencent des aménagements importants : une magnanerie, des jardins anglais agrémentés de tonnelles couvertes de glycine, des allées de mûriers, des platanes,  … Dans la fin des années 1840, il fait construire une maison bourgeoise, à l’emplacement de la magnanerie. Pour le jardin, il donne des instructions strictes à son jardinier tout en laissant libre cours à sa passion pour la botanique. Il fait appel à l’architecte paysagiste Margel-Filleux pour dessiner les jardins anglais. C’est dans ce cadre idyllique qu’il reçoit la cour itinérante de Don Carlos de Bourbon tout au long des années 1840, en pleine crise de succession espagnole : le général Cabrera, le futur premier ministre espagnol Juan de Zavala y de la Puente, …  Sans compter : le révérend père Lacordaire, le comte de Virieu, le duc de Montmorency-Laval, le ministre Jean de Chantelauze … Autant de personnages qu’il se plaît parfois à portraiturer à chacune de leurs visites comme peuvent en témoigner les nombreux portraits au crayon exposés au musée Zumalakarregi (Pays Basque espagnol). C’est en lui que Don Carlos porte sa confiance pour organiser ses déplacements et ceux des ses proches en France, sous le regard méfiant du gouvernement de Louis-Philippe. Cette fidélité à la cause carliste lui vaudra le titre de vicomte d’Amparo en 1845 et un échange de parrainage étonnant avec les Bourbons. En effet, Don Carlos lui donne le parrainage d’un de ses enfants tandis que le duc de Bordeaux avec lequel il entretenait une grande amitié parrainait l’un des enfants de Didier Petit. La duchesse de Laval-Montmorency devient elle aussi la marraine d’un fils Petit.

Aux années d’opulence succède rapidement la chute. Les affaires sont au plus bas pour Didier Petit. Celui-ci avait contracté des dettes considérables. Il avait beaucoup emprunté et, de nature généreuse, prêtait lui-même à ses amis, souvent de manière excessive. Sa collection d’œuvres d’art est dispersée en 1843 et la Sablière est saisie puis vendue bien malgré lui en 1847. Il est si attaché à sa maison, qu’il ne la cède qu’au dernier moment. De la même façon, il tente de sauver sa collection en demandant à la municipalité lyonnaise de la racheter dans son intégralité. Le maire de Lyon n’accepte que le triptyque d’émaux peints ainsi que deux autres objets : et encore … il dût en faire don au musée des Beaux-Arts de Lyon. Ce triptyque est encore visible de nos jours dans l’exposition permanente. Sa demande auprès du gouvernement n’a pas plus de succès. Certaines pièces sont rachetées par le musée du Louvre. Le reste disparaît dans les collections particulières. 

Aux difficultés financières s’ajoute une impopularité croissante depuis quelques années. La notoriété de Didier Petit est entachée depuis 1831 par les révoltes successives des canuts. A l’époque de la première insurrection, il avait pris le prétexte d’un voyage artistique à Turin et à Rome, séjournant chez son ami d’Azeglio. En Février 1848, il devient notamment la première cible des Voraces qui brûlent en un feu de joie tout le matériel de sa fabrique, montée St Barthélémy. De nombreux pamphlets sont édités, la presse est virulente sur ses activités qui faisaient concurrence aux fabriques lyonnaises. La dette insolvable, l’importante succession de sa mère et les difficultés rencontrées par son commerce réduisent à néant tout espoir de vie à Lyon. Depuis la vente de la Sablière, celui-ci occupait l’appartement de sa mère rue St Joseph. Au cours de l’année 1847, Didier Petit fait ses adieux à Lyon, il n’y reviendra jamais plus. Toute la famille déménage temporairement à Pontlieue, accueillie chez les Bérard. Son épouse revient brièvement à Lyon pour finaliser l’hypothèque de la propriété de Caluire, à la place de son époux.

Cette retraite forcée est courte : Lamartine, éphémère ministre des affaires étrangères du gouvernement provisoire, nomme Didier Petit vice-consul de France à Alicante (région Sud-Est en Espagne). En effet, Lamartine connaît ses bons rapports avec la cour espagnole qu’il entretenait depuis le début de la crise carliste. Libéré de ses obligations lyonnaises depuis peu, c’est la nomination idéale pour renforcer les relations franco-espagnoles malmenées depuis l’ère napoléonienne. Il s’installe donc dans ses nouvelles fonctions en 1848. Le nouveau vice-consul semble vite estimé dans une région qui lui est pourtant totalement inconnue. De plus, il est impliqué dans son administration et à l’initiative de nombreuses actions. Didier Petit crée une ligne de bateaux à vapeur entre la colonie française de l’Algérie pour favoriser une immigration espagnole et le commerce. Il développe le commerce dont celui de la morue, monopolisé jusqu’alors par les Anglais. Il montre enfin une certaine générosité en se mettant à la disposition des cholériques pendant une épidémie qui dévasta Alicante en 1851. Malgré l’estime générale, le mal du pays et la santé chancelante de son épouse l’inclinent à demander une mutation. Les médecins conseillent l’air marin de la côte basque. Sa demande est entendue par le ministre des affaires étrangères, le comte Walewski. Didier Petit reçoit en Juin 1857 sa nomination de consul de France à Saint Sébastien, dans le Pays-Basque espagnol. Tout comme Alicante, ses qualités de diplomate sont reconnues. Il est décoré chevalier de l'ordre de Charles III d'Espagne et reçoit plusieurs autres décorations étrangères. La lumière, les paysages, les villes, les villages basques, les habitants, la flore et la faune de Guipuscoa le fascinent. Il réalise des peintures de paysages, de la ville et de ses environs en parcourant souvent le pays qu’il administre. Passionné depuis toujours par la botanique, il dédie trois albums de dessins à la flore locale. Il accueille Napoléon III et son épouse Eugénie, espagnole d’origine, le 9 Septembre 1865. La famille impériale apprécie le consul de Saint Sébastien et le rencontre souvent, séjournant chaque fin d’Été à Biarritz. Il accueille aussi la cour de Madrid en Guipuzcoa et reste en relation constante avec les ministres.

Il est mis à la retraite dans le courant de Janvier 1872 et tente d’occuper son temps par l’écriture, le dessin, le tri des archives familiales. Il se penche notamment sur l’Histoire de sa famille et sur sa généalogie. C’est à cette époque que la particule « de Meurville » complète officiellement le nom de famille. Le 1er Mars 1873, le consul quitte Saint Sébastien pour l’air de Biarritz. Sa santé se dégrade rapidement. Il a juste le temps de recevoir les derniers sacrements avant de mourir d’une apoplexie le 27 Avril 1873 à l’âge de 79 ans. Didier Petit de Meurville était connu comme le dernier membre-fondateur de l’œuvre de la Propagation de la Foi. Son épouse lui survécut une quinzaine d’années, demeurant à Ciboure. Elle meurt à Sissonne chez sa fille le 26 Juin 1887. Deux des fils Petit embrasseront une carrière de diplomate, suivant ainsi les traces de leur père.

De la vie romanesque de Didier Petit de Meurville, il nous est resté un patrimoine encore bien présent et vivant. 
- Tout d’abord, la propriété de la Sablière à Caluire et Cuire, en la possession de ma famille depuis 1849. Nous y conservons précieusement le souvenir de nos ancêtres et celui de son illustre propriétaire. Le jardin anglais, la maison et les souvenirs ont été conservés et forment un ensemble historique remarquable, à protéger. Depuis bientôt 200 ans, chaque année, la glycine, plantée par Didier Petit embaume l’air de la propriété. Sa riche Histoire n’a plus de secrets, l’ayant remonté jusqu’en 1350 ! La source inspirante d’une passion inépuisable.
- Certaines pièces exposées au musée du Louvre ou au musée des Beaux-Arts de Lyon portent discrètement la mention de leur ancien propriétaire.
- Certains musées possèdent quelques pièces de tissus émanant de la maison Didier Petit. C’est le cas du fameux portrait tissé de Jacquard d’après un tableau de Bonnefond dont il reste encore de rares exemplaires dans les collections nationales ou les collections privées.
- Des dessins de la flore, de la faune et des habitants de la côté Basque ainsi qu’une partie de ses albums peuvent être admirés au musée Zumalakarregi, dans la région basque espagnole.
- Ses archives, sa correspondance active ou passive (familiale ou non), ses brouillons, ses dossiers d’études forment aujourd’hui le seul ensemble documentaire permettant d’étudier la vie de Didier Petit.
- N’oublions pas l’Oeuvre de la propagation de la foi qui porte aujourd’hui le nom « d’Oeuvre Pontificale Missionnaire ».

En Novembre 2018, une vente aux enchères, comprenant la plupart des œuvres de Didier Petit et ses archives, dispersa cet ensemble. Étant l’auteur d’un premier livre sur la vie de Didier Petit de Meurville en 2013, j’ai participé à cette vente pour sauver un maximum de pièces. J’ai acquis par chance la plus grande partie des archives : la quasi-totalité de sa correspondance personnelle, une partie de la correspondance familiale, des dossiers d’études, … Ainsi qu’une peinture de fleurs. Cette acquisition importante complète aujourd’hui les archives de la Sablière où nous détenions déjà un des derniers exemplaires du portrait tissé de Jacquard, un portrait photographique de Didier Petit, une lettre de la duchesse de Berry le recommandant à l’empereur de Russie, … Il est émouvant de faire revenir ses archives près de 170 ans après le départ de Didier Petit. Tous les intéressés (les descendants, historiens, …) pourront consulter à la demande ce fonds que je mettrai à leur disposition. La perpétuation de la mémoire d’un homme n’a pas de prix et c’est un soulagement de la savoir, pour une bonne partie, entre de bonnes mains, sauvée pour toujours.

Légendes : Maxime Dehan et ses archives : portrait de Jacquard tissé par la maison Didier Petit et une lettre envoyée par la duchesse de Berry à l'empereur de Russie pour recommander Didier Petit (1839)

Le Port de Saint -Sébastien par Didier Petit de Meurville

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