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Tradition
Confusion religieuse...
Confusion religieuse...

| François Xavier Esponde

Confusion religieuse...

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L'église Saint-Sauveur-de-la-Chora à Constantinople ©
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1 – Confusions de l’esprit.

Si la confusion sanitaire perturbe la marche habituelle du monde avec la Covid 19, la sanction généralisée d’un langage religieux et pseudo spirituel évoque le blasphème, l’apostasie, la caricature et son lot de menaces de la charia pour tout individu suspecté d’y adhérer. Les renégats et les profanateurs du nom des prophètes étant jugés et condamnables comme passibles de mort, un monde nouveau s’environne de menaces et de cruautés, dont le crime majeur incriminé serait le blasphème.

On semble être revenu au temps du Moyen-Âge et à son florilège de procès d’inquisition dont le terme du jugement n’avait d’autre issue que la mort. Il fallait que le sang coule, que le coupable expie ses fautes, et que le bouc émissaire pour le reste de l’humanité puisse être châtié et serve d’exemple.

Des campagnes autour « des caricatures à la française » du prophète Mahomed évoquent en Asie et en quelque pays du Moyen-Orient la sanction irrépressible de mort contre ces auteurs, sans autre faculté de se faire entendre sinon condamner pour injure publique à la personne du Prophète  musulman. Nous ne sommes plus dans le même monde. Ce monde n’est pas le nôtre, le leur n’est pas nôtre. Le blasphème où l’injure contre Dieu perd dans notre espace culturel toute sa gravité première, dans un univers où l’adhésion à cette référence première du Droit prohibitif n’est plus définie  de la sorte.

Les caricatures étant « ces jeux d’interprétation imagée des religions » n’ont pas de toute évidence la même portée selon les latitudes du monde aujourd’hui. Le risque pris par ceux qui les produisent, les diffusent et les propagent perd de gravité pour une société occidentale comme la nôtre, mais au delà de ce cercle concentrique européen, américain ou africain dans le sud du continent, les victimes potentielles parmi les communautés étrangères dont la française, demeurent. La  réponse « au crime commis » étant l’attentat et la vengeance personnelle, on serait bien imprudent de croire en l’état que le risque soit effacé et les menaces irréelles pour eux. Les français vivant à l’étranger, nos compatriotes, le rappellent. Ils sont exposés pour ce fait journellement. Comment pouvoir expliquer cette animosité anachronique entre nos mondes aujourd’hui ?

Le Droit coranique donne quelques réponses : Sunnites, chiites, disposent d’écoles d’enseignement et de législations distinctes selon les pays et les régions du monde où s’exerce leur influence musulmane.

- Les quatre écoles sunnites disséminées dans le monde disposent de leur réseau d’influences de Docteurs de la Loi pour lesquelles les différences dans l’exercice même du Droit persistent. “Les catégories de la loi par obligation, suivant la recommandation, la valeur licite ou le permis, le désapprouvé et le proprement interdit, ne correspondent à notre interprétation juridique de quelque législation en cours.”L’interprétation et son application laissant le prévenu libre de choisir la juridiction la plus à même de l’exercer à son avantage, complexifient la jurisprudence selon les écoles coraniques, les pays et les vouloirs publics de leurs dirigeants.

Nous sommes en Orient, le Droit inspiré par Dieu, son Prophète qui l’interprète et les Docteurs de la Loi qui l’exécutent, ne correspondent guère à notre vision du juridique, dans nos sociétés occidentales.

- Les chiites sont dirigés par une seule et unique source législative du Droit coranique, mais des sous groupes demeurent donnant aux chefs canoniques de cette branche religieuse musulmane des libéralités et des interprétations du Droit selon leur propre tradition.

Chaque pouvoir politique national disposant de plus de sa propre Juridiction religieuse dans cet exercice du Droit musulman pour ses concitoyens, on préjuge de la complexité des décisions judiciaires prises à l’occasion des procès qui s’agissant d’étrangers sur le sol national, peuvent subir des animosités majeures, de peu de bienveillance pour ces contrevenants.

Renoncer à son usage de la liberté pour éviter d’accentuer les incompréhensions entre gens de cultures distinctes est une décision de sagesse aujourd’hui.
Vouloir outrepasser cette précaution de langage n’est nullement céder à la menace, sinon la contenir des outrages et des outrances qui ne résolvent pas la question.
En France pays de liberté, d’impertinence et de provocation de l’esprit, cette école de tempérance n’est jamais admise.
En Indonésie, au Pakistan, en Irak, en des pays aux lisières européennes, le destin menacé de Français et d’Européens exposés à la vindicte primitive des fanatiques imposent des réserves .

La marche du monde, de la liberté et des tolérances n’étant plus synchronisée par le temps présentiel, il nous revient d’en mesurer les risques et réfléchir à frais nouveaux sur les conséquences menaçantes des fanatismes pour nos populations chez nous et bien souvent chez eux.

2 – Confusion religieuse.

Istanbul - ou la Constantinople chrétienne pour l’orthodoxie - en donne un exemple grandeur nature.

 Depuis ce 10 juillet 2020 le pouvoir en Turquie a décidé d’ouvrir une mosquée dans l’enceinte de la Basilique orthodoxe Sainte-Sophie sur l’avis du Conseil d’Etat Turc, sous le regard médusé du reste du monde qui considérait ce lieu universel et Bien Patrimonial de l’Unesco protégé par l’ONU comme l’était « Saint Sauveur in Chora », une église ancienne disposant de la même réputation à Istanbul /Constantinople devenue mosquée.
Un groupe d’orthodoxes in situ intente un procès au Conseil d’Etat Turc pour contester la décision, et le Conseil Oecuménique des Eglises regroupant 350 d’entre elles dans le monde entier, ont rappelé “la mission de l’Unesco d’assurer l’identification, la protection, la préservation de la mémoire religieuse du passé (chrétien) pour les générations futures de ce patrimoine culturel unique et naturel”.

La Basilique Sainte Sophie pour l’orthodoxie ancienne, comprenez les six premiers siècles chrétiens de ce bassin de la méditerranée, constitua pendant des siècles le lieu de Consécration des Empereurs de l’ancienne Byzance ou Empire romain d’Orient.
Pendant ces siècles passés et encore de nos jours, la cité demeura le lieu de la rencontre de l’Europe et de l’Asie de populations totalement singulières que le pont sur le Bosphore permet de croiser de la part de tout visiteur de cette ville.
Le modèle architectural de Sainte Sophie inspira les églises chrétiennes au cours du temps depuis ce VIème siècle ainsi que les mosquées elles-mêmes !
Les mosaïques de l’édifice sont une merveille de la création esthétique. Elles influencèrent l’art oriental primitif et occidental suivant, au-delà de cette date mémorielle de 1453 au cours de laquelle les Ottomans, prenant la ville, en chassèrent les chrétiens qui étaient chez eux pour faire de Sainte-Sophie la Mosquée d’Istanbul jusqu’en 1934, date de la transformation de la mosquée-église en musée pour l’Humanité tout entière.

La sidération passée, l’heure est venue de comprendre, au-delà des raisons politiques du Président turc en exercice, les conséquences d’une telle décision à long terme, privant les visiteurs du monde entier de l’accès à Sainte Sophie selon “une participation inclusive, effective et équitable pour toutes les communautés, comprenez les autres religions dont les chrétiens orthodoxes” selon l’accord signé en 1972, rendant l’accès à Sainte Sophie possible aux visiteurs du monde entier, sans exclusive.

L’affaire de la mosquée de Constantinople rend la confusion religieuse majeure, car il n’est nullement acquis que les musulmans dans leur totalité acceptent cette mainmise sur la basilique de la part du président turc, et au demeurant, l’attitude des pays où réside une forte présence orthodoxe comme la Russie exprime leur embarras face à cette décision unilatérale, polémique et peu diplomatique dans ce bassin de la méditerranée.

La confusion religieuse ne favorise plus le dialogue religieux ad intra et ad extra, dans les communautés et paradoxalement en Turquie, pays à la Constitution Laïque qui utilise ce prétexte de l’islam religieux pour conforter d’autres ambitions nationales dont on verra sans doute un jour futur la fragilité !

Il est loin le temps où une armada de croisés serait entrée dans la ville pour récupérer le destin de la basilique.
Il est encore probable que l’ONU ne concède pas cette appropriation frauduleuse sans réagir et restaurer le Droit Universel de l’Unesco dans ce pays de ses biens protégés et pour le reste du monde.

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