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Tradition
Combattre le virus, par son corps et son esprit
Combattre le virus, par son corps et son esprit

| François-Xavier Esponde

Combattre le virus, par son corps et son esprit

1  - Combat corporel et spirituel
L’épidémie du coronavirus engage chez chacun d’entre nous le combat du corps et de l’esprit conjugués ensemble. L’un par et pour l’autre.Car la vie spirituelle aide à accéder à la paix intérieure par le réconfort, l’espérance du lendemain et la confiance du résultat. En combattant un ennemi invisible, la conscience inspirée se compare à une force intérieure résultant de l’opposition aux agressions et violences subies, et de résistance en un temps de guerre si peu habituel dans le vécu personnel de la Foi.
Mais par les temps que nous vivons, la foi des conventions n’est plus celle des acteurs engagés dans la lutte contre la maladie et la pandémie universelle.
- Dans ses Exercices Spirituels, Ignacio de Loiola parle de désertion lorsque le fidèle se laisse porter par le récit facile d’une habitude de vie sans aspérité, sans résistance, sans épreuve.
- On pourra citer encore le Curé d’Ars, qui rappelle que « la plus grande des tentations est de n’en point avoir, comme si les tentations donnaient le bénéfice de résister et de nourrir la révolte spirituelle d’ amasser pour le ciel ».
Un commentaire peu coutumier aujourd’hui pour beaucoup de croyants qui pensent pour le présent, et entretiennent ce temps comme celui de l’éternité, par défaut ou par dépit.
Se battre contre quoi ?
- Dans la veine biblique qui nourrit notre faim spirituelle, « le malin ou le diviseur ressemble au lion rugissant, qui rode et cherche à dévorer ses victimes » (1 Pierre, 5,8).
- Dans ses écrits, l’apôtre Paul nous encourage à « nous revêtir de toutes les armes de Dieu afin de pouvoir tenir fermes contre les manœuvres du diviseur » (Ephésiens, 6,11).
Car de toute évidence le mal, la maladie sont à combattre dans leur racine. Or, les réalités actuelles donnent raison à cette posture fondamentale d’origine. Car, l’heure n’est pas à tergiverser, discuter, douter et polémiquer sur les circonstances de la pandémie en cours mais d’agir sans lésiner sur les moyens, dont on reconnaîtra l’urgence présente.
Ce 27 mars, sur le Parvis de Saint Pierre à Rome, le décor souverain et glacé du pape François dans sa prière « urbi et orbi » donnera pour l’histoire l’image du dépouillement du pontife et de l’église face à la mort endémique, actuelle dans le monde, et face aux sollicitations adressées à tous les acteurs du combat contre le mal, devenus responsables de cette propagation mondiale.
Le pape François disait dans un ouvrage : quand vous priez, dîtes le Notre Père, « le mal n’est pas quelque chose d’impalpable, Satan est une personne, et même très rusée » (dans la version du Notre Père ayant cours chez les chrétiens orthodoxes, il est bien question du « Malin », et non d’un Mal « désincarné aux contours bien flous », NDLR.)...
Poursuivant cette lecture personnelle, il nous est rappelé que « le danger est en nous et non dans nos ennemis », disait Charles de Foucauld. Renoncer à nos propres défauts est une première réponse, à nos caprices, nos indispositions, nos faiblesses, nos colères, et nos impatiences.
La liste pouvant être longue, le manque de clairvoyance, l’impréparation, l’improvisation devant les responsabilités personnelles en ces situations d’épreuve partagée, nous obligent désormais à la réponse vraie et sans rejet, pour assurer notre survie et celle des autres. Car en la demeure, nous ne pouvons nous sauver par nous mêmes, mais par l’entretien fraternel et le partage du destin avec tous les autres. Le confinement, la privation d’un carême tourneboulé par l’épidémie, la solidarité imposée pour contenir la propagation sanitaire des populations, apprennent la richesse de l’ascèse et du sacrifice consenti ou parfois induit par les circonstances du moment.
Faire place à l’Eternel au risque de s’oublier dans nos contentements, relèvent d’une lutte personnelle, elle n’est jamais admise sans résistance, elle ne sera jamais obtenue, sans privation et sans épreuve !
Mais pour les uns ce combat sera contre nature, contre Dieu lui-même, la lutte de Jacob contre l’ange étant l’image la plus visuelle de notre vie individuelle. Par les temps qui courent, le tableau du peintre Eugène Delacroix à l’église Saint-Sulpice illustre la réalité du moment vécu.
L’homme qui sait, croit et se plaît à se comparer à l’Eternel en sa majesté et en gloire absolue, connaît par tous ses traits cette infamie de l’orgueil et de la suffisance.
En quoi croire, pour quel usage ? Quel intérêt si tout va, tout est dans le cours défini d’un horoscope de la vie sans entrave, sans retenue, sans limite ?
Ce combat intérieur est parfois en chacun de nous. Le dire, le vouloir dire, ou l’occulter pour ne pas perdre la face devant nous même, sont au quotidien !
- Thérèse de l’Enfant Jésus disait cette chose incroyable : « en cette nuit où Il se fit faible, et souffrant pour mon amour, Il me rendit forte et courageuse et me revêtit de ses armes », comme annoté dans un manuscrit A 44 de sa main.
2 – Quelles armes au combat ?
Dans le quotidien se livrent les combats spirituels.Paul, demeuré un soldat de la foi, rapporte : « Ayez autour de votre taille la vérité en guise de ceinture, enfilez la cuirasse de la justice, et mettez comme chaussures à vos pieds, le zèle pour répandre l’évangile de la paix » (Ephésiens 6, 15-16).
Pour ce faire il faut dans les circonstances présentes se faire violence.Vendredi dernier, le pape évoquait les injustices commises par les hommes dont nous payons au prix fort les conséquences.
Le superflu et le gaspillage, l’inutile et la confusion des besoins vitaux et des consommations superficielles…On le comprend, il s’agit dès lors de revoir la conformité des vies personnelles en accordant prière et jeûne, l’ascèse, un mot peu usité aujourd’hui, un retour à la lectio divina, la Lecture de la Parole divine, qui aiguisent notre intériorité et nous rendent acteurs et disponibles pour le combat de la vie.Les Béatitudes en période épidémique demeurent pour ce temps de carême préparatoire de Pâques, la référence de la foi des chrétiens.
Mais de toute évidence, elles prennent dans ces circonstances brutales de pandémie un visage humanitaire bien plus large que celui d’un confinement spirituel limité aux croyants. « J’avais faim et vous m’avez donné à manger, soif et donné à boire, étranger et fus accueilli, nu vous m’avez habillé, malade et vous m’avez assuré, alors chacun s’interrogera, quand est ce que vous êtes venus jusqu’à moi » ? (Mathieu 25, 35 et suivant).
Loin de croire que ce combat spirituel est le privilège des grands saints, les circonstances présentes le rendent possibles à tout un chacun. Dans ce présent angoissant, il nous faut appeler Dieu à la rescousse pour traverser l’épreuve, la menace du moment pour durer. Il est l’auteur de tout bien et de qui seul on peut attendre la victoire. Le Père Laurent Scupoli, religieux vivant au XVIème siècle, affirmait justement : « lorsque ayant traversé l’épreuve et retrouvé la sérénité, on pouvait encore se reposer dans la paix intérieure des jours meilleurs, pour dessiner notre destin »

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