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Patrimoine
Chanel et Biarritz : un destin scellé
Chanel et Biarritz : un destin scellé

| Anne de Miller-La Cerda 1304 mots

Chanel et Biarritz : un destin scellé

Boutique CHANEL à BIARRITZ.jpg
Boutique Chanel à Biarritz, rue Gardères ©
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Chanel présentée par la marquise d'Arcangues.jpg
A droite, la marquise d'Arcangues, l'ambassadrice de Chanel au Pays Basque ©
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Il y a 50 ans, Coco Chanel s’était éteinte le 11 janvier 1971 à l’Hôtel Ritz à Paris. 
A Biarritz où elle posséda un atelier et une boutique, cette grande couturière de la mode française reste à jamais gravée dans la mémoire. Ambassadrice de Chanel sur la Côte Basque, la belle modèle marquise d’Arcangues, mère de l’actuel marquis Michel, portait avec élégance ses vêtements.
Gabrielle Chasnel (de son vrai nom) était la deuxième fille d'Eugénie Jeanne Devolle, couturière originaire de Courpière qui décéda alors qu’elle n’avait que douze ans, et d’Henri-Albert Chasnel, un marchand forain qui l’avait abandonnée, elle ainsi que ses frères et sœurs. Elle sera recueillie dans un orphelinat en Corrèze.
Dès son plus jeune âge, Gabrielle Chasnel travaillera pour gagner sa vie, puis pour atteindre la reconnaissance internationale avec ses collections de prêt-à-porter, d'accessoires et de parfums.

Avant la renommée internationale, les premiers pas à Biarritz
C’est à Moulins que Gabrielle - surnommée Coco Chanel - avait appris les rudiments de la couture tout en travaillant au « Grand Café » puis au music-hall « La Rotonde » où elle avait été remarquée par celui qui deviendrait son protecteur : éleveur de chevaux et grand amateur de chasse, Étienne Balsan l'y avait rencontrée après une partie de chasse chez des amis, puis amenée dans notre région, d’abord à Pau où il habitait… Mais sa peur des chevaux incita Étienne Balsan à installer Gabrielle à Biarritz où elle proposa à ses clientes des chapeaux qui étaient des déclinaisons de ceux qu'elle fabriquait pour elle-même et quelques amies.
Au début, n'ayant pas de formation technique ni d'outils de fabrication, elle achetait ses formes de chapeaux dans les grands magasins et les garnissait avant de les revendre. La nouveauté et l'élégance de son style feront qu’elle dut bientôt faire appel pour l’aider à sa tante Adrienne et à sa sœur Antoinette (d’après les souvenirs du vicomte de Vaufreland)..

A quelque temps de là, c’est Arthur Capel, son (nouvel) amant britannique surnommé Boy, qui lui prêtera les fonds nécessaires à l'achat d'une patente et à l'ouverture d’une boutique et d’un atelier à la villa Larralde, rue Gardères à Biarritz.
Cette rue Gardères qui borde l’esplanade du Casino municipal et où Coco Chanel avait installé ses ateliers était devenue un véritable carrefour des élégances : Jeanne Lanvin y dirigeait son salon, et le couturier Lucien Lelong, avec la collaboration précieuse de la marquise de San Carlos de Pedroso y avait pignon sur rue. On pourrait encore citer Paul Poiret, précurseur du style “Art Deco” de la haute couture française qui avait installé un établissement à Biarritz. Ou Jean Patou, qui partageait la renommée de Coco Chanel pour avoir révolutionné la mode féminine après la guerre de 14. Lui aussi avait éprouvé un coup de cœur pour la reine des plages et la plage des rois…  

Séduite par la station balnéaire pendant la saison estivale, Coco Chanel y reviendra en 1915 afin de créer une boutique au rez-de-chaussée, en plus de l’atelier en engageant une soixantaine d’ouvrières. 
Le succès de l’entreprise lui permit de rembourser Capel. Entre son nouveau magasin de Deauville et sa maison de couture rue Cambon à Paris, la créatrice ne cessa de surprendre par son audace et son talent. Adepte du noir et du blanc structurés, Coco Chanel raccourcit les tailleurs en tweed confortables qui ne se froissent pas, libérant le corps, abandonnant la taille trop serrée et inventant un style sobre et sophistiqué.

Pendant la guerre, elle acheta à Rodier des pièces entières d'un jersey destiné à l'époque aux sous-vêtements masculins (et à l’armée) pour en habiller les femmes de tenues fluides, confortables, aux teintes neutres du sable beige et du noir.

Pour ses chemises en soie brodée inspirées du folklore russe, elle fit appel à l’atelier de broderie - rue François Ier à Paris - de la Grande-Duchesse Maria Pavlovna (fille du Grand-Duc Paul Alexandrovitch et de la princesse Alexandra de Grèce). 
Gabrielle Chanel fit ainsi connaissance du frère de Maria Pavlovna, le Grand-Duc Dimitri Pavlovitch, à l’origine d’une romance. Le couple se retrouvait en période estivale sur la Côte Basque à Biarritz, un épisode de la vie de Chanel relaté dans sa biographie par Edmonde Charles-Roux.

Ce bel homme aux traits effilés inspira à celle qu’on surnommait Coco, les fragrances slaves de son parfum intemporel le plus célèbre, « Chanel Numéro 5 », dont les flacons s’apparentaient aux flasques à vodka servies aux officiers cosaques ainsi que "Cuir de Russie". Ce dernier se mariera finalement à l’église russe de Biarritz avec une américaine, Audrey Emery.

Coiffée d’une coupe de cheveux courts, vêtue de tailleurs confortables ou de larges pantalons,  ses vêtements furent ainsi portés par les plus célèbres actrices et les plus fortunées.
Après les horreurs de la 1ère guerre mondiale, une frénésie s’était emparée de la population éprouvée par les affres de la souffrance et de la mort.
Il n’était plus question que de bals, de fêtes et de jeux à Biarritz. Artistes, bourgeois, aristocrates, rois, grands-ducs russes, ducs espagnols, Anglais et Américains, fauchés et richissimes, arboraient d’exubérantes toilettes, côtoyaient la population locale à Biarritz. Les élégantes aux longs fume-cigarettes défilaient dans les salons de somptueuses villas régionalistes ou Art Nouveau. Les personnalités-phares de la vie mondaine animaient la côte : Jean Cocteau, Sacha Guitry, Charlie Chaplin … Le chanteur d’Opéra Fédor Chaliapine, Igor Stravinski, artistes, aristocrates ou autres, ils avaient fui pour la plupart le communisme  et se retrouvaient l’été dans la bulle de champagne biarrote pour oublier.

Si elle fut aidée financièrement à ses débuts, la célébrité aidant, Chanel deviendra mécène. Rappelons que le « Ballet Biarritz » qui a repris les « Ballets Russes » de Diaghilev avait été soutenu par Coco Chanel qui finança aussi la reprise du « Sacre du Printemps » de Stravinsky. Rappelons que le compositeur qui avait vécu à la villa les Rochers rue de la Frégate à Biarritz, était décédé en avril 1971 à New York, trois mois après Chanel. 
Si Chanel avait été la muse de ses amants, elle entretenait de grandes amitiés féminines.  Parmi ses clientes et ses dernières amies, l’égérie du peintre Paul Helleu, la belle Aimée de Heren offrait de brillantes fêtes dans sa demeure de « La Roseraie » à Biarritz.  
Et parmi les rares couturiers que Chanel estimait, figurait Cristobal Balenciaga : « Il a été un vrai couturier. Il savait reconnaître les tissus, il était capable de les couper et de les coudre avec ses mains. Les autres ne sont que des dessinateurs », affirmait la déesse de la mode. 

Dans les années trente, la boutique et l’atelier Chanel à Biarritz fermèrent.. Cependant, quelques années plus tard, avec le couturier Karl Laguerfeld, la marque ressuscite. « En 1983, tout le monde me disait : mais ne touchez pas à ça, c'est mort, c'est fini ! Et c'est ça qui m'a amusé », racontait Karl Laguerfeld. 

Tout comme Coco Chanel près d’un demi-siècle auparavant, de Paris à Biarritz, l’ancien propriétaire de la villa Elhorria à Biarritz, Karl Laguerfeld, avait été saisi par le charme de la villégiature basque. L'été 1989, il organisa avec son égérie, la mannequin Inés de la Fressange, un défilé dans les jardins de la Villa Arnaga, à Cambo. Dix plus tard, une campagne publicitaire fut organisée à Biarritz sur le thème de la maison de couture Chanel sur la Grande Plage.
Depuis lors, dans le nouveau quartier de l’avenue Kléber, une rue Gabrielle Chanel rappelle le souvenir de cette grande artiste chef d’entreprise.
Afin d’honorer sa mémoire, une association Biarritz-Elégance composée d’une dizaine de membres dont l’ancienne directrice commerciale de Saint-Laurent, Niki Hole, devrait prochainement voir le jour à Biarritz.
Un projet de concert Stravinsky aux couleurs de Chanel en hommage à ces deux figures incontournables de Biarritz décédées en 1971, serait à l’étude pour cette année.

A voir également l'excellent documentaire tourné par France 3 : "Coco Chanel : les années Biarritz » :

https://www.youtube.com/watch?v=pxRrXX8IFL8&feature=emb_logo

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Entrée Atelier Coco Chanel_Biarritz ©
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Suite de l'Atelier Chanel à la Villa Larralde à Biarritz ©
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Débuts au Pays Basque.jpg
Débuts au Pays Basque ©
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