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Patrimoine
Catherine Matveieff : elle redonne vie au patrimoine du Pays Basque
Catherine Matveieff : elle redonne vie au patrimoine du Pays Basque

| Anne de Miller-La Cerda

Catherine Matveieff : elle redonne vie au patrimoine du Pays Basque

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Bas relief église St-Etienne d'Orthe ©
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Auteur de nombreuses rénovations et restaurations de monuments du patrimoine au Pays Basque et alentour, l’architecte du patrimoine Catherine Matveieff répond à nos questions : 

- Êtes-vous originaire de la Côte Basque ?
Bien que je sois née en Afrique (1963), j’ai étudié au lycée Villa Pia à Bayonne et j’ai passé toute mon enfance sur la Côte Basque où mon père, parisien issu d’une famille de la noblesse russe, occupait la fonction d’ingénieur dans le domaine de la construction.  

- Quelle est votre formation ?  
J’ai obtenu le diplôme d’architecte DPLG en 1987 à Bordeaux. Puis j’ai souhaité personnaliser ma formation. Après deux ans, j’ai passé une thèse sur les « Serres des jardins botaniques royaux de Kew Garden et la Palm House » et obtenu le diplôme de l’« AA School » reconnu dans le monde entier (2001).  
Intéressée par l’aspect historique et la restauration des monuments anciens, je me suis spécialisée à l’école de Chaillot à Paris où j’ai obtenu le diplôme d’architecte du Patrimoine. Depuis cette formation, j’ai pu établir des diagnostics de monuments classés ou inscrits au patrimoine et, dans un second temps, j’ai été missionnée par la DRAC qui finance 40 % des monuments classés et 5 à 10% des monuments inscrits.  

- Durant votre parcours professionnel, quelles ont été les restaurations qui vous ont le plus marquée ? 
Lors de la restauration  entre 2008 et  2010, de la Tour de Bordagain qui date du XVème siècle, j’ai beaucoup appris.  
Unique pour sa vue panoramique, cet endroit avait servi initialement de clocher avant de devenir une tour de guet faisant partie d’un système défensif. Or, les difficultés n’avaient pas manqué : formes géométriques très complexes (voire disparates), suppression d’un mur de soutènement dont les remblais servaient de terrasse d’agrément lorsque avait été aménagé un restaurant salon de thé à la fin de la première guerre mondiale. Quant aux espaces extérieurs, ils ont été revalorisés par la création d’un jardin d’agrément.  
Parmi les autres rénovations, la maison Louis XIV, joyau de notre région, m’a aussi marquée. Depuis 2013, je suis en charge des travaux quotidiens de la maison Louis XIV construite en 1643 par Joannis de Lohobiague, armateur luzien. Presque intacte dans son état de conservation, cette demeure est restée depuis trois siècles dans la même famille, les Leremboure.  
Ainsi depuis plusieurs années, avec l’aide d’une équipe d’artisans exclusivement spécialisée dans le patrimoine, je suis chargée de l’entretien des façades avec leurs menuiseries et leurs ferronneries, de la toiture dont les tuiles canal bougent fréquemment au moment des tempêtes. 
Et lors de travaux dans le Grand salon, on avait découvert un magnifique plafond à la française avec des poutres peintes qui ont été récemment restaurées.  Au rez-de-chaussée, j’interviens en temps qu’architecte conseil dans l’organisation intérieure et extérieure des deux commerces attenants, le magasin de la poterie Goïcoechea et le restaurant « Le Suisse ». 

- Lors de vos rénovations, avez-vous découvert des » secrets » cachés ? 
Lors de la restauration en 2016 de l’église Saint Etienne d’Orthe, j’ai découvert un bas-relief sculpté enfoui dans le mur qui représentait une main droite faisant le signe de croix ; c'était dans les baies gothiques du chevet polygonal, obturées de pierres et de débris de paille et de terre. Après diverses investigations sur son origine, j’ai  observé que la pierre sculptée en grès tendre de Mousserolles correspondait à la clef de voûte datant du XIVème placée à la jonction des arcs gothiques à l’intérieur du chœur de l’église. Un élément essentiel qui permet de supposer que l‘édifice fut construit antérieurement au XVème siècle. 
Dans un second temps, lors du déblaiement presque au même endroit, dans la partie supérieure de deux des trois baies gothiques extérieures, j’ai remarqué la présence d’un remplage partiel en pierre correspondant à des fenêtres géminées d’origine.  

- Lors de vos restaurations, avez-vous été amené à utiliser de nouvelles technologies ?
En général, après avoir établi un diagnostic, les techniques anciennes utilisées sont reprises à l’identique. Cependant, on peut dans certains cas exceptionnels se servir des techniques actuelles. Par exemple, lors de la rénovation de la Tour Monréal à Sauveterre de Béarn construite pour Gaston Fébus, j’ai été amenée à créer à l’intérieur de la tour – vide à l’intérieur - un plancher moderne en châtaignier de 80 m2 soutenu par des structures métalliques, mariant ainsi le moderne à l’ancien. Depuis sa réhabilitation, cet endroit est devenu un centre touristique du patrimoine. 

- Que pensez-vous de la restauration de la cathédrale Notre-Dame et de sa charpente mariant le moderne à l'ancien ?  
Je pense qu’il faut rester dans le respect des traditions en gardant une charpente en bois et non en béton, comme à Reims, ou en métal comme à Chartres.  Notre-Dame est un phare, le symbole le plus représentatif de France qui rayonne à travers le monde.  
L’architecte en chef Philippe Villeneuve, aidé par d’éminents spécialistes compétents mandatés par la DRAC, travaillent actuellement dans ce sens. 

- Pour revenir à votre travail de restauration, quels sont vos travaux en cours et vos projets futurs ? 
En dehors de la maison Louis XIV, j’ai été missionnée pour refaire la couverture de l’église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz pour laquelle j’avais travaillé il y a peu de temps. Cet édifice fut reconstruit au XVIIème siècle. 
Parmi les autres restaurations en cours, l’église Saint-Laurent de Cambo de la première moitié du XVIIème siècle, sera prête en principe cet été. J’ai été missionnée pour l’église Notre-Dame de l’Assomption à Louhossoa dont on a été obligé de refaire la charpente du clocher datant du début XVIIème. Ce qui nous a retardé dans notre planning. 
Egalement en cours, l’église russe de Biarritz consacrée à saint Alexandre Nevsky et à la Protection de la Mère de Dieu, construite à la fin du XIXème. Je l’ai faite classer en 2015. 
Au Pays Basque, près de Bidache, je suis en charge de la belle église d’Arancou, du XIIIème. 
En perspective à Bayonne, dans le cadre de la restauration d’un îlot d’immeubles, 14 logements entre la rue Bourgneuf et la rue Frédéric Bastiat doivent être réhabilités en logements sociaux et privés. Mais actuellement, tout est retardé à cause de la pandémie. 

- Que pensez-vous de cette période de confinement  ?  
Personnellement, j’ai pu continuer à travailler et préparer mes dossiers. Il est important de positiver, de retrouver les valeurs essentielles d’entr’aide, de gentillesse, de courtoisie. J’ai une pensée particulière pour tous les artisans du patrimoine qui ont continué à travailler malgré les risques du virus. 

Légendes :
1 - Catherine Matveieff devant la Tour de Bordagain
2 - Bas-relief sculpté antérieur au XVème  qui représente une main droite faisant le signe de croix trouvé à l'église de Saint-Etienne d'Orthe

Architecte du Patrimoine, Cahterine Matveieff, 1 rue Pannecau, 64100 BAYONNE  

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