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L'Esprit Basque
Biarritz : Ihaute Denbora, le temps du carnaval au Musée Historique
Biarritz : Ihaute Denbora, le temps du carnaval au Musée Historique

| Alexandre de La Cerda 1251 mots

Biarritz : Ihaute Denbora, le temps du carnaval au Musée Historique

Biarritz 
- une exposition pour plonger au cœur des carnavals pyrénéens, pour explorer l’ambiance de ces fêtes hivernales et leur mystère…
Créée en février 2020 par le Centre d’Education au Patrimoine Ospitalea, l’installation mêle les photographies d’Eliane Heguiaphal, les textes de l’ethnologue Thierry Truffaut et les costumes de la Compagnie Maritzuli Konpainia de Biarritz, pour instaurer un dialogue riche sur les interprétations de ces traditions parfois difficiles à appréhender. Les photographies en noir et blanc des carnavals du Pays Basque, d’Aragon, de Cantabrie et de Catalogne, laissant une grande part à l’imagination, entrent en résonance avec les couleurs et le chatoiement des costumes et des accessoires, qui participent avec les indications de Thierry Truffaut à l’explication de l’origine de ces rites, appelant le renouveau de la nouvelle année et de la belle saison. Parfois très éloignés de nos représentations, la découverte d’une vingtaine de ces rites de carnavals européens permettra également d’en mesurer l’universalité, d’éprouver leurs particularismes, dans la transmission des codes attachés à ces fêtes indissociables du cycle de la vie, et essentielles pour la compréhension de la nature et du monde traditionnel. Sortant de l’hiver, suivez la route de ces masques, de ces sauvages et autres danseurs en quête de lumière !
Du 1er au 24 février, ouvert du mardi au samedi de 10h à 12h30 et de 14h à 18h30. Fermé les dimanches, lundis et jours fériés. Tarifs : de 6 € à 3 € – Gratuit jusqu’à 12 ans
- samedi 4 février à 11h à l’Espace Marian Arregi Dantza Leku (8, rue Jean Bart) : « Souffler n’est pas jouer » : conférence de Thierry Truffaut autour de la tradition carnavalesque en Pays basque / Gratuit.

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16 au 20 février à Bera, nourrices et bergers ©
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16 au 21 février à Lesaka, zaku-zaharrak ©
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La Navarre, gardienne des traditions carnavalesques

L’occasion de revenir sur les festivités carnavalesques, leur origine et leur permanence dans les autres provinces basques.
Au XVIIIème siècle, à Pampelune, l’Eglise avait interdit pendant le carnaval le port des armes à feu car, sous les masques, se déroulaient de discrets règlements de compte !
Mais c’est bien dans quelques villages navarrais que l’on peut encore trouver les restes de la filiation plus que millénaire de ces festivités carnavalesques paraissant surgir de la nuit des temps.

Le carnaval de Lantz (à 50 km d’Irun en direction de Pampelune) est l’un des plus célèbres. Tôt le matin, les garçons enfilent des sacs de jute cousus ensemble qu’ils remplissent de paille incarnant dans le défilé les mauvais jours de l'hiver finissant, des personnages maléfiques, les Ziripot. Un autre personnage, Miel Otxin, géant de quelque trois mètres de haut, domine toute la fête. C'est un bandit qui représente les mauvais esprits. Un porteur tient ce personnage aux habits rouges et à l'air hilare, les bras écartés accueillant le printemps, coiffé d'un bonnet couvert de rubans qui ont remplacé les tiges de verdure dont on l'affublait il n'y a pas si longtemps. Miel Otxin est alors exécuté à coups de fusil avant d’être brûlé sur la place du fronton : c’est, à proprement parler, le Carnaval lui-même qui est sacrifié au rythme du tambourin et du txistu (flûte très ancienne qui remonterait aux exemplaires datant de plus de 15 000 ans trouvés dans les grottes d’Oxocelhaya). Tout autour du bûcher, les habitants - les Txatxo - dansent un zortziko, engainés dans des peaux d'animaux et de vieux vêtements, portant des balais de paille, le visage couvert ; ils crient, harcèlent et accrochent tous les participants de la représentation sans épargner Zaldiko, mi-homme et mi-cheval entouré des forgerons.

Citons encore les Joaldunak avec leurs cloches qui viennent du village navarrais d’Ituren : on les voit maintenant dans toutes les fêtes et les défilés du Pays Basque. A Bera / Vera de Bidasoa, près de Sare, des garçons déguisés en nounous (iñudek) et accompagnés de bergers (des rôles féminins) lancent en l’air des bébés, évidemment faux - ce sont des poupées -, avant de les rattraper avec de grands cris. Leur cortège comprend le roi Momo dans son carrosse et une parodie des autorités locales, le Maire, le Curé, le juge, le militaire, etc…

Depuis 15 ans, d’autres formes de carnavals sont apparus, tels les carnavals d’Oyarzun près d’Irun et Hartzaro à Ustaritz, ce dernier caractérisé par le réveil de l’ours. Bien que très contestés par certains villageois qui souhaitent que « leur » carnaval reste inconnu des touristes, ces « feux d’artifice » surprennent par leur inventivité. 
Ces créations aux costumes chamarrés - véritables exutoires - ont toujours inspiré les artistes. Rabelais écrivait : « à tous survint au corps une enflure très horrible au ventre, qui leur devenait bossu comme une grosse tonne... gens de bien et bons raillars, de cette race naquit San Pantzar et Mardi gras ».

Dans le domaine musical, Maurice Ravel avait reproduit le coup de fouet du Txerrero souletin au tout début de son Concerto en Sol qui est réputé contenir des éléments de musique basque.
En peinture, de nombreux artistes tels Pablo Tillac, Achille Zo ou encore le peintre-poète contemporain du mouvement Paul Jauréguy déploient leur Zamalzain à la gestuelle séculaire d’entrechats rapides.
Il y a quelques années, ces traditions carnavalesques avaient été délaissés au Pays Basque. Aujourd’hui redécouverts par des historiens et des ethnologues tels Thierry Truffaut et Beñat Zintzo-Garmendia qui leur offrent une lecture approfondie, ils perdurent.

La tradition des carnavals, une ballade dans la nuit des temps

tradition remonterait à la période paléolithique (15 000 à 10 000 ans av. J.C.) pour se développer  pendant l’Antiquité et se concrétiser à l’époque chrétienne qui l’a adoptée malgré ses rites païens. Le mot carnaval vient de l'italien carnevale ou carnevalo. Il a pour origine carnelevare, mot latin formé de carne « viande » et levare « enlever »[] et et  se place ainsi avant le premier jour du Carême, le mercredi des Cendres. En les enterrant l’hiver, le carnaval brave les interdits pour les réactualiser lors de la nouvelle cosmogonie. Sous le masque, le roi devient un simple habitant et le villageois devient roi, bousculant les codes sociaux. En effet, c’est le jour où tous les débordements sont permis, en nourritures et en licences de toutes sortes, jour de « gras » s’opposant aux jours de « maigre » du carême à venir. A carnaval, le monde marche ainsi à l’envers pour qu’il marche à l’endroit les autres jours de l’année ! Le jour du mardi gras, on brûlait le personnage de carnaval, mannequin de paille, symbolisant la vieille année qui va mourir avant de renaître. On faisait aussi « ripailles ». Chahuts et « charivaris » étaient de la partie ! Ils consistaient à faire du bruit ! Souvent les maris trompés étaient ainsi désignés… Mais surtout, mardi gras rimait avec « joie », On dégustait les ancêtres de nos beignets et autres « kruspetak ».

L'Europe ne manqua pas d'ailleurs de « Processions du Renard », jeux, « Mystère des Farces et des Sotties », auxquelles participèrent des souverains de gaie réputation, tel Philippe le Bel, et Charles VI qui mit à la mode les bals masqués où il faillit périr, brûlé vif ; quant au célèbre carnaval de Venise, Voltaire y conduisit même ses héros de roman. Ni les anathèmes du pape Innocent III, ni les ordonnances de la calviniste Jeanne d'Albret, ni les interdictions des commissaires d'une révolution française peu encline au divertissement, ne purent limiter les débordements joyeux d'une société qui, ayant reconstitué ses forces matérielles à Carnaval, et le calme de l'hiver aidant, retrouvait une vigueur nouvelle pour les travaux des champs.

En Europe, le carnaval commence le jour de l’Epiphanie et se termine en général le jour de mardi gras à la veille du mercredi des cendres. A l’Est, en  Russie par exemple, appelé Maslenitsa, il se déroule également pendant la première semaine du Carême.

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