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Histoire
Avril 1808 : Napoléon s’établit à Bayonne
Avril 1808 : Napoléon s’établit à Bayonne

| Alexandre de La Cerda 1131 mots

Avril 1808 : Napoléon s’établit à Bayonne

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Napoléon à Bayonne parmi ses conseillers ©
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Le roi d'Espagne Charles IV cédant sa couronne à Napoléon le 5 mai 1808 ©
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C’était au début du printemps 1808, l'Empire était alors à l'apogée de sa grandeur.
Napoléon avait triomphé de toute l’Europe, signé un traité de paix avec les Russes à Tilsitt, il ne lui restait que l’Angleterre qu’il comptait mettre au pas en ruinant son commerce extérieur. En les empêchant d'écouler sur le continent leurs produits manufacturés, et les denrées coloniales qu'ils tirent de l'outre-mer, leur économie aurait été asphyxiée, et ils auraient été défaits aussi sûrement que s'ils avaient été vaincus par les armes.

Or, le roi d’Espagne Charles IV, d’abord allié fidèle de Napoléon à Trafalgar où la flotte espagnole était aux côtés des Français, commençait à tergiverser. En particulier, quelques jours avant Iéna, les Espagnols avaient eu l'outrecuidance de menacer de prendre l'Empereur à revers, avant de faire volte-face quand ils comprirent que la victoire lui appartenait. 
Quant au fils du roi - l’héritier de la couronne que l’on nomme en Espagne le prince des Asturies et qui régnera plus tard sous le nom de Ferdinand VII - ne venait-il pas d'être accusé d'avoir comploté contre son père ? D’où l’idée d’attirer ces Bourbons peu sûrs dans un piège qui se refermera sur eux à Bayonne.

Le 14 avril 1808, il est près de vingt-et-une heures quand il se présente sur les hauts de Saint-Étienne. Les acclamations de la foule, qui se presse de chaque côté de la route, se répercutent jusqu'au fleuve : "Il arrive !..." 
Les chevaux du carrosse impérial sont dételés, et c'est à bras d'homme que la voiture descend la rue Maubec, jonchée de rameaux de laurier et de buis. 
Bien que ce soit le Jeudi Saint, les cloches des églises se mettent à sonner. Les canons de la Citadelle, du Réduit, des allées Boufflers, du Château-Vieux, tirent des salves d'honneur. 

C'est dans un tohu-bohu assourdissant, au milieu d'une foule exaltée, que l'Empereur découvre Bayonne. Le maire lui souhaite la bienvenue Réduit, où un arc de triomphe a été dressé, et c'est à cheval que Napoléon rejoint le palais des gouverneurs.
La ville a consenti de gros efforts financiers pour aménager cette demeure, qui fait face au Château-Vieux. 
Mais Napoléon refuse de s'y enfermer ! Il compte y héberger les souverains espagnols, dont il a manigancé la "convocation" à Bayonne, et il n'est pas question qu'il cohabite avec eux. 

Le lendemain matin, passant devant le château de Marracq, une des rares habitations situées en dehors de l'enceinte militaire, il trouve le portail ouvert. Il entre et visite les appartements. Son choix est immédiat : c'est là qu'il va résider !
Il s'y installe dès le lendemain, dimanche de Pâques, sans attendre que la demeure soit aménagée. Á midi, six jeunes filles et sept jeunes gens viennent danser devant lui une pamperruque, danse d'honneur traditionnelle réservée aux hôtes e marque. Les tentes des chevau-légers polonais, qui forment son escorte habituelle, sont montées sur le Parterre, vaste espace semi-circulaire aménagé devant le perron. Sur les arrières, se trouve un parc, avec en son centre, un jardin à la française. Le camp de la Garde est installé à l'ombre des grands arbres. Napoléon occupe la partie droite du château ; 

Joséphine arrivera le 29 avril et s'installera dans la partie gauche.

Le château de Marracq, résidence impériale

Il s'agit d’un des monuments sans doute les plus méconnus de l’histoire de Bayonne : situé sur la gauche de la route de Cambo, quand on quitte la ville en ayant laissé l’hôpital derrière soi, ses murs ont été récemment restaurés par la municipalité. 
Cette demeure avait été construite au début du XVIIIème siècle par Marie-Anne de Neubourg, cette reine d’Espagne de la dynastie des Habsbourg exilée à Bayonne par Louis XIV qui avait placé sur le trône madrilène son petit-fils le Duc d’Anjou, lequel inaugurera le règne des Bourbons d’Espagne sous le nom de Philippe V.
Or, l’ironie de l’histoire voulut que Marie-Anne de Neubourg n'ait jamais réellement habité dans ce château de Marracq car elle avait été contrariée d’apprendre qu’une Dame de sa suite avait occupé un appartement sans avoir pris ses ordres et avant que les travaux fussent complètement achevés.

Et, moins d’un siècle plus tard, le château de Marracq sera occupé par Napoléon, précisément venu à Bayonne pour attirer la dynastie des Bourbons d’Espagne dans un traquenard : tirant habilement profit de la mésentente des Bourbons espagnols, il va confisquer le trône de Madrid au profit de son frère Joseph que les Espagnols surnommeront irrespectueusement « Pepe Botella » !
Cette malheureuse opération sera le prélude à une guerre qui va précipiter la chute de l'Empire, tout autant que la désastreuse campagne de Russie. Mais l'Empereur ne s'en rendit pas compte. Cela s'était passé si facilement ! 

Napoléon au Pays Basque

En ce début de l'été 1808, tout porte à croire que la paix est désormais possible. Napoléon ne modifie en rien son rythme de travail, toujours aussi soutenu, mais, si l'on se réfère à sa correspondance, les questions militaires ne constituaient guère son souci dominant.

Le séjour à Marracq aura été pour lui, comme pour Joséphine, un intermède heureux. 
L'intimité des lieux y est pour beaucoup. Napoléon est au mieux de sa forme. Il s'amuse du bon tour joué aux Bourbons. Il prend plaisir à naviguer sur sa péniche. Narguer les Anglais qui croisent au large de la Barre le réjouit. 
Pique-niquer dans la campagne le divertit. Il se délecte des revues, à l'occasion desquelles il peut familièrement s'adresser à ses soldats. Il apprécie les contacts avec les gens du pays, qu'il interroge et sait écouter. Il aime les paysages basques. Il goûte les bains de mer, à Biarritz et à la Chambre d'Amour. 

Avec Joséphine, il renoue des relations de complicité qui avaient présidé aux débuts de leur liaison. Á Marracq, l'étiquette est nécessairement mise de côté : on est trop à l'étroit, la cour est réduite, l'ambiance est quasiment familiale, l'atmosphère détendue. Son aventure avec Virginie Guillebeau ne suffit pas à ternir ce climat de confiance retrouvé. Joséphine en arrive même à oublier la menace latente du divorce, qui la minait. 

Le jeudi 21 juillet 1808, quatre-vingt-quinze jours après son arrivée, rassuré sur les affaires d'Espagne, Napoléon quitte Bayonne, en compagnie de Joséphine. Pour lui, tout se présente bien, tant sur les plans politiques et militaires que dans sa vie personnelle. 
Il ne le sait pas encore, mais, deux jours plus tôt, le général Dupont venait de capituler en rase campagne, défait par une armée espagnole considérée avec dédain. Dans un mois, déposant à son tour les armes, Junot sera contraint d'évacuer le Portugal. 

Á Sainte-Hélène, Napoléon confiera à Las Cases : "Cette malheureuse guerre m'a perdu. Toutes les circonstances de mes désastres viennent se rattacher à ce nœud fatal. Elle a compliqué mes embarras, divisé mes forces, ouvert une aile aux soldats anglais, détruit ma moralité en Europe." 

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Restes du château de Marracq à Bayonne ©
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Château d'Arcangues : Guy d'Arcangues et son fils Michel devant le lit où coucha Napoléon ©
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MARTIN DESMARETZ de MAILLEBOIS | 30/04/2021 13:08

En effet, il faut avoir lu et même relu "LE MEMORIAL DE STE-HELENE" du baron de LAS CASE, Conseiller d'Etat d'Empire ! Bien des prétentieux dans les années 60-70 méprisaient LAS CASE qualifié de "belle âme" sous-entendu naïf, crédule, s'étant fait berner par Napoléon... Je n'ai jamais accordé de crédit à ces critiques négatives car LAS CASE fut un Conseiller d'Etat scrupuleux, précis, très intelligent. Il a affirmé à la fin de l'ouvrage avoir TOUT vérifié et je le crois car cela était dans ses pouvoirs et son honneur intouchable sur la parole donnée !

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