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Histoire
A l’occasion du Brexit : les liens de l’Angleterre avec le Pays Basque et la Gascogne
A l’occasion du Brexit : les liens de l’Angleterre avec le Pays Basque et la Gascogne
© DR - Le prince Edward au château d’Arcangues

| Alexandre de La Cerda

A l’occasion du Brexit : les liens de l’Angleterre avec le Pays Basque et la Gascogne

Serait-ce un signe ? C’est quand l’Angleterre redécouvre ses racines lors de fouilles archéologiques faisant apparaître à Bath, ville du comté de Wessex, les ruines d'un ancien monastère anglo-saxon des VIIIème-Xème siècles, où aurait été couronné Edgar, le premier roi d'Angleterre, que la Grande-Bretagne s’apprête à quitter l’Union Européenne...
Serait-ce aussi un hasard si – annoncée par la météo, « une masse d’air chaud en provenance du Sud s’apprêtait précisément à repousser le froid au Nord, vers les îles britanniques »? Et Big Ben sera-t-elle prête à temps pour sonner les douze coups du Brexit, événement qui devrait être marqué par des célébrations à travers le pays - y compris en dehors du Parlement?
En attendant, gageons que les avions qui unissent plusieurs fois par semaine l’aéroport de Biarritz Parme aux îles Britanniques continueront de débarquer sur la côte basque les sujets de Sa grâcieuse Majesté…

En fait, le séjour des Britanniques est bien antérieur à l’établissement des lignes aériennes low-cost. Je me souviens d’un magnifique gala à l'Hôtel du Palais présidé par le Duc et la Duchesse Michel de Kent, c’était au début des années 90. En août 1995, le Prince Charles vint clôturer les travaux de la "Prince of Wales Summer School" d'architecture. 
Et son frère cadet, le prince Edward, comte de Wessex, séjourna dans notre région en mai 2018 afin de patronner des parties de gala au Pays Basque, puis à Pau, au profit de la fondation « Duke of Edinburgh’s International Award » qu’il dirige après avoir succédéà son père qui l’avait créé en 1956.
Passionné par le jeu de paume dont il ne reste plus qu’une cinquantaine au monde, le prince Edward aidé de son « equerry » (écuyer), le colonel Paul Arengo-Jones, collecte des fonds lors de parties de gala où chaque participant paie sa place pour pouvoir affronter le membre de la famille royale.
Après avoir joué au trinquet Saint-André de Bayonne et dans ceux de La Bastide Clairence et d’Urrugne, la journée s’acheva par un gala organisé avec éclat autour de ses convives - dans la tradition familiale - par le marquis d’Arcangues dans sa belle demeure. 
A la lumière des chandelles victoriennes autour du prince Edward qui avait enchanté l'assemblée par son discours enflammé sur le jeu de paume, le délicieux dîner fut servi aux convives par un personnel revêtu de costumes traditionnels du Pays Basque.
On peut encore citer leur grand-oncle l’éphémère Edouard VIII devenu Duc de Windsor après son abdication. Avec la Duchesse, il ne cessa jamais de fréquenter la côte basque. Ce fut d’ailleurs une tradition presque ininterrompue des Princes de Galles à Biarritz. Au point qu’Edouard VII, surnommé«  roi de Grande-Bretagne et de Biarritz» pour la fréquence de ses séjours au Palais, en arriva même à désigner son premier ministre, sur place, à Biarritz. D’ailleurs, une plaque dans le hall de l’hôtel du Palais rappelle que Herbert Asquith y fut nommé premier ministre de l’Empire britannique le 7 avril 1908 !

Mais bien auparavant, il y eut le remariage de la célèbre Aliénor d'Aquitaine avec Henri Plantagenêt devenu roi d'Angleterre.
C’était en 1152, et Aliénor avait apporté en dot au souverain anglais son duché d’Aquitaine dont faisait alors partie notre province de Labourd, après l’avoir retiréà son premier époux, le roi de France Louis VII. 
Or, le relatif éloignement du pouvoir anglais favorisa sans doute un certain libéralisme économique et politique, à l'origine du remarquable essor que connut alors la région.
De cette opulence passée, il reste, avec la cathédrale de Bayonne et d'autres édifices gothiques du pays, certains détails architecturaux de l'église Saint Martin de Biarritz, conformes au "style anglais" des églises Saint Martin de Hinx et de Port-de-Lannes.
Sur les rives proches de l'Adour, la bastide de Hastingues est due à l'initiative du sénéchal John of Hastings. 
Et, pour sa part, Biarritz garda longtemps sur le promontoire de l'Atalaye le vieux fort dressé par les Anglais au XIVe siècle. Les ébranlements de la falaise sapèrent ses fondations et la dernière guerre en finit avec ses ultimes vestiges. 
Au XIXème siècle, on retrouva dans les archives de la Tour de Londres le véritable sceau de Biarritz apposé à un acte de 1351, et les privilèges conférés à la ville en 1270 par Henri III et Edouard Ier... 

Après les troubles dus à la révolution et aux guerres napoléoniennes qui perturbèrent les déplacements des voyageurs entre 1792 et 1815, la reprise des échanges engendra un extraordinaire développement touristique au XIXe siècle.
Déjà, avant la révolution de 1789, la bonne société anglaise incluait dans l'éducation de ses fils un "grand tour" sur le continent. 
Les Pyrénées et la Côte Basque devinrent à la mode après les campagnes de Wellington dont les soldats découvrirent le pays au gré de la retraite de la Grande-Armée.
La légende rapporte même, qu'ayant établi leur camp à Biarritz, "les Anglais s'aperçurent à l'intérieur du cimetière que l'écart entre les dates de naissance et de mort sur les pierres tombales était important... Alors, ils décidèrent de s'installer plus longuement dans cette région pas comme les autres".
La recherche d'un climat doux et tempéré en hiver, un certain attrait pour la nature "sauvage" chanté par les romantiques, d'Alfred de Vigny à Victor Hugo, la renommée des eaux thermales pyrénéennes jointe à la vogue grandissante des bains de mer attira dans notre région les touristes britanniques qui fuyaient le manteau d'usines aux fumantes cheminées dont la révolution industrielle avait recouvert l'Angleterre.
Parmi les officiers de Wellington, qui laissa pour prix de son occupation du château d'Arcangues, en 1813, une belle cafetière qui y est encore conservée, on trouve un certain Sir William Bellairs. Il avait participéà cette campagne contre l’armée française en Espagne qui s'acheva aux portes de Bayonne.
Son fils, Edmund-Hook-Wilson Bellairs, d'abord capitaine dans l'armée britannique puis parlementaire et magistrat, adopta Biarritz comme lieu de résidence.
Il y acquit quelques terrains, sur lesquels il édifia sa villa, appelée "Emilia" du nom de son épouse. Ce pastiche moyen-âgeux conçu par Viollet-le-Duc servit plus tard de siège au British-American Club, à la British and National Bank, sans oublier la Lloyds Bank qui se trouve maintenant à quelques maisons de là, sur l’avenue Edouard VII. Sans oublier le domaine de Françon avec lac piscine, tennis et écuries –« modèle pour l’aristocratie de l’Angleterre victorienne » bâti en 1882 par la famille Pennington-Mellor – et le Golf du Phare créé en 1888 sur les terrains de la société Nottingham et Cie.
C’était l’époque où la Reine Victoria visitait Biarritz et Saint-Jean-de-Luz  !

Sans oublier, plus près de nous, le séjour de Winston Churchill dans une propriété sur la corniche basque. Il s’agit du domaine de Bordaberry à Urrugne qui faisait encore partie au XIXe siècle des possessions d’Antoine d’Abbadie dont une soixantaine d'hectares de landes et de prés avaient été séparés pour être acquis par Marie-Léonie Mortier de Trévise, arrière-petite-fille du fameux maréchal Mortier. Elle avait vendu son château au général canadien Brutinel qui y fit venir après la 2ème Guerre mondiale son ami Winston Churchill pour lui faire « digérer » sa défaite politique aux élections anglaises de juillet 1945 qu’il avait perdues. Philippe Oyhamburu et son groupe de musiciens et de danseurs basques, dont Michel d’Arcangues, lui jouèrent une aubade sur le fronton de Bordaberry. Churchill visita la région, vint à Sare à l’invitation de Paul Dutournier à qui il aurait déclaré : « en somme, vous autres contrebandiers basques, vous êtes les précurseurs de l’Union européenne ! Mais, surtout, Winston Churchill peignit. Il y a quelques années, un tableau peint au château de Bordaberry avait été vendu aux enchères chez Christie's à Londres pour 586.000 euros.  Il représente la villa "Nivelle". Selon le quotidien "The Daily Telegraph", Churchill aurait été persuadé de peindre (après avoir arrêté avant le début de la Seconde Guerre mondiale) par la femme du consul de Grande-Bretagne à Bordeaux. Il a réalisé plusieurs tableaux à Saint-Jean-de-Luz, à Hendaye et au bord de la Nivelle.

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