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Poésie
14 juillet 1789 : de Vendée jusqu'au Pays Basque, « je ne fêterai pas votre révolution »...
14 juillet 1789 : de Vendée jusqu'au Pays Basque, « je ne fêterai pas votre révolution »...

| Pierre d'Angles et ALC 1656 mots

14 juillet 1789 : de Vendée jusqu'au Pays Basque, « je ne fêterai pas votre révolution »...

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Les massacres citoyens du 14 juillet 1789 ©
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Les massacres révolutionnaires ©
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Je ne fêterai pas votre révolution.
On ne célèbre pas le vol, le viol, le crime.
Mais je prendrai le deuil de vos pauvres victimes.
Elles seules ont droit à ma vénération.

Je ne fêterai pas l’espérance trahie
Du peuple demandant l’arbitrage royal
Jusqu’alors rendu juste, équitable et loyal
Mais au nom d’une foi par votre orgueil haïe.

Je ne célébrerai pas votre intolérance.
Ni vos sacrilèges, ni vos profanations.
Ni les grands mots ronflants de vos proclamations
Prônant la liberté dont vous priviez la France.

Je ne fêterai pas l’infâme Cordelier
Faisant assassiner, par sa triste colonne,
En l’église du Luc, près de six cents personnes
Dont cent cinquante enfants réunis pour prier. 

On ne pardonne pas les Oradours-sur-Glane
Et vous seriez fondés d’en tarer les nazis
Si vous n’aviez, chez nous, fait pire aussi
Vous êtes précurseurs, Messieurs, et non profanes.

Quand vous jetiez aux fours, par vous chauffés à blanc,
Les mères, les enfants, les vieillards, les mystiques,
Vous disiez faire le pain de la République…
Mais Amey, mieux qu’Hitler, les y jetait vivants !

Car c’est bien cet Amey, de sinistre mémoire,
L’un de vos généraux prétendu glorieux,
Qui fut l’instigateur de ce supplice odieux…
Vous avez, aussi vous, eu vos fours crématoires.

Et Turreau trouvait tant de plaisir à ces jeux
Qu’il faisait ajouter, quand manquaient les dévotes,
Et malgré tous leurs cris, les femmes patriotes…
Votre fraternité les unissait au feu.

Je ne fêterai pas vos tanneries humaines
Dont votre chirurgien, Pecquel, fut l’écorcheur,
Ni son ami Langlois, de Meudon, le tanneur…
Ni votre grand Saint-Just disant qu’en ce domaine

Peau d’homme vaut bien mieux que celle du chamois
Que celle de la femme plus souple et plus fine…
Vous étiez sans culottes, alors ça se devine
Vous vous en fîtes faire en peau de villageois.

Quand vous abominez les gardiens sataniques
De l’affreux Buchenwald écorchant de leur peau
Nos morts, les laissant nus en leurs chairs en lambeaux
Avez-vous des remords ou restez-vous cyniques ?

Je ne fêterai pas les enterrés vivants
Dans les puits de Clisson et ceux de mon bocage
Ni du fameux Carrier les célèbres mariages
Voulus républicains mais surtout révoltants.

Attachant l’un à l’autre, une fille et son père,
Une mère et son fils, un prêtre et une sœur,
Et nus, bien entendu, pour que leurs massacreurs
Aient, humiliant leur mort, à rire et se distraire.

Quand, en les entassant dans barques à sabords
On les faisait sombrer dans les eaux de la Loire.
Et le fleuve royal garde encore leur mémoire,
Il apparaît plus triste à l’approche du port.

Je ne fêterai pas, non plus, la guillotine,
Ce symbole attitré de la révolution.
Ce moyen fraternel d’abreuver nos sillons,
Comme vous le chantez d’un sang que moi j’estime.

Je ne chanterai pas votre révolution.
Elle a fait trop couler de sang, de pleurs, de larmes.
De notre vieux royaume elle a rompu le charme
Et fait perdre, au pays, sa noble vocation.

Vous avez tout brûlé, chez nous, châteaux, chaumières,
Etables et clochers. Vous traîniez les enfers
Pour faire du bocage un immense désert
Sans une âme qui vive et sans pierre sur pierre…

Vous n’aviez pas pensé que tout le sang versé
Au terroir de l’amour serait semence vive.
Il germe en attendant nos prochaines métives ;
Il fleurira, demain, épi de liberté.

La liberté de croire en un Dieu qui pardonne.
En un ordre qui met, au sommet, le devoir
Le courage et la foi. Qui veut que le pouvoir
Ne dépende jamais du nombre et de la somme…

Aujourd’hui nous pouvons vous juger à vos faits.
Votre révolution a incendié notre terre.
Elle a porté, partout, la misère et la guerre,
Quand le monde a jamais plus désiré la paix…

Je ne peux pas fêter votre révolution.
On ne célèbre pas le vol, le viol, le crime.
Je porterai le deuil de toutes ses victimes.
Elles seules ont droit à ma vénération.”

Dans son recueil « Ecoutes » Pierre d'Angles nous livre l'âme de sa Vendée, ce bon vieux terroir auquel il voue tendresse, ferveur et piété. Poète au grand coeur, d'une sensibilité fine, il écrit son attachement à sa famille, foyer de Sagesse et de Foi ses ancêtres, sans oublier ses compagnons à qui il adresse un émouvant Adieu d'espoir et d'amitié.

Le poème ci-dessus a été publié en 1989 par Pierre d'Angles lors de la commémoration des 200 ans de la révolution en guise de critique virulente de la république, visant en particulier les épisodes de la Terreur en rapport avec le massacre des révoltés vendéens. On lui ajouterait volontiers celui de la déportation des Basques en février/mars 1794...

Ainsi, la révolution française, ce grand socle mythifié sur lequel repose toute l'histoire française moderne depuis plus de deux siècles, est la cible principale du poème de Pierre d'Angles : « Je ne fêterai pas votre révolution ».
A travers ce texte composé au tout début de l'année 1989 (année du bicentenaire), P. d'Angles exprime clairement sa volonté de ne pas se joindre, ni de cautionner les commémorations révolutionnaires à venir, qu'il présente comme une grande supercherie historique, et se revendique solidaire au regard des victimes.

Pierre d'Angles ne manque pas de rappeler toutes les exactions commises par ces généraux, devenus tristement célèbres, en particulier Cordelier et sa «triste colonne», coupables du sanglant massacre des Lucs sur Boulogne (28 février 1794), et l'extrême barbarie dont ils firent preuve envers leurs victimes, (« six-cents personnes dont cent-cinquante enfants »), massacrées en haine de la foi. Quant au général Amey évoqué par le poète – son nom est gravé dans la pierre sous les voûtes de l'Arc de Triomphe - c’est un des instigateurs de ces barbaries : ainsi, à la veille de la déportation des Basques, en janvier 1794, l'officier de police Gannet témoignait de ce qu'il avait vu : « Amey fait allumer des fours et lorsqu'ils sont bien chauffés, il y jette les femmes et les enfants. Nous lui avons fait des représentations ; il nous a répondu que c'était ainsi que la République voulait faire cuire son pain » ! Et pour ce qui concerne la fonte de graisse humaine provenant des corps des suppliciés, on l'envoyait aux hôpitaux de la région... 
Le poète rapprochera ces massacres de celui perpétré par les Waffen-SS en juin 1944 dans l'église du village d'Oradour-sur-Glane… En un reproche à peine déguisé que le poète adresse aux défenseurs de la révolution : « Vous seriez fondés d'en tarer les nazis si vous n'aviez, chez nous, fait pire aussi » trouve là un écho historique, et le verdict : « Vous êtes précurseurs, Messieurs, et non profanes » tombe comme un couperet !

Car, si à Bayonne, Anglet, Biarritz et d’autres villes et villages de France, le 14 juillet a été « commémoré » par des feux d’artifice par une population en soif de réjouissances et d'amusements pour conjurer une triste époque de "confinements" , il n'est pas inutile de rappeler quelques détails historiques « incontournables » de ce 14 juillet ambigu : 1789 ou 1790 ?

Or, même si officiellement, c'est le 14 juillet 1790 - la Fête de la Fédération -, moment fugitif et illusoire d’« union nationale » que l'on célèbre, le télescopage des deux dates prête très souvent à confusion. Car, le 14 juillet 1789, ce sont des têtes qu’on promène au bout des piques et dès cet épisode, la Terreur est en gestation, la culture politique conduisant à la Terreur étant présente dans la révolution française dès l'été 1789, lors de la prise de la Bastille qui inaugure le spectacle sanguinaire désormais inséparable de tous les grands épisodes révolutionnaires. En fait, il n'y a jamais eu de « prise » de la Bastille le 14 juillet 1789, mais la perfidie d'une poignée d'émeutiers sanguinaires, brutes avinées, assassins et terroristes dans l'âme, lesquels, après avoir promis liberté et vie sauve aux quelques dizaines d'hommes présents dans le lieu n'eurent rien de plus pressé que de les massacrer, de couper leurs têtes et de les promener dans les rues au bout de piques (de la Bastille, ne seront extraits que quatre faussaires, un libertin et deux fous, discrètement conduits, dès le lendemain, à Charenton).

Ainsi, la « glorieuse » tradition républicaine et notre actuel "Système", héritiers de la Révolution débutent l’histoire de notre pays en 1789 ; la Révolution a allègrement détruit entre le quart et le tiers de notre patrimoine, un crime imprescriptible autant contre l'Art qu’envers l'Humanité, car la cruelle déportation des Basques suivra en février 1794. Auparavant, le mathématicien et astronome Jean Sylvain Bailly, premier maire de la Commune de Paris nommé le 15 juillet 1789, n’avait-il pas, lui aussi, été décapité en novembre 1793 pour n’avoir pas témoigné « dans le sens citoyen prescrit » lors du procès de Marie-Antoinette ?

En revanche, au Pays Basque, on a plutôt fêté en ce 14 juillet l'anniversaire de la première présentation, le 14 juillet 1894, de son drapeau ou ikurriña : sur fond rouge représentant la patrie des Basques, la croix de saint André verte symbolise les lois antiques, garantes des fors ou libertés coutumières - lege zaharrak -, le tout surmonté de la croix blanche en signe de foi chrétienne, « Jaungoikoa ».

Il y a déjà quelques années, lors d’un 14 juillet, Jean Aniotzbehere - à l’époque, maire de Sare - qualifiait « la révolution de 1789, si brutale et inhumaine pour le Pays Basque de France et ses trois provinces. Les populations de nos villages qualifiées d’infâmes furent déportées pour leur manque de coopération dans la guerre contre l’Espagne en 1793, c’est-à-dire contre nos frères du Sud. Le roi guillotiné par des censeurs assoiffés de sang et la guerre contre tous les pays d’Europe, finalement pour la perdre. Notre Pays Basque fondu dans un département basco-béarnais, notre langue ancestrale, l’euskara, menacée de disparition par refus d’officialisation, et ses locuteurs longtemps considérés en citoyens de deuxième zone, avec mépris, méfiance et condescendance ».

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