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Tourisme
Une quarantaine en Ukraine : immersion dans le monde slave oriental
Une quarantaine en Ukraine : immersion dans le monde slave oriental

| Louis d’Arcangues

Une quarantaine en Ukraine : immersion dans le monde slave oriental

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Le palais Potocki à Lviv (entrée) ©
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Collections artistiques au palais Potocki ©
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Alors que le Covid se déchaîne depuis la fin de l’été, apportant son lot de contraintes et nous obligeant à nous isoler davantage, j’ai décidé, le soir de l’annonce du reconfinement, de partir en Ukraine. 
En nous privant de contact extérieur, le confinement apporte bien son lot de maux pour notre santé mentale : anxiété, ennui, dépression, ce sentiment de boucle vicieuse est pour certains très dur à surmonter. Il était inconcevable pour moi de me reconfiner de nouveau.

Ayant postulé l’an dernier au programme gouvernemental russe de bourse « Future in Russia » j’étais censé partir en septembre en Russie afin d’apprendre la langue à l’Université d’Etat des langues étrangères de Moscou. Hélas, comme pour beaucoup, mes plans ont été fortement déroutés par la pandémie. J’ai donc été invité à suivre les cours en ligne, immersion en moins… 

Apprendre une nouvelle langue sans être immergé est presque impossible, surtout quand on est confiné. Le russe, bien que langue indo-européenne, présente des spécificités aussi complexes qu’intéressantes qui demandent du temps, de l’attention et des explications, et donc d’être accompagné. 
Me doutant bien que je n’allais pas pouvoir aller en Russie cette année, mais être contraint à réviser derrière mon écran, je pensais depuis quelques temps à trouver une alternative à la Russie en allant vivre quelques moins dans un pays russophone. 

C’est alors qu’un second confinement est annoncé par notre président. Je prends mes billets sur le champ pour Madrid tant qu’il est encore possible de se déplacer. Une fois arrivé dans la capitale ibérique, je reste quelques jours avant de prendre mon vol Ryanair vers Kiev pour l’absurde somme de 20 euros. 

Arrivé à la porte d’embarquement à 6 heures du matin après une soirée madrilène quelque peu arrosée je remarque bien que je suis le seul non-slave à partir pour l’Ukraine. Après quatre heures de vol me voilà à l’Aéroport de Borispol (Kiev). Prise de température puis test des l’arrivée, je suis obligé de m’isoler quelques heures seulement, le temps que les résultats arrivent. 

Je reste deux jours à Kiev, durant lesquels j’ai cours le matin, et l’après-midi, je découvre la capitale de cette nation, berceau de la civilisation slave orientale. Après avoir appliqué un confinement similaire au nôtre durant le printemps, le pays à rouvert ses portes en septembre et vit presque totalement normalement : masque non-obligatoire, restaurants et bars ouverts, salles de cinémas ouvertes… 

L’Ukraine à connu moins de cas que les pays de l’Europe occidentale malgré une population importante, mais les cas sont en augmentation ces derniers jours. Quoi qu’il en soit, le pays ne peut se permettre de se reconfiner, même si le nombre de cas venait à exploser, car la situation économique actuelle de l’Ukraine demeure fragile. 

Kiev est une ville intéressante, frénétique et très vivante. Les gens sortent beaucoup malgré la pandémie. Mon hôtel se situait sur la place de Maidan, épicentre du mouvement « Euromaidan » qui donna lieu au coup d’Etat de 2014. 

Le russe est parlé et compris par tous les Ukrainiens. La langue officielle est l’ukrainien, pourtant le russe est parlé à Kiev, sur la côte et dans l’Est du pays, car beaucoup d’Ukrainiens se sentent russes. 

Après quelques jours à Kiev, je prends le train de nuit pour Lviv, bastion nationaliste de l’Ukraine occidentale, le russe n’est pas la norme ici, bien que compris par tous, et les locaux sont fiers de parler leur langue qui ressemble énormément à celle de leur grand voisin oriental. Pourtant, mes amis ukrainiens, bien qu’un peu désolés que je n’apprenne pas leur langue maternelle, m’aident quotidiennement à progresser en russe. 

Lviv fut fondée au XIIIème siècle par Daniel Ier, roi de Galicie-Volhynie de la dynastie des Romanovitch. Au cours des siècles, la ville passa sous girons polonais et autrichiens avant d’être totalement intégrée à l’Ukraine soviétique après 1945. L'ensemble architectural de la vieille ville est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, ce qui fait de Lviv une destination touristique de premier rang. 

L’Ukraine a souvent une image négative en Occident : guerre, pauvreté, corruption, insécurité, instabilité… Arrivé déjà il y a une semaine, je suis surpris de constater à quel point toutes ces idées reçues sont fausses. Les rues sont propres, les bâtiments sont bien entretenus, la police patrouille régulièrement et le sentiment d’insécurité est inexistant, le niveau de vie est certes incomparable avec nos pays, mais l’Ukraine donne l’impression «de bien s’en sortir », même comparé à ses voisins occidentaux, pourtant dans l’Union Européenne. 

Les Ukrainiens sont très accueillants et extrêmement chaleureux dès lors qu’ils savent à qui ils ont affaire. Par ailleurs, ils sont naturellement avenants et très curieux lorsqu’ils rencontrent des occidentaux, même si le pays s’ouvre de plus en plus au monde, après un long siècle d’hibernation soviétique… 

Ndlr. : - Louis d’Arcangues est photographié devant le palais Potocki à Lviv construit dans les années 1880 par Alfred Józef Potocki, ancien ministre-président (chef du gouvernement) de l'empire d'Autriche ; actuellement, il accueille une partie des collections de la Galerie nationale d'art de Lviv. Les Potocki, cités au XIIIème siècle, font partie des grandes familles aristocratiques polonaises.
- Le nom de la ville de Lviv (Львів, en ukrainien) est Lvov en russe (Львов) et Lemberg en allemand.

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Nikolaï Singier-kurzawa | 14/11/2020 08:46

Merci Louis pour ce merveilleux récit tu as réussi à nous emporter avec toi. Bonne continuation dans cet apprentissage. avec toute mon amitié

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