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Thierry Malandain et son ballet : un « déconfinement » en septembre ?
Thierry Malandain et son ballet : un « déconfinement » en septembre ?

| Anne de Miller-La Cerda

Thierry Malandain et son ballet : un « déconfinement » en septembre ?

Le célèbre chorégraphe biarrot et son ballet ne restent pas inactifs pendant cette période d'isolation forcée.

Au souffle des embruns marins, à la tête d’une troupe de 22 danseurs, la chorégraphie de Thierry Malandain vague et vogue au rythme d’une création intemporelle. Puisant dans les ressources de l’Art classique, Thierry Malandain transpose les codes des siècles antérieurs tout en illuminant le corps dansant dans l’actualité du monde contemporain.

Le 24 avril dernier, vous étiez élu à l’Académie des Beaux Arts, serez vous reçu officiellement ? Quelle fonction l’Académie vous a-t-elle attribué ? Pendant le confinement fonctionne-t-elle?
Mon installation à ce siège académique aura lieu seulement au mois de mai 2021. Chaque mercredi, plus de 70 académiciens et membres libres se réunissent à Paris pour débattre des sujets sur l’Art publiés dans la revue mensuelle de l’Académie. Mais bien que cela soit très enrichissant, je ne pourrai pas me déplacer toutes les semaines. Mais pendant le confinement, notre institution s’est arrêtée.

Après avoir subi une opération de la hanche, cette période de confinement due à la pandémie, vous permet-elle de mieux vous rétablir?
J’ai été opéré il y a près de deux mois d’une prothèse de la hanche dont je souffrais depuis l’enfance. Le 23 février dernier, je pouvais déjà reprendre mes activités.
Cependant pour moi, le confinement est très gênant car je n’ai pas droit à la rééducation normale. Je compense d’une certaine façon en marchant tous les jours. A Anglet où j’habite, j’ai la chance d’avoir un petit jardin.

Pour les danseurs du ballet, cette période doit être difficile?
Oui, « transformées en statues de sel » et recroquevillés pour certains dans de petits appartements, c’est très difficile. Ils sont très actifs sur la toile via les vidéo-conférences, et le kinésithérapeute Jean-Baptiste Colombier les entraîne régulièrement par ce moyen. Ils peuvent aussi s’exercer dehors, encore faut-t-il qu’il fasse beau. Nos 22 danseurs sont actuellement au chômage partiel.

En début mars avant le confinement, aviez-vous prévu de travailler sur un nouveau spectacle ?
Depuis quelques temps, avec la participation du chorégraphe associé Martin Harriague - reconnu internationalement et artiste en résidence au Malandain Ballet Biarritz -, nous réfléchissons  à un nouveau spectacle. Pour nous accompagner, nous pensons à l’Orchestre Symphonique du Pays Basque. Cependant rien n’est encore décidé. Nous hésitons encore sur le thème (Ndlr. sachant que le chorégraphe bayonnais Martin Harrigue se passionne pour l’écologie,  le thème de l’être humain et la nature pourrait peut-être constituer le sujet de son prochain ballet: une suite au ballet « la Pastorale » ?).

Quelles lectures, quelles musiques vous aident à traverser cette période ?
Je relis « l’Homme boîte » de Kôbo Abé . Cet auteur et médecin japonais décrit un « diogène » cynique réfugié dans un tonneau par mépris de l'humanité. Tourmenté et solitaire, c'est un anti-héros, un être mythique dont le mal profond est l'impuissance. Sinon pour changer de registre, je me suis plongé dans un livre sur Léon Blum.
J’accompagne mes lectures de musique en écoutant « la danse macabre » de Saint-Saëns, ou «le Sacre du Printemps » de Stravinsky».
Sinon j’écris beaucoup d'articles  et je fais des recherches pour ma revue trimestrielle sur la danse. Il y a 3 ans, j’ai publié un livre sur ballet « Cendrillon » édité par les carnets de création.

Préparez-vous l’après confinement, allez-vous progressivement « réveiller » le ballet Malandain ?
Ce n’est pas encore prévu pour l’instant, il est impossible de porter des masques et garder des distances d’un mètre pour les danseurs. Comme dans toutes les autres Compagnies, nous envisageons le « déconfinement » en principe en septembre, mais à l'heure actuelle, rien n'en est pour autant certain.

Les conséquences financières de la pandémie, sont-t-elles importantes pour la compagnie?
Oui bien sûr !  nous avons dû annuler 40 spectacles de mars à septembre. Nous devions présenter principalement notre dernier ballet « La Pastorale » créé pour le 250 ème anniversaire de Beethoven.   

Que pensez-vous de ce coronavirus? 
Nous nous rendons compte à quel point le gouvernement français ne répond pas à nos demandes. Nous sommes la 6ème puissance mondiale et nous manquons depuis janvier de masques, de tests, de blouses, de gants ...! Le personnel médical n’en peut plus, non équipé alors que le virus rôde autour d’eux, il réclame sans cesse du matériel et des aides financières. 
Parallèlement nous assistons dans des quartiers de nombreuses banlieues confinées à de graves émeutes due à une mauvaise gestion de la crise. 
Nous devons donc revoir entièrement le système.
S’il veut survivre, l’Homme devra s’adapter à la nature et non le contraire. Arrêtons les expériences et manipulations génétiques financées par les lobbies qui nous pourrissent la vie. Quand on pense aux bâtisseurs de cathédrales, des tailleurs de pierres alors qu’ils ont construit des merveilles, nous devrions regarder plus en arrière au lieu de vouloir dominer le futur. On se croyait jusqu’ à  aujourd’ hui devenir un surhomme. La nature n’a pas besoin de nous pour vivre ! Les oiseaux continueront toujours de chanter ! 
« Le soleil vert » ; le chaos de notre civilisation s'annoncera pour bientôt si nous continuons ainsi !

Au programme de cette semaine, Thierry Malandain propose de regarder sur Youtube :
Un concours de chorégraphie vidéo d'une minute : voir sur facebook Thierry Malandain

Sa « Carmen » en intégralité sur la chaine Youtube du Ballet-Biarritz, ce samedi 25 avril à 21h : https://www.youtube.com/watch?v=ct1yUEfRu54  : La Jeune fille et la mort, dans la transcription pour orchestre à cordes qu'en fit Gustav Mahler en 1894.

"Plutôt qu'utiliser la musique de Georges Bizet ou encore Carmen-Suite de Rodion Shedrin, j'ai choisi le quatuor pour cordes en ré mineur D. 810 de Franz Schubert : La Jeune fille et la mort, dans la transcription pour orchestre à cordes qu'en fit Gustav Mahler en 1894.
C'est en 1816, que Franz Schubert découvre ce titrede Mathias Claudius (1740-1815). Un poème où une jeune fille repousse la Mort qui doucement l'attire : « Ne crains rien, donne-moi ta main, je suis ton ami » lui dit la Mort (le mot est masculin en allemand). Mettant en relief le caractère éphémère de l'existence, ce texte où la Mort devient l'ami qu'on appelle plus qu'on redoute, fait aussi le lien avec la sensualité de Carmen : la jouissance jusqu'à en mourir. Après l'attaque brutale du premier mouvement, cri angoissé de la jeune fille, l'émotion de l'Andante, et le bonheur du Scherzo, le quatuor se conclut sur une tarentelle obsessionnelle emportant la jeune fille. Une danse macabre comme une corrida avec mise à mort." Thierry Malandain.

Thierry Malandain: une vie dédiée à la danse
C’est au cours de ses six années lorraines que Thierry Malandain originaire de Petit-Quevilly en Normandie après une formation non traditionnelle avec d’éminents et passionnants enseignants, gravissait les premières marches du succès à la suite de ses premières expériences de chorégraphe (1984).

En 1986, il quitta le Ballet Théâtre Français de Nancy avec huit danseurs et fonda la compagnie Temps Présent qui s’installe à Elancourt (78), en banlieue parisienne.
En 1991, Thierry Malandain montePulcinella d’Igor Stravinski sur la scène de la Maison de la Culture deSaint-Etienne. qui propose à la compagnie Temps Présent de l’accueillir pendant 6 ans en résidence à  Saint-Etienne. Ce sera le début de sa consécration.
Le Ministère de la Culture et de la Communication et la ville de Biarritz lui l’invitent à fonder le premier grand Centre Chorégraphique Contemporain de style classique.
En 2000,le chorégraphe s’encre dans le paysage marin en composant son premier ballet biarrot «  La Chambre d’Amour, évoquant une belle légende locale. Il compose (2001), un fameux programme d’Hommage aux Ballets russes puis « Les Créatures » (2003), Le Sang des Etoiles( 2004,) Les Petits Riens (2005). Il honore avec L’Envol d’Icare (2006), nominéà Moscou aux Benois de la Danse,sa première commande pour le Ballet de l’Opéra national de Paris.
En 2008, la même année, le chorégraphe présente deux spectacles: « Le Portrait de l’Infante » puis « l’amour sorcier » en (2008)
En août 2009, Thierry Malandain est élevé au grade d’officier des Arts et Lettres.
Puis il enchaîne sur une remarquable série de ballet  , « Une dernière chanson »(2012), « Cendrillon « (2013), « Nocturnes » (2014), « Estro »(2014), »La Belle et la Bête »(2016), « Noé » (2017), le remarquable « Marie-Antoinette »(2019) s’achèvent sur « la Pastorale » (2019).

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Conrié | 27/04/2020 12:47

Super.D

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