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Cinéma
Réflexions d'un cinéphile déconfiné, Stanley Kubrick (suite) : la notoriété mondiale (2)
Réflexions d'un cinéphile déconfiné, Stanley Kubrick (suite) : la notoriété mondiale (2)

| Jean-Louis Requena

Réflexions d'un cinéphile déconfiné, Stanley Kubrick (suite) : la notoriété mondiale (2)

La notoriété mondiale - 1966-1999 (suite)

Depuis 1977, Stanley Kubrick a installé sa famille dans un grand manoir au nord de Londres: Childwickburry. C’est son lieu de travail entouré d’une équipe de collaborateurs réduite mais fidèle: Jan Harlan, producteur et beau-frère, Léon Vitali, son assistant personnel, Julian Sénior, contact avec la major Warner Bros.

Après l’immense succès de Shining, Stanley Kubrick cherche un sujet autour de la guerre. En 1980 il rencontre pour la première fois Michael Herr (1940/2016), ancien correspondant de guerre américain au Viêt-Nam et auteur d’un livre de mémoires: « Dispatches » (1976), « Putain de Mort » (version française – Albin Michel – 1980). Le journaliste a collaboré avec Francis Ford Coppola pour Apocalypse Now (1979) dont il a écrit la voix off du capitaine Willard (Martin Sheen). Par ailleurs, Stanley Kubrick découvre le roman de Gustav Hasford (1947/1993) sur cette guerre: « The Short Timers » (le Merdier, version française). Les trois hommes collaborent tant bien que mal à l’écriture du scénario mais Gustav Hasford est rapidement écarté du projet s’avérant une personnalité perturbée, difficile, incontrôlable. Le titre du film sera en définitive Full Metal jacket (1987) dont la traduction serait: (balle) entièrement chemisée de métal ou balle typiquement militaire.

Full Metal jacket (116’) se déroule en deux parties distinctes. Première partie: incorporation de jeunes gens pour en faire des Marines. Elle se déroule dans le camp d’entrainement des Marines à Parris Island (Caroline du Sud). Deuxième partie: entièrement au Viêt-Nam dans une base militaire puis durant l’offensive du têt à Hué (1968). Les jeunes acteurs américains qui incarnent les militaires sont peu connus évitant ainsi le phénomène d’indentification (pas de héros!).Ils interprètent les personnages suivants: « Joker » (Guignol) Matthew Modine, « Cowboy » Arliss Howard, « Gomer Pyle » (Grosse baleine) Vincent d’Onofrio, le souffre-douleur du sergent instructeur Hartman (Ronald Lee Ermey) qui abreuve les recrues d’insultes.

Full Métal jacket est entièrement tourné en extérieur à proximité de Londres: la première partie dans une base aérienne désaffectée du Royaume Uni à Bassinbourn, la deuxième sur un terrain appartenant à la compagnie de gaz britannique à Newham à l’est de Londres. Pour l’occasion une jungle artificielle fut créée avec quelques centaines de palmiers venus d’Espagne!

Toute la musique originale, inquiétante, a été composé par Virian Kubrick (1960), fille du réalisateur. Stanley Kubrick l’a mixé avec des chansons américaines très en vogue dans les années 60.

De nouveau le tournage est long: août 1985 à septembre 1986 en partie a cause de l’accident de voiture dûà l’alcool de Ronald Lee Ermey (« Gunnery » sergent Hartman) personnage truculent et effrayant de la première moitié du film.

Full Metal jacket sorti à l’été 1987 aux États-Unis et en automne en Europe est un grand succès (2,5 millions d’entrées en France).

Après Full Métal Jacket, Stanley Kubrick travaille longuement sur des projets qui n’aboutirons pas: Aryan Papers, adaptation du roman « Une éducation polonaise » de Louis Begley. La Liste de Schindler de son ami Stephen Spielberg dont le sujet est en partie similaire a un grand succès en 1993. A.I Intelligence artificielle d’après la nouvelle « les Supertoys durent tout l’été » de Brian Aldiss qui exigeait des moyens informatiques qui n’existaient pas à ce moment-là. Stephen Spielberg réalisera le film après la mort de Stanley Kubrick (2001).

Finalement, sept ans après la sortie de Full Métal Jacket, Stanley Kubrick se lance dans l’adaptation de la « Nouvelle rêvée » (Traumnovelle – 1926) nouvelle de l’écrivain autrichien Arthur Schnitzler (1862/1931) qu’il avait lu à la fin des années 1970. Son dernier long métrage s’intitulera: Eyes Wide Shut (159’). A New-York le docteur William « Bill » Harford (Tom Cruise) obsédé par la révélation de sa femme, Alice (Nicole Kidman) concernant une tentation sexuelle qu’elle a eue pour un jeune officier de marine, erre dans les rues de New-York à la recherche de ses propres fantasmes.

Le tournage entièrement en studio (les rues de New-York y sont reconstituées!) a duré de novembre 1996 à juin 1998 avec quelques interruptions. Le dernier opus de Stanley Kubrick reprend en l’élargissant les thèmes de la duplicité et du dysfonctionnement du couple. Le résultat sur l’écran est fascinant: cadrage parfait, palette de couleurs en fonction de la dramaturgie, jeu des acteurs (mari et femme dans la vie qui divorceront peu après la sortie du film!), lenteur hypnotique du récit qui ressemble à un rêve ou un cauchemar, tout contribue à l’étrangeté de cet ultime long métrage du metteur en scène américain. 

Stanley Kubrick meurt d’une crise cardiaque dans son sommeil le 9 mars 1999, une semaine après avoir présenté la version définitive d’Eyes Wide Shut à la Warner Bros (Producteur) et aux principaux acteurs. Il est enterré dans sa propriété de Childwickbury Manor sous son arbre préféré.

Eyes Wide Shut sort à l’été 1999 en États Unis et à l’automne en Europe. En dépit d’un budget colossal (65 millions $, couple vedette oblige!) le dernier opus de Stanley Kubrick est un succès planétaire (1,7 millions d’entrées France).

Stanley Kubrick (1928/1999), le visionnaire

Stanley Kubrick était un autodidacte « formé sur le tas ». C’était un technicien hors pair qui maitrisait tous les aspects techniques d’un film (photo, éclairage, montage, etc.). Il déclaré dans une de ses rares interviews: « le mieux pour apprendre à faire un film est d’en faire un… ».  Parti de rien, sans moyens, à force de travail et d’obstination il a réussi à 33 ans, en Angleterre, loin de « l’enfer d’Hollywood »à maitriser tout le processus de fabrication d’un film: de l’écriture du scénario (souvent avec des aides – non créditées- car il connaissait ses limites) jusqu'à l’exploitation en salles. Deux thèmes principaux irriguent toute sa filmographie: la violence et le dysfonctionnement. En près de 50 ans de carrière il n’a produit que 13 longs métrages: 5 aux États-Unis, 8 en Angleterre. Il a couvert presque que tous les genres importants sauf le western, projet que Marlon Brando lui a subtilisé (La Vengeance aux deux visages).

Ses longs métrages (1953/1999) se répartissent suivant les genres suivants: 3 films de guerre (Fear and Desire, Les Sentiers de la gloire, Full Métal Jacket), 2 policiers (Le Baiser du tueur, L’Ultime Razzia), 1 film d’horreur (Shining), 3 films de science-fiction (Docteur Folamour, 2001, l’Odyssée de l’espace, Orange Mécanique), 2 films historiques (Spartacus, Barry Lyndon), 2 films érotiques (Lolita, Eyes Wide Shut).

Dans la préface du livre somme de Michel Ciment « Kubrick », le réalisateur Martin Scorsese écrit: « Regarder un film de Kubrick, c’est comme regarder le sommet d’une montagne depuis la vallée. On se demande comment quelqu’un a pu monter si haut ».

P.S: Tous les films de Stanley Kubrick sont disponibles en DVD sous différents formats et présentations (unités ou coffrets).

Pour les lecteurs, il existe une abondance d’ouvrages sur le réalisateur propice (?) à quelques délires interprétatifs surprenants, fort éloignés du pragmatisme de Stanley Kubrick qui, somme toute, recherchait le succès au box-office (le cinéma est un art… et par ailleurs une industrie).

Kubrick de Michel Ciment – Calmann-Lévy (édition définitive 2011) – la biographie intellectuelle de Stanley Kubrick abondamment illustrée par le directeur de publication de la revue « Positif » avec 3 longs entretiens éclairants (1972 – 1976 - 1980).

Stanley Kubrick de John Baxter – Seuil (1999) biographie anglaise publié peu après le décès du réalisateur.

Stanley Kubrick – Filmographie complète de Paul Duncan – Taschen 2011 – ouvrage à l’iconographie soignée avec de nombreuses photos de plateau.

Jean-Louis Requena

Légende: Matthew Modine et Stanley Kubrick sur le tournage de Full Metal Jacket

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Poirier | 07/06/2020 10:55

Merci pour cette intéressante synthèse de l'oeuvre et de la vie de SB Dans la série film de guerre, j'ai toujours été fasciné par les Sentiers de la Gloire. Avec peu de moyens et malgré - dit on- son peu d'intérêt pour notre pays,il est arrivé à mettre en scène de manière fort convaincante l'atmosphère d'époque a la fois dans l'état major et dans les troupes N'avait il pas aussi un projet sur l'épopée Napoléonienne, avortée?

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