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Société
Retraite et vieillesse, une définition évolutive
Retraite et vieillesse, une définition évolutive

| François-Xavier Esponde 1399 mots

Retraite et vieillesse, une définition évolutive

1 – La vieillesse, une définition relative

A l’heure où le débat public de la retraite au travail ajouté entretient le feu sacré de la contestation, celui des retraités ajouté au vieillissement de la population donne une définition relative du sujet selon les époques de l’histoire humaine.
On imagine assez peu le statut de retraités au sein de l’empire romain, car il n’existait pas, aucun rite de passage ou d’initiation de ce nouvel age de la vie ne semblait être célébré pour une tranche d’âge d’hommes désormais retirés de toute activité.

Cependant toutes les classes sociales n’ayant le même statut les sénateurs, les magistrats, les généraux d’armée, les gens de lettres, les philosophes, les rhéteurs célèbres ne connaissaient de retraite obligée et pouvaient exercer leur profession au delà de limites d’âge convenues pour le reste de la population.
Dans une société appelant au port des armes et à la carrière militaire comme un devoir civil absolu, un homme de sexe masculin avait l’obligation de s’y soumettre dès l’adolescence dans un espace soldatesque destiné à cette fonction.

La mort numérique des enfants à la naissance ou lors des premières années de leur vie semble inimaginable pour nous aujourd’hui, il fallait donc avoir le plus possible de naissances pour essayer d’en sauver quelques unes, les garçons de préférence, la perte des filles ne comptant point pour le métier des armes.
Cicéron pleura la mort de sa fille à trente ans, il en avait 61, Tullia inspira son éloge et la chaleur d’un père, pour l’époque sénescent...

Les filles appelées à procréer dès la fin de la puberté connaissaient la procréation quasi contrainte pour chacune, dans un monde bien souvent polygame, la monogamie restant le privilège des souverains régnant sur l’empire.
Pour une femme ou pour les esclaves des deux sexes point de retraite, exception pour les militaires qui disposaient de garanties sociales après leur engagement, un solde, un domicile, des prébendes, une sécurité somme toute, leur donnant quelques avantages sur le commun des sociaux obligés de travailler pour survivre, paysans, artisans de tous les métiers, gens du peuple de tous les âges.

Les matrones, ayant bien souvent à l’heure de la mort de leur mari des difficultés matérielles et morales à continuer à vivre sans leur conjoint.
Dès les 17-18 ans les jeunes gens se mariaient ou étaient mariés par leurs parents respectifs, et les enfants naissaient dans l’ordre naturel de toute filiation.
La formation et la profession militaire étant impérieuse pour les garçons, on imaginait la condition maritale de ces jeunes mères bien souvent en absence de mari, envoyés à la guerre, revenant ou déclarés morts sur le champ d’honneur, restant sous l’autorité du pater familias, toujours présent en ces circonstances douloureuses, pour assurer la protection de leurs progénitures.

Les historiens de l’empire évoquent le statut des hommes adultes, qui loin de toute guerre vaquaient dans leur temps libre entre les jeux du cirque, les gymnases, les salles de bains communautaires, les palestres et les multiples troquets de la ville qualifiés pour le divertissement et les jeux les plus insolites...
Le Satiricon de Pétrone en donnerait une version assez bien partagée par le reste de la population.
Il n’y avait donc pas de limite d’âge pour travailler, dès lors pour la retraite, et les anciens de cinquante ans, considérés comme des sénescents âgés continuaient leur travail manuel en ces pléiades de métiers artisanaux jusqu’à la limite de leurs moyens physiques

Les historiens soulignent le peu d’informations compulsées par les chroniques de l’empire sur la condition de la plèbe aux garanties absentes de leur état, gens de main, jusqu’au bout, sans droits sauf pour les affranchis !
Cependant les littérateurs du temps ne privent leurs auditeurs de commentaires sur les facéties, les distractions, et les occupations des philosophes, écrivains, rhéteurs, artistes, gens de culture, armés par leur intelligence apprise face aux impérities de la vie.

On prétend que chez les Grecs, Platon achevant les Lois à 80 ans, Isocrate, rhéteur redouté pour ses pamphlets à 98 ans, Panathénaique en est la preuve , Athanase rédigeant  le symbole de Nicée à 78 ans, Augustin d’Hippone à 76 ans, Tertullien à 80 ans, le tout vraisemblable sans doute mais peu vérifiable tant leur réputation primait sur la vérité historique de leurs biographes.

La vieillesse semblait être un privilège rare et chez les grecs et les romains, car à la naissance, un enfant sur dix pouvait atteindre 60 ans, 6 à 8 % de la population dépassait cet âge, le statut des vieillards devenait celui des sages conseillers, sénateurs, ou penseurs consacrés à l’éducation des jeunes gens aux valeurs patriotiques, et militaires, relégués aux missions périphériques.

A 50 ans, on était donc au faîte d’une carrière accomplie, grands parents chanceux pour ceux qui parvenaient à cet âge de la vie, au terme envisagé d’un travail commencé dès ses 16 ans pour la plupart, et assuré d’une retraite qui ne ressemblait nullement à celle de retraités d’aujourd’hui !

2 – Une évolution récente

Le phénomène du vieillissement démographique est une définition du XX - ème siècle qui selon les historiens a nettement évolué le long du siècle passé.
En 1905 la Loi instituant “l’obligation d’assistance aux vieillards indigents” est votée en France.
Le Rapport Laroque parle de troisième âge et instaure une nouvelle rhétorique, celle du grand âge.
La nette observation sociologique du phénomène appelle désormais à un traitement collectif qui en ce temps rassemble les acteurs sociaux autour de “la charité, de la bienveillance, de l’assistance et de l’assurance” à l’endroit des vieux, se conjuguant entre eux et se démarquant désormais d’une insouciance générale.

On refuse encore l’idée d’une retraite acquise en 1910 en considérant le principe “d’un salariat permanent” comme une évidence sociale.
Les groupes d’âges commencent à fédérer les revendications au bénéfice des anciens en vue d’un aménagement de cet âge de la vie récent et questionnant le rapport des actifs et des retraités.
Les effets de la cause défendue s’exercent sur le partage du patrimoine familial, les rapports entre générations, le partage du travail, la formation, les questions de santé des plus âgés, laissant entrevoir une nette sensibilité à des questions de cultures innovantes en faveur d’une contribution sociale, facteur d’un changement d’horizon pour la vieillesse.

La gérontologie entrouvre le débat médical, peu de thèses sont encore soutenues par les professionnels de santé sur ce thème, préférant une médecine infantile et les questions de maternité qui préoccupent davantage les praticiens en charge de ces questions.

Il faudra attendre 1945 pour partager l’enjeu de cet âge de la vie dans le débat social, mais somme toute une porte s’ouvre, avec la création d’hospices des vieux, appelés “asiles de vieillards” avec ce sentiment détestable encore de considérer le grand âge comme un horizon délétère et rétrograde.

En 1936 on évalue en France le chiffre de 450 000 vieillards secourus par l’Assistance Publique : en 1900, 10 % à peine des ouvriers sont affiliés à des Caisses de solidarité tandis qu’une première loi est votée en leur faveur au Parlement, instituant désormais un devoir de solidarité jusqu’à 65 ans.
“On appela cette loi, une loi de la retraite pour les morts”, critiquée par les ouvriers à l’heure où l’âge du décès moyen de la population se situe entre 55 et 65 ans, trois fois plus élevé qu’aujourd’hui !
La Loi de 1930 au bénéfice des Assurances Sociales voit le jour, ouvrant un modèle français de retraites d’un salaire continu du travail, alimenté par les cotisations des actifs.
En 1936 le Front Populaire rapporte, “du pain pour les vieux, et du travail pour les jeunes”, on note désormais en France une nette évolution du statut du retraité, un acteur social reconnu et soutenu par la collectivité.

Paradoxe du passé, le temps de l’Occupation en 1941 vota l’allocation aux vieux travailleurs salariés, une étape majeure avant 1944, on envisage désormais la perspective d’une Caisse de Sécurité Sociale fondant un nouveau régime social, celui des retraités.
Déjà en 1948, 63 % des 65 ans disposent d’un revenu vieillesse, appelé retraite, une révolution sociétale obtenue au terme des six décennies depuis le début du XXème siècle !

 La France paraît en Europe l’inspiratrice de cette évolution qui mit du temps pour ce faire, mais depuis lors les esprits ont accordé leur disposition mentale en faveur des “vieux”, bénéficiant d’un droit à la retraite comme un droit social partagé !
Par répartition effective, mais encore embryonnaire dans les esprits !

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