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Musique
Louis Armstrong : la partition chut et le scat fut !
Louis Armstrong : la partition chut et le scat fut !

| Yves Bouillier 1035 mots

Louis Armstrong : la partition chut et le scat fut !

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Louis Armstrong and his hot five ©
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Comment ne pas rendre hommage à Louis Armstrong en 2021 ? Nous fêtons en effet cette année le 120ème anniversaire de sa naissance et le 50ème de sa mort.

Trompettiste de génie, chanteur à la voix si particulière, compositeur et chef d'orchestre, Armstrong est considéré comme une légende du jazz.

Né à la Nouvelle Orléans en 1901, le jeune Louis-Daniel Armstrong est élevé par sa mère et sa grand-mère dans la pauvreté et dans un quartier violent et touché par la prostitution. Il est envoyé plusieurs fois, pour des faits de délinquance dans un foyer pour enfants noirs puis à 13 ans dans une maison de correction. Un professeur de musique va changer sa vie !  C 'est en effet là qu'il découvre la musique et la trompette ; il commence à jouer du cornet à piston dans ce centre. Il assiste à des parades de Brass-Band et écoute beaucoup le cornettiste Joe "King" Oliver, le créateur du Creole jazz Band. Il commence à jouer dans des fanfares, des bars, mais ne sachant pas lire la musique, Louis improvise et montre un talent pur d'improvisateur. 

Il est ensuite engagé dans l'orchestre du pianiste Fate Marable sur un bateau qui navigue sur le Mississipi et quand Joe Oliver quitte la ville, Armstrong prend sa place dans l'orchestre de Kid Ory considéré comme le meilleur orchestre de hot jazz de la Nouvelle -Orléans.

En 1922, Armstrong part pour Chicago, invité par Joe « King » Oliver à se joindre à son Creole Jazz Band, puis se rend à New York pour jouer avec l’orchestre de Fletcher Henderson, l’un des groupes afro-américains les plus en vue à l’époque. Il fait parallèlement beaucoup d’enregistrements notamment en duo avec Sidney Bechet, organisés par un de ses vieux amis de La Nouvelle-Orléans, le pianiste Clarence Williams. Sa carrière décollera dans les années 30. Et durant quarante ans, il donnera 300 concerts par an jusqu'à la fin de sa vie et enregistrera une quarantaine d'albums.

Si Louis Armstrong est considéré, encore aujourd'hui, comme l'une des légendes du jazz à travers le monde, c'est notamment grâce à plusieurs titres qu'il a interprétés. Et parmi eux, comment ne pas citer "La vie en rose", chanson mythique d'Édith Piaf, sortie en mai 1945 et reprise des dizaines de fois par des différents artistes . La version interprétée par Louis Armstrong, qui compte parmi les plus célèbres, est sortie en 1950 et demeure l'un des titres les plus écoutés de l'artiste américain. À cette balade amoureuse, le trompettiste y apporte la touche jazz dont il a le secret et pose sa voix rauque et un accent irrésistible sur "la vie en rose".

https://www.youtube.com/watch?v=EfNWAboguJQ

« Dippermouth », « Gate mouth », « Satchelmouth », « Satchmo », autrement dit « bouche en forme de besace »… Les surnoms que la large bouche du trompettiste inspire à ses amis dès l’enfance ne manquent pas. Dipper Mouth Blues est même le titre d’une chanson interprétée par Armstrong à l’époque où il fait encore partie de l’orchestre de Joe Oliver.

Mais ses lèvres, pourtant si souriantes, lui causent bien des soucis. A force d’aller chercher des notes suraiguës à la trompette, elles s’abîment et le font souffrir. Un soir de 1932, alors qu’il interprète « Them There Eyes » à Baltimore, elles éclatent. Les musiciens qui l'accompagnaient, auraient pleuré face à la douleur d’Armstrong, qui aurait pourtant lutté jusqu’à la fin du morceau et conclu par un contre-fa donné à bout de souffle.

C’est bien connu, Louis Armstrong a révolutionné le jazz et surtout la manière de jouer de la trompette. Il explore le registre aigu avec dextérité, s’amuse avec des rythmes syncopés, maîtrise l’improvisation à la perfection. 

Et l’improvisation n’est pas seulement instrumentale, elle est aussi vocale. En témoigne son recours fréquent au scat, genre musical où les paroles cèdent la place aux onomatopées. Armstrong n’est pas celui qui invente cette nouvelle manière de chanter, elle circulait déjà dans les rues de La Nouvelle-Orléans quand il était enfant. Mais c’est lui qui la popularise et la fait entrer dans l’histoire du jazz.
Louis Armstrong réalise un 78 tours le 23 juin 1926 avec son quintette Hot Five qui fera date ; l'album s'intitule Heebie jeebies . 

En effet, ses partitions tombent accidentellement et s'éparpillent pendant une séance d'enregistrement. Armstrong ne connaît pas les paroles par cœur, et il continue, et laisse court à son génie d'improvisateur en chantant tout naturellement avec de simples syllabes et onomatopées rythmiques et humoristiques à base de "Dip Dop Doo..."   

A cet instant précis, Armstrong entre dans l'histoire et développe une nouvelle mode musicale qui va faire fureur et devenir intégrante de la culture américaine.

Avec le scat, on n’est pas dans la reproduction de ce qu’on entend, on cherche ce qui manque à un son, ce qu’on pourrait lui apporter”, explique Médéric Collignon, jazzman. Et pour trouver le juste apport, il faut déjà être doté d’un excellent sens du rythme et de l’harmonie, et posséder, évidemment, une excellente technique vocale.

 Avec son lâcher prise, son timbre de voix et son articulation, son don exceptionnel pour l'improvisation, l'originalité de ses interprétations souvent humoristiques voire clownesques, Armstrong influencera tous les musiciens de jazz qui le succéderont.

Dans un chapitre entier consacré à Louis Armstrong, l'auteur américain et historien du jazz, Eric Nisenson souligne la dimension avant-gardiste du géant de la New Orleans : 
"Armstrong était un authentique révolutionnaire ; un génie qu’un orgueil démesuré poussait à changer la manière même dont nous concevons la création musicale. Ses innovations ont fait énormément pour changer le jazz à tout jamais ; il a apporté à la musique un nouveau type de conscience que l’on ne peut que qualifier de moderne. Louis Armstrong comme James Joyce, Freud, Eliot et Einstein est un de ces architectes de la culture et de la conscience moderne. La façon dont il s’est affranchi du style de jazz classique de l’orchestre Nouvelle Orléans, est aussi audacieuse que les innovations de n’importe quel rebelle de ce siècle comme Picasso ou Stravinsky."
Je vous propose d'écouter dans " les conditions du direct" cet enregistrement de 1926. Le scat apparaît ici  à 1'52'' du morceau.

https://www.youtube.com/watch?v=ksmGt2U-xTE

Dans un an, le 25 février 2022, c 'est à un autre immense trompettiste, décédé à Bayonne, qu'il faudra rendre hommage : cela fera dix ans que Maurice André nous aura quittés.

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