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Patrimoine
Le mur à gauche Beti Jai de Madrid, par Michel d’Arcangues
Le mur à gauche Beti Jai de Madrid, par Michel d’Arcangues

| Michel d’Arcangues 641 mots

Le mur à gauche Beti Jai de Madrid, par Michel d’Arcangues

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Le Mur à gauche Beti Jai de Madrid il y a un siècle ©
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La pelote basque a connu une révolution à la fin du XIXème siècle grâce à l’invention de la balle en caoutchouc et du chistera – gant en osier – qui nécessitaient des surfaces de jeu plus vastes et plus longues.
On construisit alors des murs à gauche pour jouer avec le chistera, et des trinquets pour pratiquer en intérieur à l’abri des éléments comme on le faisait dans les anciens jeux de paume.

Témoignage de l’engouement pour la pelote basque en Espagne, une trentaine de frontons furent construits à Madrid à la fin du XIXème siècle ; cinq, parmi les plus remarquables, furent édifiés entre 1891 et 1895 : le fronton Jai Alai (1891), le fronton Fiesta Alegre (1892), le fonton Euskal Jai (1893), le fronton Central (1898) et le fronton Beti Jai.

Le promoteur, homme d’affaires et impresario basque José Arana (1839-1908), organisateur de spectacles, de courses de taureaux et de festivités populaires, et père de la Semana Grande de San Sebastian, est à l’origine de sa construction, à l’époque où les souverains d’Espagne aimaient prendre leurs quartiers d’été au Pays Basque.

Le magnifique Fronton Beti Jai – surnommé la « Chapelle Sixtine des frontons madrilènes » - a été édifié en 1893 au 7, rue Marques de Riscal, dans le quartier de Chamberi, non loin du Paseo de la Castellana, par l’architecte Joaquin RUCOBA (1844-1919), né à Laredo, auteur notamment de l’Ayuntamiento et du Teatro Arriaga de Bilbao,

Il fut inauguré en 1894 et resta actif jusqu’en 1919.

C’est la seule construction sportive du XIXème siècle qui demeure à Madrid et le seul fronton ou plus exactement mur à gauche qui subsiste dans la capitale espagnole, les autres ayant hélas ayant été détruits pour faire place à des programmes immobiliers.

Cet édifice unique, extraordinaire, avec une façade de style néomudejar (orientaliste), réparti sur une surface de 10000 mètres carrés, pouvait contenir plus de 4000 spectateurs.

La partie inaugurale qui eut lieu le 29 mai 1894 vit se confronter quatre pilotaris : Portal et Pasieguito contre Beloqui et Tandilero.

Il bénéficiait d’un marqueur électrique ultra moderne pour compter les points, visible de très loin ; la kantxa (aire de jeu) ouverte est longue de 67 mètres et large de 20 mètres, le mur latéral fait 11 mètres de haut, il disposait de plusieurs salons d’apparat, de loges pour les pelotaris, d’une cafeteria, d’une cuisine et d’une infirmerie. 

L’aire de jeu était bordée de quatre étages de gradins spectaculaires de forme semi elliptique soutenus par des poteaux métalliques, les étages étaient reliés par des escaliers en bois, les murs étaient décorés de fresques.
On y organisait régulièrement des parties de pelote avec des joueurs professionnels, avec force paris comme il était de coutume.

Dans les années 1920, le général Miguel Primo de Rivera (1870-1930) interdit les paris et les parties de pelote basque, la bâtiment commença alors son lent et inexorable déclin.
Le Beti Jai fut converti en usine de fabrication d’automobiles Studabaker et ensuite en garage.
Pendant la dictature franquiste il fut utilisé comme poste de police, prison, et lieu de répétitions pour les fanfares de la phalange espagnole. 

En 1993 le fronton, très détérioré, fut racheté par une compagnie basque pour un montant de 2,3 millions afin de le rendre à sa vocation première.
En 2010 la ville de Madrid s’en portait acquéreuse pour 7 millions d’Euros.

Déclaré comme bien d’intérêt culturel national en 2011, la ville entamait sa restauration qui fut achevée neuf ans plus tard.
Ce chef d’œuvre, joyau architectural unique au monde en plein cœur de Madrid, devrait retrouver le claquement régulier de la pelote basque et servir de lieu de réception pour des évènements culturels et commerciaux.

Ndlr.:pratiquant le jeu de paume, Michel d’Arcangues est l’auteur de « Trinquets & Jeux de paume du Pays Basque », bel album de 192 pages et de 350 photographies couleurs, 25 €, éditions Kilika.

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Le Mur à gauche Beti Jai de Madrid restauré ©
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L'état délabré du Mur à gauche Beti Jai de Madrid il y a une quinzaine d'années ©
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