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Tradition
Le jansénisme à Paris et en Pays Basque
Le jansénisme à Paris et en Pays Basque

| François-Xavier Esponde 1230 mots

Le jansénisme à Paris et en Pays Basque

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Mgr Cornelius Jansenius (cathédrale de Gand) ©
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Blaise Pascal, le Jansénisme à Port Royal ©
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Ce samedi 21 août à 11h, le philosophe Frédéric Schiffter donnera une conférence sur le Jansénisme à l’auditorium de la Médiathèque de Biarritz. L’occasion pour François-Xavier Esponde de revenir sur ce mouvement religieux qui eut de solides attaches à Bayonne, voyez également notre article en rubrique « Histoire » :
https://baskulture.com/article/le-souvenir-de-duvergier-de-hauranne-bayonne-4182
ALC

1 - Le jansénisme parisien

Madame Josette Pontet avait organisé il y a quelques années, dans le cadre de la SSLA de Bayonne, un colloque sur le jansénisme et les jésuites. Un livre lui fut consacré, disponible à la Bibliothèque municipale de la ville. D’éminents universitaires de la pensée janséniste et jésuite se succédèrent au cours de ce colloque qui marqua la mémoire de la ville, car le jansénisme avait imprégné en cette région une marque encore indélébile de l’histoire religieuse.

Mais qu’est ce donc que le Jansénisme ? Son origine et son empreinte religieuse en France ?
Dans un livre sur ce sujet, l’historienne Monique Cottret dans son ouvrage sur L’histoire du Jansénisme paru en 2016 chez Perrin, donne des informations de premier intérêt.

Ce furent les écrits de saint Augustin d’Hippone sur la grâce sauvant le croyant qui ouvrait le champ de la réflexion sur ce sujet.
Ces thèses seront reprises au XVIIème siècle par Blaise Pascal dans les « Provinciales », et incarneront en France un courant religieux appelé « Jansénisme ».

Les réflexions d’un professeur de Louvain dénommé Baius rapporteront une fois encore le thème théologique de la grâce qui sauve l’âme du fidèle de la chute ultime de sa perdition.
Mais le pape en 1567 condamna une première fois les thèses parues dans Augustinus professées par Jansénius dès 1640. L’auteur était évêque d’Ypres.

Rome condamnera plusieurs fois encore en 1643, en 1653 et en 1656 les cinq propositions contenues dans l’ouvrage de Jansénius selon l’affirmation « que la grâce de Dieu seule est nécessaire au salut de l’âme humaine accordée ou refusée par avance, sans que les œuvres du croyant , entaché du péché originel, puissent changer le sort de son âme au terme de sa vie »...
Le débat engagé avec les jésuites opposés à cette affirmation théologique prendra une dimension polémique d’importance. Ces derniers affirmeront que « la grâce divine est suffisante et apporte à l’homme le nécessaire pour faire le bien, selon le libre arbitre personnel accordé à chacun ».

La controverse se développa entre partisans de la Réforme et de la Contre-Réforme autour du Concile de Trente en France.
L’Abbé de Saint Cyran, ami de Jansénius et proche de l’Abbaye de Port Royal dans la région parisienne devint le porte-voix de ce courant religieux porté par la famille Arnauld qui donneront à l’Abbaye deux mères abbesses, « dans cette élite du peuple chrétien français adoptant ce mode aristocratique d’une spiritualité imprégnée de Jansénisme ».
Les dits jansénistes se diront catholiques. A contrario les jésuites les appelleront jansénistes.

Pascal, philosophe jouissant déjà d’une grande notoriété à l’époque, entrera dans le débat théologique qui traversera ce siècle. Il avait une sœur dans la communauté de Port Royal.
Après sa conversion au catholicisme en ce lieu le 23 novembre 1654, il décida d’une retraite intense dans un ermitage des Solitaires, en ce lieu désigné comme celui des Messieurs de Port Royal ayant décidé pour un temps de se retirer du monde, et de méditer sur la condition humaine.
En 1656 Antoine Arnauld, brillant théologien de la même famille, fut exclu de son enseignement en Sorbonne. Ses deux sœurs, Angélique et Agnès, se succéderont comme abbesses de Port Royal et l’histoire accélérera une fois encore le cours des événements avec l’engagement de Pascal dans une polémique devenue célèbre.
La « Lettre du philosophe à un Provincial » défendra la spiritualité janséniste rigoriste de la morale contre les jésuites qualifiés par leurs opposants de laxistes. Huit « Lettres Provinciales » suivront, écrites en 1656 et en 1657 et considérées comme des chefs-d’œuvre de la pensée du philosophe et de la littérature au XVIIème siècle.

La réaction de Rome ne se fit point attendre. Les condamnations suivront la Bulle « Cum Occasione » d’Innocent X en 1653, « Unigenitus » de Clément XI en 1713, qui rappelleront « l’opposition papale à ces thèses dites catholiques par les uns, jansénistes par d’autres ».

Les disciples de Port Royal ne se disant ni schismatiques, ni hérétiques, sinon fidèles au Concile de Trente, selon une thèse sur « la grâce qui sauve » proche de Calvin et de la théologie gallicane, mais ils seront combattue par les jésuites.

La polémique prendra un volet nouveau par un versant politique avec la guerre dite de « Trente ans » menée par Richelieu contre les protestants et dénoncée par les jansénistes.
En 1638, Saint Cyran sera emprisonné à Vincennes, et Mazarin suivra sur la même voie en qualifiant les jansénistes de frondeurs et en convoquant les évêques en 1654-55 pour signer une « Lettre » commune condamnant le courant de l’abbaye de Port Royal et les thèses jansénistes.
Louis XIV, jugeant que les thèses jansénistes, par leur « républicanisme », constituaient une menace pour l’absolutisme royal, décidera dès mars 1661 de disperser les novices de Port Royal, et en 1712, de détruire le couvent et le cimetière attenant..

En 1746, l’archevêque de Paris, Beaumont, exigera pour l’accès des fidèles aux sacrements, l’obtention d’un billet de confession d’un clerc favorable à la Bulle « Unigenitus ».
Un scandale malvenu auprès de la population parisienne dont les élites étaient proches des idées de Port Royal, et qui fit dire à un chroniqueur du temps que Paris se réveilla rebelle et janséniste, lors de cette prise de décision.
Mêlé à la polémique, le Parlement imposera au clergé la délivrance de ce billet sous peine de prison, contre l’avis de l’archevêque qui lui, ordonnera un avis de n’en rien faire...
Il en résulta une cacophonie des esprits qui démontrait combien les avis partagés entre partisans des idées de Jansénius et opposants menaient la vie dure, les uns et aux autres.

Lors de la Révolution française, on évaluait à 10 % le clergé favorable aux jansénistes, les réfractaires à la Constitution Civile du clergé ayant déserté la ville, les partisans du clergé constitutionnel, jansénistes pour la plupart et restés en France, en subiront les persécutions et les brimades de l’histoire.

2 - Le jansénisme à Bayonne

Comme rapporté lors du colloque bayonnais sur l’histoire des jésuites à Bayonne, la population locale favorable aux idées de l’abbé de Saint Cyran mena la vie dure aux jésuites interdits d’y implanter un collège en lieu et place d’un ancien collège janséniste détruit au quartier saint André de la ville.
L’influence janséniste se fit sentir intensément dans le diocèse de Bayonne. Par deux fois, les clercs enseignants dans les séminaires diocésains furent déplacés, et les décisions romaines appliquées.
L’abbé Sainte Marie, natif d’Isturitz et membre de notre famille, fit partie du nombre des professeurs de théologie priés d’interrompre ses enseignements en séminaire.
Bayonne, comme nombre de diocèses français, avait fait preuve de risque et de liberté religieuse sur ce sujet de la grâce salvatrice qui définissait la morale individuelle de toute vie chrétienne et d’une théologie contestée par les autorités de l’Eglise.

Mais la décision romaine et l’engagement des jésuites sur un sujet majeur de la foi et de la doctrine décida in fine.

Ce furent ces aggiornamentos de l’histoire religieuse qui ont laissé une empreinte profonde dans nos régions particulièrement marquées par le jansénisme, ses lois rigides sur la morale, sa doctrine rigoureuse, et les interdits d’une spiritualité qui conditionnent la vie personnelle des croyants !

Notre photo : Duvergier de Hauranne

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