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Architecture
Le cimetière juif de Bayonne au fil d’une  conférence au Musée Basque
Le cimetière juif de Bayonne au fil d’une  conférence au Musée Basque
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| François-Xavier Esponde

Le cimetière juif de Bayonne au fil d’une conférence au Musée Basque

La conférence donnée jeudi dernier au Musée Basque par Anne Oukhemanou, en présence de Deborah Loupien Suares, présidente du consistoire israélite de Bayonne et d’une assistance imposante s’avéra d’un grand intérêt, avec l’histoire du cimetière juif comme élément essentiel de l’exposé.

Situé sur le plateau de Saint-Etienne à Bayonne, au coeur de l’histoire juive de la ville, son profil raconte l’implantation séculaire d’une communauté venue d’Espagne et du Portugal à partir de 1492 et connue en ses débuts sous le vocable de la Nation Portugaise, pour devenir au fil du temps la Communauté israélite de la ville.

Les 330 années d’existence de ce cimetière marquent les évolutions sociétales propres à ces espaces sacrés et l’histoire d’une communauté de plus en plus nombreuse et influente dans la cité.

Trois rabbins participaient à cet anniversaire considéré comme la cérémonie mémorielle d’une communauté soumise aux aléas d’un passé heureux ou éprouvé par le cours des évènements du pays.

Les trois parties de la conférence distinguaient la désignation de la nation portugaise tout d’abord devenue celle des israélites, le descriptif des pierres tombales en espagnol puis en français au cours des trois derniers siècles, et la présence des plaques commémoratives du côté du mur de l’enceinte.

Deux hectares entourés de bâtiments et clôturés, l’érection du portail en 1830 rehaussé en 1892. Une propriété privée partagée entre le consistoire et les Monuments historiques suite à un cimetière plus ancien portant le vocable de Campo San Simon, exproprié en 1661 en raison de fortifications militaires.

Le cimetière neuf sera acquis par les marchands portugais, comprenez les négociants juifs exerçant leur métier en mer dans un travail commercial dynamique et attachés au quartier Saint-Esprit. Epoque où le quartier et son lieu de mémoire furent nommés « la petite Jérusalem bayonnaise » aux mains des syndics qui géraient et administraient le cimetière.

Les notabilités de la communauté étaient inhumées en ce lieu et depuis la Révolution française, dès 1792, les juifs devenus des citoyens français à part entière disposèrent de leurs lieux de sépulture (cependant, à part) comme tous les citoyens du pays sans exception pour eux.

Les conditions de l’achat du site exigeaient qu’il fût fermé par des murs élevés, suite à des vandalismes et des vols dans les sépultures ; il faudra attendre quelques années pour cela.

 Si à la fin du XVIIème siècle, on évoquait le cimetière de la Nation portugaise, l’acquisition du bien par le Consistoire juif à la fin du XIXème siècle date de 1892, le cimetière devenant israélite comme pour les catholiques qui disposent à proximité du cimetière autour de l’église Saint-Etienne.

Il faudra obtenir des militaires, propriétaires des terrains, un accord de droit de propriété d’un espace de servitude militaire devenu celui de la mémoire des disparus de la communauté israélite.

La vie dans ce lieu dit est singulière. Une usine de porcelaine verra le jour, des bâtiments seront construits, et l’on autorisera une buvette de quartier mais qui dura peu de temps, car la proximité d’un tel établissement ne sied que peu au repos des immortels… La famille Delvaille fit construire quelques maisons basses, sous condition de ne pas autoriser l’ouverture de fenêtres donnant sur l’enceinte des gisants. Une règle qui ne fut respectée par de nouveaux propriétaires qui au premier étage du lieu se permirent d’ajouter ces ouvertures illicites mais toujours présentes aujourd’hui.

Les aménagements de la route nationale 10 et le projet d’une école modifieront encore la physionomie de l’espace qui demeura cependant administré par le Consistoire de la ville ; les aménagements de la conciergerie, et des gardiennes du cimetière, seront possibles au fil du temps.

A l’origine, les plus aisés payaient leur sépulture en ce lieu, pour les pauvres et les indigents, la solidarité de la communauté permettait d’assurer une sépulture décente. Les règlements propres au consistoire changeront cependant, et chacun aura à pourvoir selon ses moyens à sa sépulture juive dans le cimetière de la communauté. Le lieu gardant un caractère sacré, les inhumations des uns, les exhumations des autres, l’inhumation exceptionnelle de non juifs dans cet endroit donneront lieu à des débats au sein du consistoire qui statuera selon les situations et les cas concernés. En 1880 les mariages mixtes, comprenez de juifs et de non juifs seront un sujet délicat lors des funérailles, pour les rabbins et les familles.

En conclusion, la conférencière mentionna l’évolution des styles des pierres tombales, basses à l’origine, qui prennent de la dimension au fil du temps, prouvant de la sorte la condition sociale de leurs propriétaires, dans un décor vivant où la langue portugaise et hébraïque ancienne laissera place au français et à des caractères hébreux de moins en moins visibles sur les pierres de ce cimetière.

Le cimetière, un espace de vie, à l’image de toute mort traversée par la mémoire des sujets enterrés en ce lieu ayant traversé le cours du temps, dévoile une histoire passée intéressante des évolutions des vivants pour leurs parentés disparues. Une comparaison avec l’autre cimetière autour de Saint-Etienne donnerait de toute évidence des indications similaires sur le passage de la terre au caveau, des inscriptions tombales sur le monuments érigé pour la mémoire, ainsi que des rapports plus contemporains des vivants avec leurs morts depuis la pratique de la crémation - interdite pour les juifs -, qui change bien des coutumes anciennes de la gestion publique du cimetière aujourd’hui.

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