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Cinéma
La Loi de Téhéran (134’) - Film iranien de Saeed Roustaee
La Loi de Téhéran (134’) - Film iranien de Saeed Roustaee

| Jean-Louis Requena 805 mots

La Loi de Téhéran (134’) - Film iranien de Saeed Roustaee

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"La Loi de Téhéran" de Saeed Roustaee ©
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"La Loi de Téhéran" de Saeed Roustaee ©
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Téhéran mégalopole de 15 millions d’habitants, capitale de la République Islamique d’Iran. Des voitures banalisées foncent dans un quartier déshérité de Téhéran. Des policiers en civil bondissent vers une masure délabrée. Leur chef, l’inspecteur Samad Majidi (Peyman Maadi) et ses adjoints défoncent les portes successives de la maisonnée : ils sont à la recherche d’un dealer. Ce dernier s’échappe par les toits. Une folle poursuite s’engage … le dealer disparait tout en se séparant de la drogue qu’il portait sur lui.

Samad et son équipe dépités retournent au commissariat bondé de policiers en uniforme, de délinquants menottés, d’une foule bigarrée. Samad, la quarantaine, enquêteur acharné, a divorcé puis s’est remarié avec sa femme dans le désir de mieux élever leur fille. Il espère un poste de commissaire s’il parvient, avec son groupe, de mettre la main sur un « gros bonnet » de la drogue qu’il a identifié sans connaitre son visage : Naser Khakzad (Navid Mohammadzadeh). Pour réussir, il est prêt à tout, quitte à manipuler son adjoint et ami Hamid (Houman Kiai).

Samad est de plus en plus hanté par le personnage énigmatique du « caïd » de la diffusion de crack à Téhéran : Naser Khakzad. Avec son escouade, il multiplie les descentes dans les quartiers pauvres, ravagés par le crack, une drogue particulièrement nocive. Ses coups de filets, inopérants, remplissent d’épaves humaines les prisons insalubres du commissariat … Il espère que sous la pression, la promiscuité, un détenu craquera et qu’il obtienne, enfin, un renseignement sur Naser l’introuvable …

Samad de plus en plus irritable, agressif, se démène pour arrêter Naser lequel, invisible, semble le narguer …

La Loi de Téhéran (titre international : Just 6,5) est un thriller suffocant qui ne laisse au spectateur aucun répit. Pour son deuxième long métrage le jeune réalisateur Saeed Roustayi (31 ans) s’est longuement documenté sur l’explosion de la consommation de drogue sous toute ses formes dans son pays (opium, héroïne, le crystal meth, crack) malgré un système de répression particulièrement dissuasif : 1 an de prison pour 1 gramme, 3 ans de prison pour 2 grammes, 5 ans pour 3 grammes. Au-delà, le verdict peut être la pendaison tant pour les consommateurs que pour les pourvoyeurs à moins de bénéficier de protection. Au pays des mollahs la justice basée sur la « moralité islamique » est expéditive. Dans un récit haletant, au rythme soutenu, le jeune cinéaste nous narre l’enfer des toxicomanes à la vie précaire, sans avenir, et celle des policiers qui les pourchassent, eux aussi soumis aux lois arbitraires de la République Islamique d’Iran. Un juge (Farhad Aslani) siégeant seul, sans partie adverse (pas d’avocat pour la défense) peut décider unilatéralement du sort des prévenus. Lors des confrontations, la brigade d’inspecteurs, menée par Samad est tout aussi suspectée que les délinquants … La corruption règne !

Pour réaliser son deuxième opus, hors du système gouvernemental, Saeed Roustaee a dû lutter tout au long du processus de fabrication de son film, d’amont en aval : scénario, tournage, montage, distribution et exploitation ou il a obtenu malgré toutes les embûches un énorme succès : 2,5 millions d’entrées en Iran qui dispose de peu de salles obscures contrôlées, elles aussi, par le Ministère de la Culture et de l’Orientation Islamique (MCOI), instrument idéologique des mollahs.

Dans cet attachant pays, multiséculaire, nanti depuis la Révolution Iranienne (1979) d’un régime théocratique ou la religion islamique chiite, adossée à son puissant clergé, domine l’ensemble de la société, il existe deux formes de productions cinématographiques : la première « officielle » qui produit des films patriotiques et/ou commerciaux. La seconde qui est l’œuvre de producteurs et réalisateurs indépendants soumis à mille tracas par une censure tatillonne avec laquelle il faut sans cesse ruser. Ce système bancal par sa perversion, sa nocivité, a poussé certains réalisateurs à un surcroît de créativité (phénomène artistique connu sous d’autres latitudes !). C’est ainsi que depuis 20 ans les films iraniens remportent des récompenses dans les grands festivals internationaux : Le Goût de la cerise d’Abbas Kiarostami (Palme d’Or au Festival de Cannes 1997), Les Tortues volent aussi (2004) et Demi-lune (2006) de Bahman Ghobadi (Coquille d’Or au Festival de San Sébastian 2004 et 2006), Une séparation d’Asghar Farhadi (Ours d’Or de la Berlinale 2011) et Taxi Téhéran de Jafar Panahi également Ours d’Or à la Berlinale 2015. D’autres réalisateurs ont choisi l’exil.

Les deux acteurs principaux Payman Maadi (Samad, l’inspecteur atrabilaire) que nous avons découvert en France dans une Séparation (2011) de son compatriote Asghar Farhadi, et Navid Mohammadzadeh (Naser, le gros bonnet intriguant) portent par leurs interprétations à la fois complexe et paroxysmique La Loi de Téhéran jusqu'à son final, déroutant pour des spectateurs occidentaux.

Tout ce bruit, toute cette fureur pour en arriver là.
Présenté en sélection officielle à la Mostra de Venise en 2019 (année de sa réalisation), La Loi de Téhéran (Just 6,5) a été acclamé par une standing ovation à la fin de sa première projection.

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