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Cinéma
La critique de Jean-Louis Requena et l’actualité du 7ème Art
La critique de Jean-Louis Requena et l’actualité du 7ème Art
© DR - Édgar Ramírez dans « Cuban Network » - d’Olivier Assayas

| Jean-Louis Requena

La critique de Jean-Louis Requena et l’actualité du 7ème Art

« Cuban Network » - Film franco-brésilien d’Olivier Assayas – 127’

Cuba, La Havane 1990. Un homme au physique de sportif, René Gonzalez (Edgar Ramirez), fait son jogging dans les rues décavées, bordées d’immeubles vétustes d’un quartier populaire de la capitale cubaine. Il vit difficilement avec sa femme Olga (Penélope Cruz) et sa fille, comme tous les cubains soumis au « régime spécial » suite à l’effondrement de l’Union Soviétique (1989) qui soutenait économiquement le régime castriste. La dictature castriste établie depuis 30 ans, peu après le « Triomphe de la Révolution » (janvier 1959) semble s’éroder : les dissidents au régime autoritaire se mobilisent ; des attentats fomentés par des organisations anti-castristes venant de Floride tentent de saboter l’afflux de touristes sur la grande île des Caraïbes.
René Gonzalez est pilote d’un petit avion monomoteur. Un jour, il débranche les cibi de la tour de contrôle et s’enfuit, seul avec son appareil. Il atterrit à Key West et rejoint Miami, capitale de la Floride où siègent de nombreuses organisations anti-castristes. Il est aussitôt pris en charge par l’une d’entre elles dont l’un des responsables lui demande d’aider son organisation à sauver des « balseros » qui fuient Cuba sur de frêles esquifs, tentant ainsi de joindre la côte de Floride. Il accepte ce travail humanitaire. Pour sa famille restée à Cuba il devient un « gusano » (un ver !) un traître à sa patrie. Sa femme, Olga, ne comprend pas sa fuite. Elle est harcelée, dénoncée, par les comités de quartier (Comités de la Révolution), y compris à son travail…
En fait, René Gonzalez est un militaire intègre qui a participé à la guerre civile en Angola (1977). Il a agi sur ordre de ses supérieurs pour intégrer à Miami le « Wasp Network » (réseau guêpe) déjà actif lequel tente d’infiltrer les organisations d’exilés cubains aux États Unis. C’est un honnête homme qui bien qu’espion, répugne à certains actes.
D’autres cubains vont venir le rejoindre n’ayant pas sa qualité humaine. Olga et sa fille se morfondent à Cuba… Les années passent… La tension diplomatique et militaire monte entre Cuba - toujours soumis à un embargo (« el bloqueo ») - et les États Unis.
Le FBI (Federal Bureau of Investigation) et la CIA (Central Intelligence Agency), rivaux dans la chasse aux espions cubains, redoublent d’efforts, lancent de grandes traques au sein de l’importante communauté d’exilés cubains unis dans leur détestation du régime castriste mais idéologiquement divisés entre humanitaires et ultras…
Des problèmes géopolitiques complexes confrontés au sociétal, à l’intime
Olivier Assayas (65 ans) pour son 18ème long métrage a résolument pris le contre-pied de son opus précèdent (« Doubles Vies » - 2019) qui traitait de l’univers éditorial parisien. Il a rédigé son scénario à partir du livre de Fernando Morais, journaliste brésilien, « Les Derniers Soldats de la guerre froide » (2011), inspiré de faits réels qui ont eu lieu entre 1990 et 2001. Sur une durée de plus de deux heures (2h7’), le réalisateur relate avec vélocité, virtuosité (découpage, montage), un chaos narratif historique (deux femmes, trois hommes !) doublé d’un second d’ordre sentimental. Le rythme est rapide, soutenu, sans pose. Nous glissons sans rupture de l’intime (la famille, les rencontres, le mariage, etc.) à la géopolitique de la vaste zone englobant Cuba, le golfe du Mexique et l’Etat de Floride avec sa capitale Miami, ses multiples complots, son nid d’espions. 
Toutefois, ce n’est pas un film de James Bond : rien de spectaculaire, pas de gadgets, que des hommes en apparence ordinaire. Des espions prolétaires.
Olivier Assayas nous a aménagé des surprises tout en nous dévidant à toute allure son récit, agrémenté de quelques têtes-a-queues jubilatoires. Il suit les personnages principaux sur une longue durée ce qui lui permet de décrire leurs comportements dans une société capitaliste inconnue d’eux. Pour cela, afin de ne pas ralentir le rythme, il utilise la syntaxe cinématographique tel que l’incise, le flash-back, les incrustations sur l’image, qui nous informent sur les lieux et les dates évitant ainsi les scènes d’exposition qui ralentiraient la narration. Le réalisateur nous livre un montage serré qui demande l’attention du spectateur.
Comme toujours chez Olivier Assayas, le casting est soigné : Edgard Ramirez (René Gonzalez) qui a déjà travaillé avec le réalisateur dans Carlos (2010), Penélope Cruz (Olga Gonzalez), au charmant accent cubain (longuement travaillé), Gaël Garcia Bernal (Gerardo Hernandez), chef décontracté des espions, etc. Les acteurs, bien dirigés, rivalisent de charisme dans un cadre tropical enchanteur, magnifiquement mis en lumière par le chef opérateur Yorick Le Saux (« Les Filles du docteur March » !).
Oliviers Assayas a réussi à nous dépeindre des problèmes géopolitiques complexes confrontés au sociétal, à l’intime, le tout sur un ton plaisant, à la manière des comédies dramatiques hollywoodiennes.
Cuban Network a été en sélection officielle à la Mostra de Venise en 2019.

L’actualité du 7ème Art, en bref :

- Zinemaldia : le prochain Festival du film de Saint-Sébastien consacrera la rétrospective de sa 68ème édition à "l'âge d'or" du cinéma sud-coréen, qui comprendra plus de vingt films produits dans les années 50 et 60. Avec le cycle, "Fleurs en enfer : l'âge d'or du cinéma coréen", Zinemaldia projettera les titres d'un cinéma qui, bien qu'apparaissant couramment dans les festivals internationaux en tant que « référence du cinéma contemporain», demeure peu connue du public occidental : "notre connaissance du cinéma sud-coréen est généralement réduite aux titres produits depuis les années 1990", précise dans un communiqué le festival de Saint-Sébastien : Bong Joon-ho, le réalisateur aux multiples oscars de "Parasites", était un inconnu quand Zinemaldia lui avait donné une chance à ses débuts en lui attribuant le prix du meilleur réalisateur pour son deuxième film…

- Cinévasion : c'est ce samedi 15 février à 19h que se déroulera au cinéma "Le Vauban" à Saint-Jean-Pied-de-Port la soirée d’ouverture du festival Cinévasion, en présence de sa marraine, Isabelle Carré (César de la meilleure actrice en 2003 et deux fois "Molière de la comédienne"). Auparavant (17h), projection de la comédie dramatique « Un Vrai Bonhomme » de Benjamin Parent. Après l'inauguration, à 20h, « L’Esprit de famille » d’Éric Bernard. D'autres films de Cinévasion y seront projetés jusqu'au vendredi 13 mars, ainsi que dans d'autres salles de la région, entre autres trois court-métrages de Jean Larregaray tournés à Mauléon, Saint Palais, etc., où le jeune réalisateur d'Aicirits dresse le portrait de divers personnages à différentes époques de l’Histoire du Pays Basque.  Programme sur https://issuu.com/animateurcine/docs/livret___imprimer

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