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Cinéma
La critique de Jean-Louis Requena © DR - L'équipe du film « Le Cas Richard Jewell »

| Jean-Louis Requena

La critique de Jean-Louis Requena

« Le Cas Richard Jewell » - Film américain de Clint Eastwood – 129’

Un homme obèse, Richard Jewell (Paul Walter Hauser) pousse devant lui un chariot chargé de fournitures, d’enveloppes. Il parcourt les allées qui séparent les bureaux du « Small Business Administration » en distribuant consciencieusement les objets. Rejeté, moqué, houspillé par ses collègues qui le surnomment « Bibendum », il sympathise avec un avocat atrabilaire : Watson Bryant (Sam Rockwell). Son espoir, son rêve est de devenir policier. Jusqu'alors, il avait échoué.
En juillet 1996, Richard fait partie de l’équipe chargée de la sécurité dans le Parc du Centenaire durant les Jeux Olympiques d’été d’Atlanta (Géorgie). Des concerts y sont programmés pour divers groupes et chanteurs. Dans la foule, un agent du FBI (Federal Bureau of Investigation) Tom Shaw (Jon Hamm) surveille vaguement les lieux durant les représentations. Il est abordé par une jeune femme, Kathy Scruggs (Olivia Wilde), une connaissance, journaliste au quotidien local « The Atlanta Journal-Constitution », en mal de scoop.
Richard, vieux garçon, vit en osmose avec sa mère, Barbara « Bobi » Jewell (Kathy Bates) qui l’adore. La mère et son fils forment dans leur petite maison un couple inclassable. Richard se rend chaque jour en soirée au parc du centenaire où il office, zélé, en qualité d’auxiliaire de police. Il repère un sac abandonné sous un banc, au pied de la tour qui abrite des techniciens du son. Il avertit ses collègues du sac suspect et crée avec eux un périmètre de sécurité. Une équipe de démineurs appelée à la rescousse, découvre des bombes artisanales dans le bagage avec un mécanisme rudimentaire de déclenchement. L’alerte est donnée. Les policiers secondés par Richard tentent de faire évacuer la place rapidement…
La bombe explose, tuant deux spectateurs et en blessant une centaine. Tous les médias s’emballent, en particulier CNN dont le siège est à Atlanta. Rapidement, Richard Jewell devient un héros national qui, par sa vigilance, a sauvé des vies humaines. Il est assailli par les journalistes de toute provenance : télévisions, radios, journaux. Il ne semble pas perturbé pour autant, et continue malgré le cirque médiatique autour de lui, à assurer son job. C’est le héros américain parfait !

Quelques jours passent… On frappe à l’huis de la maison des Jewell : c’est le FBI mené par l’agent Tom Shaw qui, aux abois, trouve le profil psychologique de Richard suspect et insiste pour l’interroger. Dépité, pressé par sa hiérarchie, il a fait part de ses soupçons à la journaliste Kathy Scruggs.
Les mass médias se déchaînent contre Richard : le héros américain devient un terroriste ennemi du peuple… Abasourdi, assommé, mais soutenu par sa mère « Bobi », il appelle le seul avocat qu’il connaisse : Watson Bryant, qui végète dans son cabinet avec sa secrétaire russe, Nadya (Nina Arianda).
Le trio Richard, « Bobi » auquel s’est joint Watson, fait face à la curée médiatique, aux investigations vétilleuses du FBI qui tient son coupable idéal. Le grand n’importe quoi se met en branle…

Un bon scénario servi par des acteurs choisis avec soin
On ne présente plus Clint Eastwood, dernier géant du cinéma américain « classique ». A l’aube de ses 90 ans (il est né le 31 mai 1930 !), il nous livre son 38ème long métrage, d’une étonnante vitalité. Sa première réalisation « Un Frisson dans la Nuit » date de… 1971 ! Clint Eastwood semble vouloir achever sa trilogie des héros ordinaires que tentent de broyer les institutions de tous poils : la justice, la police, l’armée, les mass-médias, les autorités en général. Le réalisateur n’a jamais caché ses opinions : c’est un républicain « libertarien ». Il croit au citoyen responsable qui s’assume sans rien demander aux diverses institutions et en particulier à l’Etat (ici fédéral), par nature coercitif et frein à toute résolution de bon sens. Parmi ses dernières productions sur cette thématique, signalons : « Sully » (2016) sur le commandant de bord qui amerrit en catastrophe son A 320 dans la baie de Hudson, sauvant ainsi tous ses passagers. « 15h17 pour Paris » (2018) sur les jeunes américains qui ont maîtrisé le terroriste dans le train Thalys Bruxelles/Paris. 
Adossé a un bon scénario de Billy Ray (« façonné » d’après des articles rédigés sur cette affaire), le centre de gravité en est la cellule familiale que forme Richard et sa mère « Bobi », des gens ordinaires, des « rednecks » acculturés, mais à la morale stricte de baptiste (la loi et l’ordre). Ils sont littéralement cernés par une horde sauvage, cannibale, nourrie aux faits divers. 
Clint Eastwood demeure un fameux raconteur d’histoire dans la lignée des maîtres cinéastes américains (John Ford, Howard Hawks, John Huston). Le récit aux maintes péripéties se déroule sans heurt avec la marque eastwoodienne : la fluidité. Il nous embarque dans cette tragédie américaine non sans quelques notes d’humour au détour d’une scène à caractère dramatique. Il soigne quelques scènes importantes (les huis clos familiaux) avec une attention particulière, quitte à être moins rigoureux sur d’autres : c’est un metteur en scène de peu de prises à l’instar de John Ford ou de Don Siegel, son mentor. Les deux heures de projection (2h9’) glissent sans heurts comme une évidence avec un début un milieu et une fin.
Comme chez tous les grands metteurs en scène déjà cités, Clint Eastwood choisit ses acteurs avec soin : Paul Walter Hauser (Richard Jewell), inconnu du grand public, nous offre une prestation étonnante de vérité, toute en nuances. Kathy Bates (Barbara « Bobi » Jewell), actrice de grand talent déjà reconnue (Oscar 1991, meilleure actrice pour Misery). Sam Rockwell (Watson Bryant) épatant en avocat agressif avec les autorités (policières, politiques, judiciaires), mais étonnamment compréhensif avec Richard.
« Le Cas Richard Jewell » est un film de notre temps (ô combien !) sur un coupable idéal livré au moloch médiatique réalisé par un homme étonnamment jeune.

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