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Cinéma
La critique de Jean-Louis Requena © DR - Karim Ainouz avec les producteurs Rodrigo Teixeira et Michael Weber

| Jean-Louis Requena

La critique de Jean-Louis Requena

« La vie invisibled’Euridice Gusmao » - Film brésilien de Karim Aïnouz – 139’

Brésil, Rio de Janeiro 1950. Deux sœurs, complices, s’adorent dans cette ville trépidante en ce milieu du XXème siècle. L’aînée Guida (Julia Stockler) 20 ans, fantasme sur « le grand amour ». D’ailleurs elle confie à sa jeune sœur qu’elle vient de tomber follement amoureuse d’un beau marin grec: Yorgos. Sa sœur Euridice (Carol Duarte) 18 ans, plus sage joue, sans relâche, sur son piano droit, l’étude op.10, n°9 de Chopin.Elle rêve de rentrer au conservatoire de Vienne en Autriche après avoir réussi son admission dans celui de sa ville natale. 
Les deux sœurs ont des tempéraments très différents, mais toute deux aspirent a plus de liberté.
Leurs parents, émigrés portugais, de classe moyenne, ont crée, à force de travail, un commerce lucratif. Aussi, aspirent-t-ils pour leurs filles à un avenir radieux basé, selon eux, sur l’ascension sociale. La pression familiale s’exerce sur Guida et Euridice, pour contenir tant bien que mal leurs désirs d’épanouissement. 
La société brésilienne est patriarcale, machiste. Leur avenir est tout tracé : mariage et enfants à suivre…
Une nuit, Guida, s’échappe avec son marin et embarque sur un bateau en partance pour l’Europe. Euridice, seule, résignée, finit par se marier avec Antenor (Gregorio Duvivier). Un an passe… Guida réapparaît enceinte. Elle a quitté son beau marin grec, déçue par l’Europe. Le père la chasse violemment de sa maison:il ne veut pas d’une fille mère qui fera cancaner tout le quartier et ruinera sa réputation de commerçant honnête. Guida part accoucher seule dans un hôpital… Son père lui a affirme qu’Euridice est partie au conservatoire de Vienne! Guida est esseulée dans cette mégalopole bruissante. Laborieusement elle se reconstruit et pense toujours à sa sœur bien aimée qui vit une vie de rêve très loin à Vienne en Autriche…
Elle entame une correspondance assidue. Euridice ne répond jamais à ses missives…

Karim Aïnouz (53 ans) a participé à l’adaptation du roman de Martha Batalha « Les Milles Talents d’Euridice Gusmao » (Denoël – 2017) qui est une sorte de mélo tropical. Sa mise en scène est précise: cadrage soigné qui donne la tonalité du récit et maintient un rythme soutenu. Le jeu très maîtrisé, quoique incandescent des acteurs, en particulier des deux sœurs, Guida et Euridice, « porte » son long métrage (2h 19) sans baisse de régime. La chef opératrice française, Hélène Louvart nous propose, sur écran large, une photo aux teintes éclatantes de vitalité pour les extérieurs (nature tropicale) et ombreuses pour les intérieurs sordides (Guida) ou bourgeois (Euridice).
Le film de Karim Aïnouz se déroule sur un demi-siècle, celui de la seconde moitié du XXème. Il décrit, sous forme de fresque lyrique, les conséquences d’un machisme ordinaire: les filles sont d’abord oppressées par leur père, avec la complicité passive de « la sainte famille », puis par leur conjoint. Quelques scènes de sexe explicite, sans fard, crues, sont là pour étayer cette domination masculine. Cependant, la solidarité féminine, bien que souterraine, moins extravertie, a aussi son mot à dire dans l’univers du machisme tropical.
« La Vie invisible d’Euridice Gusmao » a été projeté dans la section « Un Certain Regard » au dernier Festival de Cannes où elle a obtenu le Grand Prix. Ce long métrage a cumulé ensuite le Prix du Jury et le Prix du Syndicat Français de la critique de cinéma au Festival Biarritz Amérique Latine 2019.

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