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Portrait
Jeannine Dubois, une "personne d’altitude par l’esprit et par le cœur"
Jeannine Dubois, une "personne d’altitude par l’esprit et par le cœur"

| Alexandre de La Cerda 785 mots

Jeannine Dubois, une "personne d’altitude par l’esprit et par le cœur"

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Après-conférence » à Arcangues : de g. à d., Claude Chassagne, Henri Amouroux et Jeannine Dubois entourent l’auteur de ces lignes, debout ©
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Avec la disparition il y a neuf ans, le 26 mai 2012, à l'âge de 92 ans, de Jeannine Dubois, c’était assurément une page brillante de culture et d’indépendance d’esprit qui se tournait hélas, à Biarritz. Et c’est avec beaucoup de tristesse que ses amis l’avaient suivie, une dernière fois, pour ses obsèques religieuses célébrées dans sa paroisse Saint-Charles qu’elle avait l’habitude de gagner en traversant l’avenue de la Reine Victoria depuis son appartement de la villa Mona Lisa, en face… Une demeure dont l’apparente modestie ne laissait guère supposer la belle brochette de célébrités intellectuelles, littéraires et artistiques que cette remarquable animatrice savait attirer, en leur associant souvent une pléiade d’amis rencontrés dans les manifestations qu’elle organisait avec un talent reconnu.

Déjà cinq ans auparavant, la présidente et fondatrice de l'association « Mémoires et cultures », victime d’un accident malencontreux, avait dû renoncer à son cycle de conférences débuté à Biarritz dans les années 90.

Dans un court portrait que l’hebdomadaire « L’Express » m’avait demandé de tracer de cette personnalité si attachante pour son dossier « Les 100 qui font bouger le Pays Basque » paru en 2001, j’avais écrit ces quelques lignes qui peuvent fournir la clef – le fil rouge – d’une vie : « Retrouvant sur la côte basque les solides racines que lui avait inculquées, dans sa jeunesse, une mère aimée, Jeannine Dubois y a planté avec tout son enthousiasme, porté par celui des écoliers biarrots, un hêtre pourpre, symbole de vie en perpétuelle évolution. D'une insatiable curiosité, frottée à un parcours cosmopolite, et d'une vision prospective confluant à l'horizon des lignes épurées de la Finlande - son coup de cœur - est né le cycle de conférences de Mémoires et Cultures, qui fait venir à Biarritz les meilleurs esprits de notre époque. Au rythme d'un souffle de jeunesse et d'aventure » !

D’ailleurs, des plantations, Jeannine Dubois en avait faites à Biarritz : ajoutées au hêtre pourpre, de magnifiques roses jaunes qui portaient le nom de la ville n’avaient-elles pas essaimé à son initiative sur les rives du Lac Marion, à peine réhabilité ? C’était en 2001, à l’occasion d’un voyage organisé pour les membres de son association « Mémoires et Cultures » à qui elle avait fait découvrir dans l’Ile de Mainau, au milieu du paradis embaumé du lac de Constance, la nouvelle rose baptisée du nom de la reine des plages. Elle fut la marraine, avec les princes Bernadotte, de cette « centifolia jaune d’or sur les couchants » choisie pour être plantée à Biarritz à l’automne suivant.

Parmi les passionnants écrivains, historiens et conférenciers réputés qu’elle fit venir à Biarritz en débutant, il me semble, par Jean d’Ormesson, je mentionnerai particulièrement Georges Poisson.
« Une personne d’altitude par l’esprit et par le cœur », c’est ainsi que Jeannine Dubois avait présenté l’historien-inspecteur général du patrimoine invité en 1996 à faire une conférence sur les « Dames de Fontainebleau ».

Une appréciation qui collait à merveille à Jeannine Dubois elle-même !
Et, en guise de « souffle de jeunesse et d'aventure », elle révélait à ses auditoires conquis les exploits à bicyclette de Sylvain Tesson et de son compagnon Alexandre Poussin dans leur découverte du vaste monde, ainsi que leurs chevauchées dans la foulée de Gengis Khan et des explorateurs russes au temps de Pierre le Grand, par-delà les envoûtantes et mystérieuses contrées d’Asie Centrale chantées par Borodine et convoitées présentement par les islamistes…

C’est dire si ces conférence du cycle Mémoires et Cultures ont toujours été, pareilles au souffle des steppes, d’une brûlante actualité ! Toutes les civilisations que les hommes avaient construites défilaient ainsi devant nos yeux – et nos oreilles – émerveillés, depuis l’Egypte et la Grèce antiques jusqu’à l’Europe dont le chantre Alain Lamassoure, jeune énarque palois, fils de préfet et poète à ses heures, n’avait pas moins gardé de son passage au ministère du budget la rigueur toute giscardienne dont il fit preuve dans la gestion de la commune d’Anglet. Lui aussi avait ouvert la culture sur la ville et les jeunes, et s’était beaucoup investi dans ce domaine en tant que président de la Communauté d’agglomération.

Parmi les derniers invités de Jeannine Dubois figurait Henri Amouroux : en alerte et jeune octogénaire, l’ancien directeur-général du quotidien « Sud Ouest » et créateur de « Sud Ouest Dimanche », auteur de nombreux livres d’histoire et académicien des Sciences Morales et Politiques, prononçait ses conférences « comme toujours, sans notes et debout ». Il s’était vu remettre un makila d’honneur en présence du P.-D.-G. du groupe Sud Ouest, Pierre Jeantet.
De Gaston Fébus conté par Pierre Tucoo-Chala jusqu’à Mozart en passant par Sacha Guitry évoqué au son des valses chères à Yvonne Printemps le temps d’une soirée à Brindos, Jeannine Dubois avait su constituer une véritable famille qui la suivait au fil de son « grand projet à l’ombre d’un grand rêve »

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