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Notre disparue
In Mémoriam : Maité Lafourcade, une figure inoubliable du droit et de la culture basques
In Mémoriam : Maité Lafourcade, une figure inoubliable du droit et de la culture basques

| Alexandre de La Cerda 816 mots

In Mémoriam : Maité Lafourcade, une figure inoubliable du droit et de la culture basques

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de g. à d.: Jean Fagoaga, Jean-Claude Larronde et Maité Lafourcade, Eusko Ikaskuntza ©
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(notre photo de couverture : Maité Lafourcade avec Maité Idirin, Eusko Ikaskuntza, 2011)

Certes, nous étions tous au courants de ses problèmes de santé, mais la disparition de l'universitaire Maité Lafourcade, malgré son âge certain (91 ans) nous plonge dans la tristesse et la nostalgie d'une époque enfuie à jamais, celle de notre jeunesse, étudiante pour certains, journalistique à ses tous débuts pour ce qui me concerne. J'avais d'autant plus d'admiration - mêlée de sympathie affectueuse - pour Maité que je partageais à mille pour cent sa passion pour nos anciennes institutions basques et sa conviction (découlant de ses recherches) que la Révolution de 1789 avait anéanti toute la diversité des provinces françaises et les libertés dont elles jouissaient sous l'Ancien Régime, en abolissant également le droit national basque, très différent de celui appliqué dans le reste de l'État français.

Mais une certaine joie de vivre - à l'occasion teintée d'une légère gouaille humoristique familière dans notre Sud-Ouest - lui faisait souvent arborer un franc sourire... d'autant plus quand on trinquait avec un bon bordeaux ou un rioja ! Et à cet égard, elle ne manquait pas d'apprécier le merlot bordelais de ma production dont elle m'avait plus d'une fois passé commande, et que j'allais lui porter dans sa maison angloye (sur la N10, à la limite de Bayonne), ce qui permettait encore de fructueux entretiens dans les domaines qui nous étaient chers. 

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Juan Mari Atutxa remettant son prix à Maité Lafourcade ©
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Je me souviens qu'elle avait pris part - il y a déjà un quart de siècle - à la remise de mon Prix d'Honneur de la Culture Basque à la mairie de Bayonne, et pour ma part, d'avoir assisté aux récompenses qu'elle avait reçues - en particulier outre-Bidassoa - à la fin de sa riche carrière professorale.

En particulier le Prix annuel de la Fondation Sabino Arana qui lui avait été attribué à Bilbao dans un théâtre Arriaga bondé, récompense prestigieuse alors remise par Juan Mari Atutxa (ancien ministre de l'Intérieur du gouvernement d’Euskadi avant d’occuper le « perchoir » du parlement basque durant sept ans), et qu’elle partageait avec d’autres lauréats, entre autres, la Conférence Internationale de la Paix de Saint-Sébastien, l’Université de Deusto et la Chambre de Commerce de Bilbao. 

Un prix qui marquait la reconnaissance de toute une vie professionnelle consacrée au droit basque dont cette active amatxi avait continué l’enseignement public à la Faculté Pluridisciplinaire de Bayonne malgré une retraite bien méritée.

Maïté Lafourcade avait déjà été la première femme à obtenir le Prix « Humanités, Culture, Art et Sciences Sociales » décerné par la société d’études basques Eusko Ikaskuntza et la Caja Laboral tout en étant l’une des fondatrices du Centre d'Etudes basques de la Faculté de Bayonne.

Une démocratie familiale et solidaire

C’est presque par hasard que cette fille de commerçant bayonnais se prit de passion pour le droit traditionnel basque, lors d’une rencontre avec un universitaire, unique spécialiste de la question à l’Université de Bordeaux, et dont le père jouait au bridge avec le sien ! Or, pour Maïté Lafourcade, ce droit si particulier « révélait comment la société basque était organisée pendant des siècles ». Représentatif d’un état d'esprit différent, « il n'était pas individualiste. Par exemple, le caractère collectif du droit de propriété au Pays Basque pourrait expliquer le succès des coopératives au XXe siècle »

Et en ce qui concerne le patrimoine familial, le respect de la maison ancestrale et sa transmission à l’aîné(e) – à charge pour lui (ou elle) d’assurer la formation ou la subsistance du reste de la fratrie - aurait permis au Pays Basque de demeurer fidèle à lui-même pendant des siècles, de survivre. Ainsi, l'héritier était seulement le gestionnaire des biens, il ne pouvait pas vendre la propriété qui appartenait à toute la famille. Après la Révolution, l'arrivée du Code Civil en France a introduit une conception individualiste qui a morcelé les propriétés et entraîné la vente des maisons, jusqu’à la spéculation foncière effrénée d’aujourd’hui.

De même, pour les terres communales, la propriété était collective. Quant au pouvoir « politique », il appartenait aux maisons, aussi bien au Pays Basque Sud qu'au Nord. Pour prendre l’exemple du Biltzar du Labourd, les assemblées de maîtres de maisons se réunissaient dans chaque village à la sortie de la messe dominicale et délibéraient toujours à la majorité, chaque maison ayant une voix, quelle que soit son importance. Puis, ils désignaient un représentant pour l'Assemblée Générale ou Biltzar dont la première session permettait au Syndic d’exposer les propositions. Les députés retournaient ensuite dans leurs villages où les maîtres de maison votaient sur les propositions. Une seconde session du Biltzar adoptait la décision, chaque paroisse disposant d’une voix : « à la différence de ce qu'on appelle démocratie de nos jours, celle en usage chez les Basques n'était pas individuelle. Chaque maison ayant une voix - et non chaque individu -, la démocratie avait une base familiale ! D’ailleurs, poursuivait Maité Lafourcade, « l’amour des Basques pour leur etxe ne reflétait-il pas celui qu’ils portent à leur pays » ?

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