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Cinéma
Federico Fellini, Il Maestro 3ème Partie (suite)
Federico Fellini, Il Maestro 3ème Partie (suite)

| Jean-Louis Requena

Federico Fellini, Il Maestro 3ème Partie (suite)

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Fellini, "La voce della luna" ©
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Fellini, "La voce della luna" ©
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Derniers joyaux (suite, 1990)

La voce della luna (1990)

En février 1990, Federico Fellini a 70 ans. Il démarre dans les studios Empire (ex-studios de Dino Di Laurentiis) le tournage d’un nouveau et dernier film intitulé La voce delle luna (122’) adapté du roman Il poema dei lunatici (Le Poème des lunatiques) d’Ermanno Cavazzoni qu’il a découvert lors de sa publication en 1987. Le 21 ème long métrage du Maestro est de nouveau une production franco-italienne.

Le candide Ivo Salvini (Roberto Begnini), vagabond qui communique avec la lune, part dans une étrange contrée rendre le soulier d’argent qu’il a autrefois dérobé à la blonde Aldina (Nadia Ottaviani) …

Pour La voce della luna, Federico Fellini a engagé deux acteurs célèbres en Italie : le Toscan Roberto Begnini et le Génois Paolo Villagio. Avec ces acteurs chevronnés, le tournage se passe sans heurts bien que le Maestro ait plus que de coutume, transgressé le scénario qu’il avait élaboré avec son vieux complice Tullio Pinelli lequel se fâchera de la manipulation.

En mai 1990, La voce delle luna est présente hors compétition au 43 ème festival de Cannes. Federico Fellini fatigué des mondanités imposées ne s’y rend pas pour la première fois.

De santé précaire, malade depuis quelques années, Il Maestro s’éteint le 31 octobre 1993, le lendemain de l’anniversaire de ses cinquante ans de mariage avec Giulietta Masina. Pour ses admirateurs, une chapelle ardente est installée dans son cher Teatro 5 de Cinecitta sous le décor bleu ciel d’Intervista avec le concours bénévole des techniciens. Une foule immense (70.000 personnes approximativement) vient se recueillir devant le catafalque.

Ce triste évènement, scelle symboliquement, la mort d’un certain cinéma italien qui avait dominé le 7 ème art durant 40 ans.

Federico Fellini, Il Maestro (1920/1993)

Federico Fellini a eu une enfance heureuse, normale, dans sa petite ville balnéaire de Rimini. Rien ne semblait le disposer à devenir l’immense cinéaste dès le Cheick Blanc (1952) après avoir exercé comme chroniqueur de films, caricaturiste à Marc’Aurielio, scénariste besogneux et enfin en 1945 assistant de Roberto Rossellini pour Rome, ville ouverte (1945). Arrivé en 1939 à Rome, il gravit lentement les marches du savoir empirique par l’écriture, le dessin, la fabrication d’un film. Ce long apprentissage durera 11 ans jusqu'à son premier film coréalisé avec le vétéran Alberto Lattuada (Les Feux du music-hall – 1950) qui sera un échec commercial.

Le miracle économique italien et, dans ce cadre, l’explosion du cinéma italien soutenu par des producteurs atypiques, joueurs, prenant des risques, des techniciens talentueux, d’innombrables artistes en tout genre, le tout soutenu par un marché du film dynamique (un parc de 10.000 salles obscures, 700 millions de spectateurs !) a permis, nonobstant des échecs, l’éclosion de nombreux réalisateurs : Luchino Visconti (1906/1976), Mario Monicelli (1915/2010), Alberto Lattuada, Pietro Germi (1914/1974), Michelangelo Antonioni, Dino Risi (1916/2008), etc.). C’est dans cette formidable dynamique créatrice que s’insère Federico Fellini avec sa verve particulière et son talent visuel si singulier

Il Maestro après sa période néoréaliste et mélodramatique (1950/1960) nous propose un long métrage de près de 3 heures (La dolce vita) ou il casse le lien narratif pour nous décrire le puzzle d’une société matérialiste et décadente. C’est le point nodal de son œuvre ou il renonce à la logique cinématographique évènementielle (exposition, développement, conclusion heureuse). Les parenthèses, digressions et autres bifurcations dans le déroulé du film seront désormais la règle. Federico retourne à la fois à ses racines journalistiques mais aussi a ses souvenirs d’enfance et d’adolescence (8 ½, Amarcord, Intervista). Il abandonne les décors naturels pour les studios ou il crée, en caricaturiste, plasticien, des images somptueuses, irréalistes, qui surpassent la réalité pour en construire d’autres, imaginaires, fantasmées, outrancières (Juliette des Esprits, Fellini Satyricon, Fellini Roma, Le Casanova de Fellini).

Grand homme de spectacle, inventeur de formes inoubliables, peintre de l’imaginaire (ses maîtres : Jérôme Bosch, Pieter Bruegel l’Ancien, James Ensor) il « fabriquait » ses films à partir de la Dolce vita sur le plateau avec un scénario, simple conducteur, toujours remanié en cours de tournage. Du coup les durées de fabrication s’étirent au fil des essais, des recherches et trouvailles du Maestro secondé par une importante équipe : la fabrication d’une œuvre cinématographique est un long et périlleux travail collectif. Bien que de nature angoissé (plusieurs dépressions importantes), Federico Fellini a mené à terme ses excursions dans l’imaginaire à l’exception du Voyage de G. Mastrona.

Federico Fellini est un brouilleur de cartes, un grand menteur comme il se définissait, un immense artiste visionnaire (Ginger et Fred) sur notre société occidentale décadente. Ses œuvres sur fond de morbidité insouciante, regorgent de nostalgie, d’ironie, d’humour désespéré et de peu d’espoir. Reflets morbides de la condition humaine, elles sont, somme toutes, indispensables.

P.S : Tous les films de Federico Fellini ont été édités en Dvd à l’unité ou en coffrets collectors. En ces temps de confinement quatre Dvd sont essentiels (selon nous) à visionner dans l’ordre (si possible) pour comprendre l’évolution du langage cinématographique du maestro :
La Strada (1954) – La dolce vita (1960) – 8 ½ (1963) – Amarcord (1973)

L’œuvre cinématographique du Maestro a généré une multitude d’ouvrages sur sa personnalité pour le moins complexe, énigmatique, et ses 21 longs métrages. Nous avons recensé les plus importants :
Fellini, un rêve, une vie (1997) de Jean-Max Méjean – Le Cerf – Collection 7 ème Art.
Fellini (2007) de Tullio Kezich – Gallimard – Biographies NRF
Le Livre de mes rêves (2007) de Federico Fellini – Flammarion
Federico Fellini, le magicien du réel (2009) de Jean Gili – Gallimard – Collection Découvertes

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