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Explosion : le « souffle du diable » sur l’architecture de Beyrouth et son plus beau palais !
Explosion : le « souffle du diable » sur l’architecture de Beyrouth et son plus beau palais !

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Explosion : le « souffle du diable » sur l’architecture de Beyrouth et son plus beau palais !

zActu2 Liban 2. Palais Sursock ravagé par la double explosion au port de Beyrouth, mardi.JPEG
Palais Sursock ravagé par la double explosion au port de Beyrouth, mardi ©
zActu2 Liban 2. Palais Sursock ravagé par la double explosion au port de Beyrouth, mardi.JPEG
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Jean-Marc Bonfils ©
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Ce drame a fait (décompte datant de jeudi) plus de 5.000 blessés et 149 morts, parmi lesquels l'architecte français Jean-Marc Bonfils, installé au Liban où il avait pris part entre autre à des projets de restauration de bâtiments détruits par la guerre : il était venu à Bilbao en mars 2016 à l’occasion du forum d’architecture EGURTEK consacré au bois dans les constructions, manifestation du Collège basco-navarrais des architectes sous le patronage du Gouvernement Basque. Il y avait présenté son bâtiment « East Village » (Asian Architecture Award 2015) qu’il avait conçu comme une fusion entre tradition et avant-garde en récupérant les racines de cet ancien quartier de Beyrouth où les maisons étaient faites en bois, ainsi que les jardins libanais traditionnels - élément caractéristique de ce pays - avec des matériaux et méthodes de construction du XXIème siècle.

Mais l’explosion a également ravagé le plus beau palais de Beyrouth, sommet de l’architecture patricienne beyrouthine du XIXème siècle et mémoire à lui tout seul d’une ville qui se voulait le « petit Paris du Levant ».

Il s’agit du Palais Sursock, un grand palais dans le style traditionnel libanais situé dans la rue Sursock. Construit entre 1850 et 1860 par Moussa Sursock, ce célèbre édifice de la capitale libanaise constitue la résidence privée de sa petite-fille, Lady Yvonne Cochrane (née Sursock), connue pour son action en faveur de la préservation de bâtiments historiques au Liban grâce à la création de l’Apsad (association pour la préservation des sites et anciennes demeures).

Situé dans le quartier historique d'Achrafieh, ce palais fait face au Musée Nicolas Sursock, bâtiment d’un autre membre de cette famille de mécènes, mêlant les architectures vénitienne et ottomane, construit en 1912 et légué à la ville de Beyrouth en 1961 en tant que musée avec ses 5000 pièces, peintures, sculptures, céramiques, verrerie, et iconographie des XVIIIème, XIXème et XXème siècles.

Le Palais Sursock

Parmi toutes les demeures Sursock, qui par ailleurs ont donné leur nom au quartier, ce palais était un des plus grands et le seul qui ait gardé intacte sa splendeur d’antan. L’héritier de Moussa, son fils Alfred, était un homme de grande culture et de goût et a grandement contribué aux collections de peintures, tapis et autres objets d’art qui sont parmi les meilleures au Moyen-Orient.

Ce palais est de pur style traditionnel libanais de l’époque. Les façades Nord et Sud sont tout à fait classiques libanaises, tandis que les façades Est et Ouest avec leurs tours ressemblent à certains châteaux siciliens de la même période.

L’accès principal au Palais s’effectue par un escalier en marbre blanc massif tandis que la porte principale en fer forgé est encadrée par une boiserie finement travaillée du XVIIème siècle de provenance napolitaine, encadrée d’une paire de tapisseries flamandes également de même époque figurant, l’une Cléopâtre en bateau sur Le Nil et l’autre Marc-Antoine nageant dans le Nil, et de deux consoles massives italiennes en marbre.

Le grand salon au plafond somptueusement décoré comporte de nombreux tableaux attribués à Vaccaro (Cléopâtre), à Luca Giordano (la Visitation de Ste Elizabeth) et à Simon Vouet (Hercule et Omphale), ainsi qu’une petite toile attribuée à Corot.

La salle à manger offre également une magnifique tapisserie flamande du XVIème siècle, des tableaux représentant huit césars romains et des meubles ainsi que les encadrures de portes, napolitains du XVIIème siècle. Le deuxième étage est également décoré de toiles de valeur et de tapisseries.

Hélas, ce merveilleux ensemble a beaucoup souffert des explosions : la façade de droite porte des trous béants en guise de fenêtres et sur la façade nord, celle qui fait face au port et qui a pris tout le souffle de l’explosion de plein fouet, les arcades de bois dentelé ont été « soufflées », les deux angles nord-est et nord-ouest présentent d’inquiétantes fissures, et la toiture est défoncée. A l’intérieur, l’escalier principal est couvert de débris de tuiles et de plâtre, et dans le grand salon, les portes et les boiseries effondrées, les plafonds peints arrachés, les tableaux vieux de plusieurs siècles lacérés, les statues abattues et décapitées, des centaines d’objets réduits en poussière, des livres, des arbres généalogiques, des bibelots d’une incroyable finesse, tout est éparpillé, les tapis sont couverts de bouts de verre tranchants…. Il y en a pour des millions d’euros de dégâts.

Ce palais aura besoin de financement, de volontariat, de collecte de dons, d’un combat long et difficile pour sauver ce qui peut encore l’être ; et si certains « qui croient encore dans la pérennité du Liban » comptent relever leurs manches, d’autres n’hésitent pas à fustiger « ces vendus qui veulent effacer toute trace de notre patrimoine aussi bien culturel que cultuel. Ils cherchent par tous les moyens a changer le paysage de notre petit bijou ainsi que ses parfums de thym et de fleurs, ainsi que son peuple débordant d'idées et de projets littéraires comme scientifiques pour le transformer en une déchetterie et un bled archaïque qui leur ressemble et où ils se retrouveraient dans leur élément. Tant que ça n’est pas fait, ils utiliseront tous les moyens pour asphyxier le peuple en détruisant leur environnement et leurs sources de vie pour arriver à leur fin. Il ne faut pas qu’on leur facilite la tâche, on panse nos plaies et on les chasse à coup de pied et de griffe » !

Qui étaient les Sursock ?

Pour en revenir à cette famille chrétienne aristocratique de Beyrouth, de confession orthodoxe grecque qui a joué cet important rôle de mécénat, son nom Sursock serait une corruption de Κυριε Ισαακ (« Kyrie Isaac », ce qui signifie Seigneur Isaac). La famille avait quitté Constantinople à sa chute en 1453. Dans les années 1850 et 1860, à la tête d’une entreprise de transport qui expédiait le grain à Londres, à Chypre et dans toute l'Europe, leurs activités financières étaient importantes ainsi que la production de soie. Ils ont été membres du parlement ottoman. Car c’est vers la fin du xVIIIème siècle que la famille Sursock avait déménagé à Beyrouth pour s’adonner avec succès au commerce et à l'exportation du grain vers le Royaume-Uni, tout en engageant aussi dans l'importation de textiles en provenance de l'Europe pour être vendus au Moyen - Orient. Nicolas Sursock avait fondé la Banque Sursock et Frères en 1858 et acheté de vastes propriétés dans différentes parties de l'Empire ottoman.

En 1918, la famille Sursock avait financé la construction de l'hippodrome de Beyrouth, et plus tard de l'autoroute Beyrouth-Damas. Elle a noué des alliances avec de grandes familles princières italiennes. Mais actuellement, les temps sont bien plus « durs »…

ALC

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