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Livre
« Cabaret Biarritz » de José C. Vales, une comédie réjouissante et fine
« Cabaret Biarritz » de José C. Vales, une comédie réjouissante et fine
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| Philippe Chauché 831 mots

« Cabaret Biarritz » de José C. Vales, une comédie réjouissante et fine

« Ah, Biarritz ! Qui n’a point vécu cet âge d’or à Biarritz ne connaît ni la vie ni ses plaisirs. Telle que vous me voyez aujourd’hui, j’administre ce modeste salon de thé, ici, dans le sombre Paris, mais il fut un temps où dépendaient de moi les fastes et les splendeurs du Château basque… ou devrais-je dire… de la villa Belza », Odette (Elise Vsard, Gouvernante du Château basque, villa Belza).
Cabaret Biarritz est le roman d’un saisissement, celui d’une tragédie, la mort d’une jeune femme Aitzane Palefroi, durant l’été 1925, retrouvée noyée, nue, dans le Port des Pêcheurs de Biarritz. Un faits divers dirions-nous, un suicide pensent certains témoins, précédé de noyades (l’océan a parfois ses raisons) et suivi d’un autre suicide à l’arme à feu, cette fois lors de luxueuses fiançailles à l’hôtel du Palais. Cabaret Biarritz est un miroir, où scintillent les feux les plus troubles de la cité balnéaire basque et qu’un écrivain oublié tente d’éclairer.
Que s’est-il passé, pourquoi cette jeune apprentie s’est-elle jetée dans le port ? S’est-elle vraiment jetée dans l’eau tumultueuse, ou l’a-t-on poussée ? Pourquoi Alexandre Saint-Barthélemy s’est-il donné la mort ? Quel secret recèle le sous-sol de l’hôtel des Princes ? Qui détient la vérité, qui la cache ? Autant de questions que vont tenter de dénouer les entretiens qui nourrissent le livre. Les entretiens de Biarritz, menés par un écrivain du nom de Georges Miet, tissent fil à fil et page à page le portrait de Biarritz des années 20, et celui de celles et ceux qui y vivent, y dansent, y font des affaires, s’y ennuient, s’y amusent, ou y noient leurs doutes sous les dorures de l’hôtel du Palais ou du Casino Bellevue – ce lieu de la modernité… fréquenté par les cercles les plus cultivés de l’avant-garde européenne.
« La guerre était terminée et, malgré les désastres abominables qu’elle avait semés sur le continent, les Européens semblaient bien décidés à prendre leur revanche : comme s’ils désiraient consommer tout le champagne qu’ils n’avaient pu boire pendant le conflit, comme si leurs muscles s’étaient engourdis et brûlaient de danser le charleston, ou comme si les mites avaient dévoré toutes les robes ampoulées pour laisser place aux charmes et à la beauté de la jeunesse », Gedeon Wilcox, Rentier.
José C. Vales nous offre là un roman en forme de puzzle littéraire, où chaque nouvelle pièce trouve sa place, s’emboite, se glisse dans l’intrigue, la contredit, la vérifie, la suspend. Paroles de journaliste, de rentier, de pilote de montgolfière, de gendarme, de cuisinière, de femme distinguée, de valet de chambre, de photographe, de greffier, de fossoyeur et de danseuses, paroles d’acteurs de cette vie flamboyante, saisies par un écrivain anonyme que suit à la ligne José C. Vales, prouvant ainsi que l’auteur n’est autre que celui qui parfois compile, recopie, assemble et commente les écrits des autres. Cabaret Biarritz est un roman aux mille échappées, aux pistes qui se brouillent, aux regards qui se figent, aux mensonges qui déroutent, aux manières et aux manigances, aux poses et aux affects, tout y est troublant, étrange, comme conclure avec Georges Miet, que « Le présent n’était pas nécessaire ».
« C’est Aitzane Palefroi qui déroule le fil dans ce labyrinthe, dit Beatrix. Et ce fil nous conduit de la villa des Perth-Williams à la maison des Saint-Barthélemy, puis de la pension où vivait misérablement James Hett à la demeure du juge DuPont et de sa fille Margulee, et de là, chez Mlle Pauline Bellay, la sœur de »…
Cabaret Biarritz est un roman multiple et malin, une comédie réjouissante composée avec finesse, portée par des dizaines de styles qui comme des vagues meurent sur la plage des Basques, une fantaisie de paroles disparates, une géographie romanesque de la ville des « prodiges », aimantée par la Villa Belza et toutes les rumeurs les plus folles qui l’entourent. Une ville où se sont peut-être croisés Flaubert, Stendhal, Hemingway et Fitzgerald, le Marquis d’Arcangues, Orson Welles, des toreros, Picasso, des marins, Pierre Loti, Roland Barthes même s’il préférait Bayonne, Mary Heuze-Bern, Frédéric Schiffter et ses penseurs tristes, et José C. Vales, tant Biarritz habite son roman, tant ses rues, ses villas luxueuses d’un autre siècle, ses roches, ses salons et ses vagues nourrissent son intrigue, son cabaret littéraire avec vue sur l’océan.
« Cabaret Biarritz » de José C. Vales, trad. De l’espagnol par Margot Nguyen Béraud, Denoël éditeur, 464 pages - 21,50 €.
Philippe Chauché
NDLR : à propos de l'écrivain : José C. Vales a reçu en Espagne pour « Cabaret Biarritz » le prix Nadal, équivalent ibérique du prix Goncourt ; son roman précédent, Le pensionnaire de Neuwelke, n’a pas été traduit en français ; il est également traducteur de Mary Shelley et Jane Austen.
A propos du rédacteur : Philippe Chauché est né en Gascogne, il vit, travaille et écrit à Avignon. Journaliste à Radio France (après avoir collaboré à l’émission de jazz de Radio-Adour-Navarre à Biarritz/Bayonne, fin des années 70), il suit entre autre le Festival d’Avignon. Il a collaboré à « Pourquoi ils vont voir des corridas » publié par les Editions Atlantica et publie sur son blog : http://chauchecrit.blogspot.comv

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