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Architecture
Biarritz : la villa Casablanca fait peau neuve
Biarritz : la villa Casablanca fait peau neuve
© Alexandre de La Cerda

| Anne de Miller La Cerda

Biarritz : la villa Casablanca fait peau neuve

Faisant face à l’aile Nord de l’Hôtel du Palais (où se trouve le spa), cette demeure de Biarritz, emblématique par son allure « mauresque » et ses anciens occupants – étoiles de la Haute-Couture -, est actuellement en travaux après avoir trouvé de nouveaux propriétaires. Hérissée d’échafaudages, sa base laisse provisoirement apparaître la pierre à nu avant d’être sans doute recouverte d’un nouveau crépi.

En octobre dernier, j’avais évoqué des « enchères royales » chez les commissaires-priseurs Lelièvre, toujours à l’affût du patrimoine, qui avaient ressuscité l’épopée de la villa « Casablanca », une des plus originales maisons de la Côte Basque.

Car cette demeure regorgeait d’histoires et d’objets d’art d’un passé révolu, une collection unique qui avait été dispersée par le couple de commissaires priseurs Lelièvre en octobre dernier à Saint-Jean-de-Luz.

En 1922, deux terrains juxtaposés, situés au coin de la future rue Louison Bobet et de l’avenue de l’Impératrice, avaient été achetés par Joseph Mering. A la mort de ce dernier, sa veuve Berthe Borisovna Mering fit construire deux villas de style mauresque, séparées par une manière de patio : « Casablanca » et sa jumelle « Marrakech ». D’un orientalisme moderniste, ces résidences de villégiature furent  imaginées par l’architecte Guillaume Tronchet qui s’était distingué lors de l’Exposition Universelle de 1900.

Haute-couture au Pays Basque

En 1925, le couturier Paul Poiret (1879-1944), en semi-retraite, s’installa dans cette originale demeure en forme de cube blanc. C’est dans cette dernière métamorphosée en show-room que le couturier enveloppait de volants et de drapés Sarah Bernhardt, Mistinguett… La villa « Casablanca », tout comme sa voisine « Marrakech », se caractérise par de nombreux avant-toits aux tuiles vertes vernissées festonnant la façade. Une féerie orientaliste très à la mode en ce début de siècle.  Quelques années plus tard, ce feu d’artifice haute-couture se poursuivra avec les collections de Jean Patou (1887-1936). En 1925, ce dernier avait installé son atelier de couture dans les anciens bâtiments de l’hôtel de ville situé aujourd’hui place Georges Clemenceau et siège actuel de la banque Inchauspé. Jean Patou qui habitait dans la belle maison « Berriotz » (sur la route de Bayonne à Ustaritz) ferma son établissement biarrot en 1935 et disparut l’année suivante à l’âge de 48 ans.

Son beau-frère Raymond Barbas reprit la maison de haute-couture Patou et créa - entre 1946 et 1960 - une succursale à la villa Casablanca qui sera décorée par son ami Louis Süe (également l’auteur de « Berriotz ») et les Ateliers Martine. C’est dans cet écrin magique que le beau-frère de Jean-Patou laissa de nombreux objets témoins de cette époque où rayonnaient autour de Patou ses amis peintres, tels  André Dunoyer de Segonzac, André Mare, André Derain, ou le sculpteur Aristide Maillol…

Sur les traces de la famille royale de France et du Danemark

Parmi les derniers propriétaires de la villa Casablanca, Valdemar de Danemark, comte de Rosenborg (1915-1995) – petit-fils de Marie d’Orléans, elle-même petite-fille du roi Louis-Philippe - était le fils unique d’Aage de Danemark (1887-1940) qui, lors de la pacification du Maroc, se distingua par une brillante carrière dans la Légion Etrangère aux côtés du Maréchal Lyautey.

Cousin par alliance de l’ancien propriétaire de la villa Casablanca, le comte de Rosenborg se maria à Floria d’Huart Saint-Mauris dont un portrait au fusain par le talentueux Alejo Vidal-Quadras (1919-1994) garde la belle figure.

Egalement dans la collection, des objets historiques qui témoignent de ce passé exceptionnel où se croisent les familles royales de Danemark et de France. Entre autres, « une relique » exceptionnelle retenait l’attention. Il s’agit d’un fragment de taffetas en très bon état de 18,5 cm de hauteur et 30,5 cm de largeur qui fut peint en médaillons à l’effigie de Marie-Antoinette et de Louis XVI, ornés de guirlandes retenues par des puttis. Au dos, un courrier manuscrit signé de l’ancien conservateur de Versailles et membre de l'Académie française Pierre de Nolhac. Cette inscription datée du 15 février 1907, avec enveloppe à entête des Musées de Versailles et des Trianons indique l’origine de l’objet : « Cette petite peinture est le morceau principal de la décoration d'un des coffres de taffetas peint contenant la layette du Dauphin qui fut offerte à Marie-Antoinette par la Ville de Paris, en 1781. Un de ces coffres conservé intact appartient au musée de Versailles ; la décoration est d'un style identique à celle de ce morceau ; les portraits dans les médaillons sont remplacés par les chiffres de Leurs Majestés ». Le dauphin mourut à la prison du Temple en 1795 à l’âge de dix ans, sans avoir jamais régné.

Anne de La Cerda

 

 

 

 

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