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Cinéma
70ème anniversaire de Louis Jouvet : il joua Giraudoux, Claudel et Ramuntcho au Pays Basque !
70ème anniversaire de Louis Jouvet : il joua Giraudoux, Claudel et Ramuntcho au Pays Basque !

| Alexandre de La Cerda 1351 mots

70ème anniversaire de Louis Jouvet : il joua Giraudoux, Claudel et Ramuntcho au Pays Basque !

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Louis Jouvet et Paul Cambo dans "Ramuntcho" ©
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"Ramuntcho" (1937) ©
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Le 17 août 1951, disparaissait Louis Jouvet, un monument du théâtre et du cinéma français.
Il avait le regard perçant et une diction parfaite. D’une mimique apparemment anodine, il pouvait tout dire… Ainsi, à propos de son art : « Condamnés à expliquer le mystère de leur vie, les hommes ont inventé le théâtre ». 
Quant au cinéma, il opinera : « c'est du théâtre en conserve »...

Né le 24 décembre 1887, après son diplôme de pharmacien, il se tourna définitivement vers le théâtre et le cinéma : sa rencontre avec Jean Giraudoux en 1928, la direction du théâtre Pigalle où il présentera avec succès des œuvres de Jules Romains et de Jean Giraudoux, puis celle du théâtre de l'Athénée où il donnera les premières de « La guerre de Troie n'aura pas lieu » (1935) et d'« Ondine » (1939), furent suivies d’une tournée en Amérique latine pendant la Seconde Guerre mondiale où il créa en 1942 à Rio de Janeiro « L'Annonce faite à Marie » de Paul Claudel. 

Il y fera jouer Paul Cambo, le héros du film « Ramuntcho » tourné à Sare en 1937, ainsi que l'actrice belge Madeleine Ozeray (1908-1989), également comédienne dans sa troupe et qui deviendra sa compagne. Elle avait interprété le rôle de Gracieuse Detcharry dans « Ramuntcho », le film a été restauré dernièrement par les Archives Françaises du Film dans le cadre du plan de sauvegarde des films anciens du Ministère de la Culture.

Louis Jouvet au Pays Basque

« Bizarre, vous avez dit bizarre… ». Cette célèbre réplique de Louis Jouvet dans « Drôle de drame » de Marcel Carné pourrait parfaitement s’appliquer au film de René Barberis et aux coulisses de son tournage telles que les avait relatées l’écrivain Guy d’Arcangues :
« En ce qui concerne le tournage du film « Ramuntcho », j’y ai moi-même assisté à Sare, j’avais treize ans, en compagnie de mon père qui connaissait bien Jouvet. C’est à cette occasion que j’eus la chance d’être le témoin du formidable numéro de « contrebande » qu’exécuta sous nos yeux Paul Dutournier (le futur maire de Sare et président des maires du Labourd, ndlr.)
En effet, devant tous les douaniers officiels convoqués spécialement en tant que figurants pour le tournage, et auxquels le metteur en scène avait demandé, pour cette « prise », de se tenir sagement cachés derrière les arbres, « Popaul » réussit à faire passer la frontière espagnole, pour les besoins du film, mais en fait pour sa convenance personnelle, à quelques dizaines de chevaux « pottoks », au nez et à la barbe de la maréchaussée ! L’histoire est restée célèbre à Sare, où l’on en rit encore ».

Quant au scénario du film, le rôle-titre – interprété par Paul Cambo, de son vrai nom Mignonat, qui avait fait un bref passage à Cambo pendant ses études, d’où son pseudonyme - figure un fils naturel qui n'a pas connu son père. Dans le village basque Etchezar ou Ramuntcho habite avec sa mère, une famille le méprise. Mais il s'y trouve une jeune fille, Gracieuse, qui en est éprise. 
Opposée à ce mariage, la mère de Gracieuse interdit à sa fille de revoir son amoureux lequel, à la suite d’une équipée de « gauasko lana » (« travail de la nuit » ou « contrebande » en langue basque), dirigée par Itchoua (Louis Jouvet), doit quitter le pays. Il s'embarque à Saïgon pour le service militaire. Pendant ce temps, la mère de Gracieuse lui fait la vie dure et la jeune fille s'enferme au couvent pour attendre le retour de son fiancé. Cependant, la prière et les conseils agissant sur son âme et, en l’absence de nouvelles de son fiancé, elle prend le voile. Revenu au pays, Ramuntcho veut retrouver sa fiancée qui hésite à délier les liens sacrés l'unissant à Dieu. Comprenant le chagrin de la jeune fille, la supérieure du couvent rend à la vie civile Gracieuse qui deviendra l'épouse de Ramuntcho...

Signalons encore la participation au film en tant que chef opérateur du tournage, de Nicolas Toporkoff qui avait débuté sa carrière dans le cinéma de l’Empire russe avant de s’exiler à la suite de la révolution de 1917, rencontrer Ivan Mosjoukhine qui avait transféré en France l’école cinématographique russe, puis tourner pour Sacha Guitry. 

Les habitants de Sare participent au tournage de « Ramuntcho »

Aux côtés d’acteurs très célèbres à l’époque, tels Louis Jouvet, Madeleine Ozeray, Françoise Rosay et Paul Cambo, cette production avait largement fait appel aux Saratars. 
Parmi les figurants, on remarque ainsi Paul Dutournier et on distingue la voix de Luis Mariano qui faisait partie de la chorale « Eresoinka », réfugiée à Sare à l’issue de la guerre civile en Espagne. Le premier « lehendakari » ou président basque Jose Antonio Aguirre avait dû s'exiler, non sans avoir rassemblé dans cette magnifique chorale les plus belles voix du pays, témoignage d'espérance ultime en l'avenir d'Euzkadi, que rejoignirent à Sare les artistes lyriques basques dispersés sur les scènes les plus prestigieuses, depuis Pepita Embil, la mère de Placido Domingo, à Luis Mariano qui y fit ses débuts.
On était en plein tournage de « Ramuntcho », les belles voix d'Eresoinka auxquelles se mêlaient les Saratars remplaçant avantageusement les figurants de la première version, muette, réalisée dix-huit ans plus tôt.

Le jeune Paul Dutournier, qui n'était pas encore maire, participait activement aux opérations et sa mère, recevant tous ces gens à bras ouverts pour mieux leur faire aimer le pays, logeait dans sa maison les principaux interprètes du film. Dans une grande ferme attenante, avaient été confortablement installés pas moins de vingt-deux réfugiés, frères de malheur que secouraient des voisins compatissants.
On organisait sur les terrasses tous les soirs, après les prises de vues, de sympathiques grillades de moutons pour les artistes que rejoignaient des résidents de Biarritz et des villas alentour, ainsi que la jeunesse dorée du pays, Sare constituant un prolongement traditionnel pour les célébrités en séjour sur la Côte…
Venu en voisin depuis Hendaye, le commissaire divisionnaire des renseignements généraux assistait aux tours de manivelle et en profitait pour observer ce qui se passait dans cette enclave frontalière proche des zones troublées espagnoles. Paul Dutournier avait spontanément sympathisé avec ce Tourquennois, ayant lui-même effectué un stage professionnel à Tourcoing et à Lens. 

Pendant le tournage de « Ramuntcho » : une aventurière dans la mecque des contrebandiers ! 

C'est dans cette ambiance animée que survint un jour le cabriolet chic de la « journaliste » de choc Magda Fontanges. De son vrai nom Madeleine Coraboeuf - elle avait pris son pseudonyme du nom d'une maîtresse de Louis XIV - cette jolie jeune femme, ancienne attachée de presse à l'ambassade française à Rome qui aurait eu quelque aventure avec Mussolini, s’était faite expulser d’Italie à la suite d’intrigues et d’une plume trempée dans le fiel. Après avoir envoyé (en mars 1937) une décharge de plombs dans le gras des fesses de l'ambassadeur de France à Rome Charles de Chambrun qu’elle estimait responsable de sa disgrâce, elle résolut de rejoindre à Fontarabie « son ami » le maréchal Graziani et fit appel, dans ce but, à Paul Dutournier. 
Graziani campait au milieu de l'état-major du corps expéditionnaire italien à l'hôtel Jaureguy de Fontarabie, la frontière était fermée, mais à contrebandier basque, digne émule de Ramuntcho, rien d'impossible - surtout quand on descend des « travailleurs de la nuit » qui avaient procuré aux bataillons carlistes des canons Krupp cachés dans des pianos à queue.
Or, quelques jours plus tard, le commissaire divisionnaire proposait un marché à notre passeur : « Ecoutez Dutournier, Magda Fontanges est en train de flanquer la panique au sein de l'état-major italien et espagnol, à commencer par le maréchal. Débrouillez-vous pour qu'elle revienne en France et je vous donne ma parole d'honneur que si elle quitte la circonscription dont je suis responsable, vos amis d'Eresoïnka pourront rester à Sare. »
Chose promise, chose due ! Magda Fontanges fut rapatriée en France par le même procédé qu’à l’aller…
Et, en quarante-huit heures, sur les conseils du commissaire Maurice Sangla, du maire de Bayonne Pierre Simonet et du sous-préfet Pierre Daguerre, Paul Dutournier formait une association « française » qui permettait à Eresoinka de rester (légalement) à Sare et de rayonner avec succès dans le monde entier. D'Oldarra à Etorki et bien d'autres, presque toutes les chorales qui fleurirent chez nous après-guerre lui sont redevables…

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Paul Cambo dans le rôle-titre de "Ramuntcho" ©
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Nicolas Toporkoff, chef-opérateur de "Ramuntcho" ©
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