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Musique
27 janvier 2021, 215ème anniversaire de la naissance de Juan Crisostomos Arriaga , le Mozart basque
27 janvier 2021, 215ème anniversaire de la naissance de Juan Crisostomos Arriaga , le Mozart basque

| Yves Bouillier 1167 mots

27 janvier 2021, 215ème anniversaire de la naissance de Juan Crisostomos Arriaga , le Mozart basque

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Arriaga ©
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Le théâtre Arriaga à Bilbao ©
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Arriaga d'après Durrio à Bilbao.jpg
Arriaga d'après Durrio à Bilbao ©
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Ne vous êtes vous pas  un jour demandé dans quels genres de films Patrick Dewaere ou Gérard Philipe auraient tourné s'ils n'étaient pas décédés respectivement à 35 et 37 ans ?  ou quels autres poèmes auraient écrit Arthur Rimbaud et  Guillaume Apollinaire disparus à 37 et 38 ans ?

Quelles autres toiles auraient été peintes par Vincent Van Gogh s'il n'était pas mort à 37 ans ?

Il y a 35 ans, le 14 janvier 1986, Daniel Balavoine, chanteur charismatique et humaniste nous quittait à 33 ans seulement ;  Une année 86 bien noire qui avait aussi compter la disparition de deux vedettes françaises : Thierry Le Luron à  34 ans et Coluche à 41 ans.

Je pense aussi au Club des 27 qui regroupe des célèbres stars américaines du Rock et du Blues qui ont en commun le fait d 'être décédées  à 27 ans : Amy Winehouse, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Jim Morisson et Kurt Cobain.

Dans tous les domaines artistiques, des génies disparaissent prématurément. C 'est leur destin, leur histoire et c 'est ce qui fait l'Histoire. Mais d'une  certaine manière ils manquent aussi à cette Histoire, à l'évolution de leur art, et ils nous manquent par les émotions que ces artistes ou leurs oeuvres, leurs toiles ou leurs chansons auraient pu nous procurer s'ils avaient vécu davantage. Qu 'auraient ils apporté de nouveau ? l'Histoire aurait elle était différente s'ils avaient vécu davantage ?

La musique classique n'est pas épargnée par la disparation de jeunes compositeurs qui malgré une courte vie ont pu marquer leur temps et bien au delà. Prenons conscience que Mozart n'a vécu que 35 ans  et Schubert, 31 ans...  ne sont- ils pas exceptionnels ?

Nous pourrions mentionner beaucoup d 'autres compositeurs décédés avant 40 ans.

Aujourd'hui, c 'est  un compositeur basque,  prodigieux, au destin tragique qui mérite d 'être mis à l'honneur. Il  s 'agit de Juan Crisostomos de Arriaga né à Bilbao  il y a exactement  215 ans , le 27 janvier 1806 et qui fut à juste titre surnommé le Mozart espagnol

S'il y a un compositeur que l'on peut en effet comparer à Mozart, c 'est bien Arriaga. Les  coincidences entre les deux artistes sont nombreuses et particulièrement troublantes.

D'abord, Arriaga est né 50 ans jour pour jour après la naissance de Mozart. De plus, ils ont l'un et l'autre les 2 mêmes premiers prénoms Juan Crisostomos pour Arriaga  et Johannes Chrysostomus Amadeus pour Mozart. Enfin, Arriaga se montre aussi précoce que son aîné en étant capable d'écrire une pièce pour quatuor à cordes à 9 ans, une ouverture à 11 ans, et un opéra à 13 ans intiltulé Los Esclavos Felices.

Si l'on peut regretter la mort si prématurée de Mozart, Arriaga décèdera de la tuberculose à 20  ans seulement !

L'un comme l'autre seront en outre enterrés dans une fosse commune.

Compte tenu du talent et du génie si prometteur d'Arriaga, on peut penser que sa mort représente une perte tout à fait inestimable dans l'histoire de la musique basque, espagnole et occidentale. Car même si tout ce que nous possédons de compositions d'Arriaga doit de fait être considéré comme oeuvres de jeunesse, on ne peut qu'être impressionné par son incroyable maîtrise.

Le père du jeune Arriaga organiste à Berriatua décide d'envoyer son fils âgé de 15 ans dans la capitale française pour parfaire son éducation musicale. Il entre brillamment au Conservatoire de Paris dans la classe de violon de Pierre Baillot et celle d 'écriture de François - Joseph Fétis. Quelques années après, Luigi Cherubini alors directeur de cette prestigieuse institution admire le talent du jeune prodige, au point de le nommer assistant de son professeur Fetis, alors que le jeune basque n'est âgé que de 18 ans. C 'est tout à fait remarquable.

Dans l'ouverture de son opéra Los Esclavos Felice (Les esclaves heureux), qui fut créée à Bilbao en 1820, (Arriaga n'a alors que 14 ans), le début ressemble à s 'y méprendre à un menuet, une danse élégante à trois temps encore en vogue dans les bals de la classe aisée, tandis que la suite a tout d'une contre-danse à deux temps très rapide et très gaie. Dans cette ouverture, le jeune prodige se montre non seulement au fait des danses de son époque, mais il capte aussi l'air du temps de l'opéra, et l'on pourrait se croire par       moment dans une ouverture de son ainé italien Gioachino Rossini.

Ecoutons cette ouverture Les Esclaves heureux composée à 13 ans seulement par Juan Crisostomos Arriaga, et  jouée  ici par l'Orchestre de Chambre du Luxembourg.

https://www.youtube.com/watch?v=pLjV9zdUlPM

Le jeune Basque composait avec acharnement et sans relâche. Son besoin de créer le tourmentait beaucoup. Il sut profiter de toutes les influences musicales : à la fois l'héritage classique porté par Mozart et Haydn, le début du romantisme allemand initié par Beethoven et la musique lyrique de Rossini.

 Juan Crisostomos Arriaga avait donc pour son âge une connaissance tout à fait remarquable des courants artistiques et des productions des compositeurs du passé et de ses contemporains. Durant son séjour à Paris et jusqu'à sa mort, Arriaga composera des œuvres dramatiques, quelques pièces liturgiques, trois sublimes quatuors à cordes qui font preuve d'une subtile influence schubertienne, publiés à Paris en 1824 et dédicacés à son père. 

Il composera également une magnifique symphonie en ré mineur qui fut créée au conservatoire de Paris lors des concerts donnés régulièrement par l'orchestre formé des élèves et professeurs et qui est sans doute son œuvre la plus marquante.

On y retrouve toutes les qualités du jeune musicien, la maîtrise de la construction et de l'orchestration. Cette symphonie est incontestablement la marque d'un grand compositeur. En voici le final :

https://www.youtube.com/watch?v=3HBdkXckS8E

Le surmenage que s'imposait Arriaga eut raison de sa santé fragile. Il mourut dix jours avant son vingtième anniversaire. Son aptitude à vaincre les difficultés techniques lui permit de réaliser, au cours de sa brève existence une œuvre à la fois solide et inspirée et on ne peut que spéculer sur ce que ce génie aurait pu composer s'il avait vécu ne serait-ce que 35 ans comme Mozart.

Bilbao a donné le nom de Arriaga à son Conservatoire et à l'un de ses théâtres. 

Le 13 août 1933 fut inauguré un monument commémoratif réalisé par le sculpteur Francisco Durrio.

NDLR. à propos du dessin d'Arriaga reproduit ci-dessous : nous sommes le 20 novembre 1817 à Bilbao. C’est la date inscrite sur un dessin à l’encre de chine figurant un grand salon orné d’un lustre et de tableaux. Le long de chaque mur, une rangée de chaises avec des spectateurs et au milieu de la salle, une dame de qualité assise à un piano-forte et entourée de quelques gentilshommes. Lui faisant face, un quatuor de jeunes musiciens assis à leurs pupitres. Ce dessin parvenu jusqu’à nous est l’œuvre d’un garçon de 11 ans qui se trouve lui-même parmi les jeunes exécutants : il joue du violon, c’est Juanito, autrement dit Juan Crisóstomo Jacobo, Antonio de Arriaga y Balzola. La maîtresse de maison est Dona Luisa Torres y Urquijo, mélomane avertie et pianiste délicate comme il est indiqué au revers du dessin.

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Un dessin d'Arriaga à l'âge de 11 ans ©
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