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Musique de la Semaine
Raoul Laparra, un compositeur bascophone injustement oublié
Raoul Laparra, un compositeur bascophone injustement oublié

| Yves Bouillier

Raoul Laparra, un compositeur bascophone injustement oublié

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Raoul Laparra, 1931 ©
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Partition des "Rythmes espagnols" de Raoul Laparra ©
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Avec Henri Collet et Edouard Lalo,Raoul Laparra est l’un des compositeurs les plus importants de l’hispanisme français.

Né à Bordeaux le 13 mai 1876, d’ascendance basque, Raoul Laparra est mort lors de bombardements pendant la 2de guerre, il y a tout juste 78 ans, le 4 avril 1943.

Il commence l'apprentissage de la musique très tôt. A l'âge de 9 ans, déjà virtuose, il donne son premier concert au piano, et entre très jeune au Conservatoire de Paris, où il devient entre autres, l'élève de Luis Diémer, Jules Massenet et Gabriel Fauré.

En 1903, avec sa cantate Alyssa, Raoul Laparra obtient le 1er grand prix de Rome de composition devant Maurice Ravel, ce dernier ne figurant d'ailleurs pas sur le podium cette année-là. Notons que le frère aîné de Raoul, William Laparra décrocha la même distinction en tant que peintre quatre ans auparavant.

Parmi les sources d'inspirations de ces 300 compositions, on peut noter que les accents et les couleurs espagnoles et basques constituent le socle granitique de sa musique. Les titres de ses œuvres témoignent d 'ailleurs de son inspiration du folklore local : Danses basques (suite d'orchestre), Rythmes espagnols pour piano solo, Un dimanche basque pour orchestre, Lettre à une espagnole (mélodie chantée) ...

 Son attachement au folklore le mènera jusqu'à composer des mélodies totalement inspirées de vieilles chansons basques.

https://www.youtube.com/watch?v=U9SPwUz-wKk

Le répertoire lyrique représente la colonne vertébrale de son geste compositionnel :  hormis la cantate Alyssa, il compose sept autres œuvres lyriques entre 1899 et 1931. On note son premier opéra intitulé Peau d'Âne qui sera créé à Bordeaux en 1899, mais c 'est avec Habanera, opéra donné en 1908 à l'Opéra- Comique puis à Londres et à Boston que le compositeur gagne sa notoriété. Il est très à l'aise dans l'écriture de ses opéras dans lesquels il sait parfaitement marier puissance dramatique et sensibilité, intensité et douces émotions. 

https://www.youtube.com/watch?v=XHr3CvJOy2A

Viennent ensuite Amphitryon, comédie lyrique d'après la comédie de Molière, créée en 1905, la Jota (1911) et Le Joueur de viole (1925) deux opéras donnés à l'Opéra-Comique également. Il compose enfin Los Toreras, pièce en un acte, suivie d'un ballet d'après une œuvre de Tirso de Molina créée à Lille en 1929 et L'illustre Frégona qui fut un immense succès en 1931 à l'Opéra de Paris.

Pour la plupart de ces opéras, Laparra écrit lui-même les livrets et s'impliquent comme peu de compositeurs le font dans tous les paramètres de la réalisation d'un opéra ; la mise en scène, les décors, les costumes, les lumières...

Il compose de nombreuses mélodies s'inspirant bien souvent sur des poésies très anciennes du XVème d 'auteurs inconnus, et d 'autres tirées de poésies de Charles d'Orléans ou d'Olivier Basselin poète populaire normand du XVème siècle également. Il compose aussi quelques pièces de musique de chambre comme une sonate pour violon et un quatuor à cordes.

Laparra a été critique dans les journaux Le matin et Le Ménestrel et fut d 'autre part connu et apprécié pour ses ouvrages sur l'Espagne et sur Georges Bizet pour lequel il ressentait une immense admiration mais c 'est bien pour ses compositions qu'il fut reconnu en France en son temps.

Il est très attaché au Pays Basque en général et à Ciboure en particulier, puisqu’il garde la maison familiale située sur les hauteurs de Borgadain. C 'est d'ailleurs là qu'il écrit la plus grande partie de son opéra Habanera. Notons également, que dans les années 30, Raoul Laparra et Maurice Ravel se côtoient et se reçoivent. Les deux hommes s 'appréciaient mutuellement et se parlaient souvent en basque.


Le 4 avril 1943, à Boulogne-Billancourt, Laparra est tué par des bombardements, alors qu'il se trouvait à l'hôpital. Voici ce que l'on peut lire dans le journal Le Petit Parisien du 8 avril 1943 : 
"Une bombe a tué, dimanche, Raoul Laparra dans une clinique où il était en traitement, mettant ainsi brutalement en deuil la musique française.
Laparra était un des compositeurs qui ont marqué le plus vigoureusement notre théâtre lyrique contemporain. Né à Bordeaux le 13 mai 1876, de famille bordelaise, ayant deux frères : l'aîné William, peintre de talent puissant, mort prématurément ; le cadet, violoniste, qui fait actuellement partie de l'Orchestre national, Raoul Laparra, Grand Prix de Rome à vingt-sept ans, avait le tempérament, les aspirations, l'aspect d'un homme du Midi. Du sang maure devait bien certainement couler dans les veines de cet artiste ardent à l'expression directe, généreux, étranger par ailleurs aux cénacles et aux modes, et qui a consacré à la péninsule ibérique – si l'on excepte le Joueur de viole – la plus significative partie de son œuvre.
Laparra était vraiment l'unique auteur de son œuvre. Il en écrivit les livrets, en prévoyait les décors, en esquissait les costumes, estimant qu'aucun de ces éléments n'avait d'importance moindre, concourant au même but, avec des moyens différents, mais se rejoignant, se complétant.
Il disparaît atrocement, injustement, trop tôt."

Raoul Laparra fait incontestablement partie de ces musiciens français originaux et inclassables, qui restent encore inexplicablement sous-estimés, et qu’il serait urgent de découvrir. 

https://www.youtube.com/watch?v=B7liLIjRuqo

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