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Tradition
Le Sacré-Coeur de Montmartre a cent ans © DR - Le Sacré-Coeur de Montmartre

| François-Xavier Esponde

Le Sacré-Coeur de Montmartre a cent ans

Visité chaque année par onze millions de visiteurs-pèlerins venus du monde entier, Montmartre et sa célèbre Basilique du Sacré-Coeur a cent ans en ce mois d’octobre 2019. Sait-on seulement les liens qui unissent ce monument à la côte basque ? Il s’agit du grand orgue de la Basilique qui est unanimement considéré comme l’un des plus remarquables de Paris, de France ou d’Europe. Construit en 1898, c’était le dernier grand instrument de l’illustre facteur d’orgue Aristide Cavaillé-Coll construit à l’origine sur une commande du baron de L’Espée qui l’avait commandé pour son château d'Ilbarritz à Bidart ! Il avait désiré ce qui pouvait se faire de mieux à l’époque, et n’avait pas regardé à la dépense. Le baron revendit ce premier orgue (il le remplaça par un second instrument, construit cette fois par Charles Mutin, le successeur de Cavaillé) et la basilique fit l’acquisition du premier orgue d’Ilbarritz en 1919. De cette basilique, François-Xavier Esponde nous révèle maintenant l’histoire et la portée spirituelle. ALC

La basilique du Sacré-Coeur domine Paris et invite à la marche pour accéder à ce lieu historique de la capitale française. Sa pierre blanche provenant de Château Landon blanchit au contact de la pluie et donne à l’édifice une couleur singulière que l’on admire sous la lumière céleste, comme une merveille.

Mais l’histoire du lieu est douloureuse. Elle rappelle le XIXème siècle et la défaite française contre la Prusse à Sedan où l’Empereur Napoléon III est fait prisonnier.L’infamie nationale et, pour les croyants, une histoire doublée par les tensions en Italie entre le Gouvernement et les Etats Pontificaux confisqués pour assurer l’unification nationale.

Et pour ajouter à ces épreuves, es prémices de la Commune de Paris qui entraîna l’insurrection sociale et la guerre civile entre Français. Après 1789, 1830 et 1848, la France est en effervescence à nouveau.

Pourtant malgré ces menaces déjà prévisibles, deux français, Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury, nourrissent « le projet de construire à Paris une église pour sauver la France de ses malheurs et manifester leur confiance en Dieu, dans les épreuves du temps présent ».

On pense à plusieurs lieux pour fixer l’édifice, tels que l’Opéra ou le Trocadéro, mais le choix de Montmartre s’impose en 1872.Le lieu domine Paris et rappelle le souvenir des premiers chrétiens martyrisés au IIIème siècle en cet endroit historique : selon ses promoteurs, « le projet ambitionne d’unir l’amour de la patrie et celui de l’Eternel et de son Eglise ».

Un concours des architectes est ouvert pour ce projet. Six architectes Grands Prix de Rome et 78 équipes proposent leurs esquisses. Est retenu celui de Paul Abadie, un disciple de Viollet-le-Duc.

Visionnaire, le modèle propose « de réunir et de fusionner l’Orient et l’Occident chrétiens ». Une nouveauté totalement inédite pour ce monument qui retourne aux origines de la foi en ses racines orientales authentiquement chrétiennes, et renonce au style néo-gothique en usage chez les constructeurs d’églises en France.

Sur la colline de Montmartre le chantier est colossal : après avoir creusé plus de 83 puits d’exploration de plus de 33 mètres pour accéder à une roche très résistante, on fit d’abord une sous-crypte, puis une crypte au-dessus et l’actuelle vaste basilique centenaire où se réunissent les pèlerins et les visiteurs par millions chaque année.

Le contexte national tendu entre les « républicains » d’un côté, les « royalistes » et les « papistes » de l’autre, et ce jusqu’en 1914, donnera à voir les difficultés immenses de leurs auteurs, qui bravant les résistances, menèrent la construction jusqu’à son terme.

Les Parisiens savent que les communards payèrent cher leur hostilité, en mai 1871, à Montmartre.

Les oppositions furent nombreuses, mais le projet ambitionnera de réunir les acteurs de la construction dans un esprit pacifiant et national. Or, jusqu’à aujourd’hui, les oppositions demeurent encore : il y a seulement deux ans, une proposition soumise au vote de la Ville de Paris fut refusée. On parlait de détruire cet édifice pour sauver le patrimoine historique passé de la révolution sociale de Paris. Des attitudes belliqueuses venues de divers horizons fustigeaient « le Voeu National de 1870, réitérant la culpabilité de la patrie dans la défaite contre la Prusse et le juste châtiment payé par le pays ».

Grâce à Dieu, de telles injonctions émises par les plus radicaux furent abandonnées.

La spiritualité ancrée au Sacré-Coeur de Jésus, au coeur même de la capitale, remplaça progressivement les rancoeurs et les tensions du passé entre Montmartre la rouge, Montmartre la royaliste, Montmartre la républicaine, pour endosser la parure du Sacré Coeur de Jésus, aimante et pacifiante, des passions historiques d’un passé encore brûlant des flammèches du temps qui va.

Ainsi va l’histoire de Paris en ce temps du centenaire où les expositions, les conférences, les illuminations du site pendant une année sainte attireront à partir de novembre la foule des pèlerins et des visiteurs jusqu’en 2020. Certains se demandent déjà si le pape François viendrait en France à cette occasion ?Etant attendu par les Français de diverses sensibilités, l’espoir de cette marche pèlerine parisienne constitue un horizon de foi partagée après l’incendie de Notre-Dame de Paris et l’épreuve nationale de sa fermeture, vécue comme un drame national dans tout le pays. Le Jubilé ouvert ce 20 octobre proposera des rencontres par familles de pensée et d’origine, chrétiens d’Orient, le monde de la santé, de l’éducation, des familles, des enfants, du droit et des juristes... Une année bien remplie ajoutée aux activités habituées du site, espace de recueillement et de silence !

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