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Tradition
Le chanoine Pierre Narbaitz, 1910-1984
Le chanoine Pierre Narbaitz, 1910-1984

| François-Xavier Esponde

Le chanoine Pierre Narbaitz, 1910-1984

1 - Une plume, une création, un pionnier de la liturgie en basque.

Pierre Narbaitz naquit le 25 mars 1910 à Ascarat et mourut le 16 août 1984 à Cambo.
En 2010, lors du centenaire de sa naissance, l’Académie basque lui rendit un hommage pour son œuvre littéraire, et la place qu’il a tenue dans la vie culturelle du Pays Basque.
Comme beaucoup d’enfants de son âge, il accomplira sa scolarité de 1923 à 1926 chez les moines de Belloc, en vertu des accords passés entre les bénédictins et l’évêque de Bayonne pour recevoir les séminaristes de l’époque.
On le retrouvera à Ustaritz en 1926 jusqu’en 1928 dans un petit séminaire flambant neuf dont la construction faisait le bonheur du diocèse désormais acquis à cette maison Saint-François-Xavier d’heureuse mémoire.
Bayonne sera l’étape suivante de sa formation, de 1928 à 1934, en vue du sacerdoce. Le jeune prêtre poursuivra ensuite ses études à l’Institut Catholique de Toulouse de 1935 à 1938.
Pierre Narbaitz a la fièvre de la création en basque inaugurée par la rédaction de Elizako liburua en 1946, édité en basque en Belgique (1961).

Le jeune et séduisant aumônier de l’ACGF anime alors le cercle de l’Action Catholique des femmes du Pays Basque et sa revue « Etchea », toujours en basque, est le fruit de son labeur.
En 1954, il publie « Kattalinen gogoetak » avec la complicité de Luis Villasante, franciscain d’Aranzazu avec qui il entretient une amitié personnelle et littéraire durable. Ce livre passera la frontière et sera édité en Euskadi.
Suivront Xaramela et les cantiques basques, œuvre d’un auteur-musicien qui compose et harmonise ces chants religieux inspirés de mélodies profanes et qui trouvent dans la liturgie leur fonction culturelle et spirituelle.
La revue « Gure Herria » publie des articles de Pierre Narbaitz, plusieurs plumes ecclésiastiques assurent le déroulé régulier des éditions de la revue reconnue et assurée d’un public acquis à sa fonction culturelle.
L’auteur publie un nouveau missel pour enfants en 1961-62 sous le titre - complémentaire du premier - de « Elizako liburua ».

L’homme est entreprenant et le travail intellectuel motive ses engagements.
Il deviendra Correspondant de l’Académie basque en poursuivant ses créations comme « San Frantzez jazukoa » paru en 1966 à Saint-Sébastien.
En 1967, paraîtra une biographie de Michel Garicoitz, reprise d’un premier essai revu et corrigéé de cette vie qui l’intéressait au premier niveau.
Le prosateur, est aussi historien dans l’âme avec « Le Matin Basque » paru en 1975 à Paris et un second livre « Un orfèvre basque, Maurice Ravel » édité à Anglet..
Ses origines navarraises trahissent ses admirations en écrivant « Quand les basques avaient des rois », et le célèbre « Orria, ou le chemin historique de Roncevaux » qu’il étudiera dans ses sources chrétiennes et ses traductions musulmanes venues de l’arabe.
En 1978-79, il participera à l’édition de « Historia del Pueblo vasco » à Saint Sébastien comme collaborateur d’une équipe rédactionnellee.
La culture basque n’avait pas de frontière pour l’auteur qui n’hésitait pas à user du français, de l’espagnol et du basque pour ses publications. Sa formation d’étudiant et sa faculté de lire et traduire les textes en latin le conduisent souvent dans les Archives de la Navarre où ses visites sont nombreuses pour consulter les documents originaux conservés admirablement dans les institutions de Pampelune.

Pierre Narbaitz utilisa les moyens de la communication de son temps, radio, presse, journaux et télévision.
Il reçut le Prix de l’Académie Française pour « Le Matin Basque », et de l’Institut culturel du Pays Basque une anthologie posthume lors du centenaire de sa naissance en 2010 pour ses travaux menés en plus de ses missions ecclésiastiques comme vicaire général du diocèse de Bayonne.

Dans son travail de 800 pages tiré à 10 000 exemplaires en Belgique, et vendu à 7000, Pierre Narbaitz ne cache pas sa fierté d’avoir réalisé avec une équipe de prêtres et de chrétiens, le premier missel en basque « Elizako liburua » pour les fidèles, sous le regard de Orriako Ama Birjina à qui il voua sa vie selon une dévotion personnelle.

2 – Le Missel Basque des fidèles,  de Pierre Narbaitz

Son introduction en basque est savoureuse. Pré-conciliaire en 1961 et annonce “la Réforme Narbaitz” dans le diocèse,  telle que donnée par quelques confrères sur les évolutions liturgiques en vue des langues vernaculaires auxquelles l’euskara apporte sa particularité.

Huna Eskualdunen Elizako Liburua, Mendiz hunaindian sekulan agertu ez dena.
Anhitzek aspaldian holako bat nahi zuten: ez sobera lodia, bainan aski joria, egungo eginean girichtino argituen eskuetan Elizak ikusi nahi lukeena.
Segur othoitza gogoz eta bihotzez egiten da, ez begiez eta ahoz. Bainan gogo-bihotzak nola haz ditazke begiak ez badira nunbeit alhatzen ?
Eta luzarat zer indar duke gogoak gogoan dena ez badu ahoak gora aipatzen eta errepikatzen.
Huna Elizako Liburua, eskualdun girichtino kartzuen heinekoa.
Huna egun guzietako meza : othoitz baliosagorik eta beharragorik nun da ?
Hemen kausituko da bere achal eta mami guriarekin.
Bainan huna ere igande gurietako eta besta larrienetako Mezak, bakotchari doazkoten othoitz, irakurtze eta kantu bereziekin.
Garizumaren ontsa baliatzeko, huna egun guzietako othoitz eta irakurgaiak.
Bertze egunetako, huna ardurenean Saindu baten ohoretan emaiten diren Mezako othoitz eta kantuak.
Ez ditugu ahantzi Bezperak, igandetakoak eta bertze beharren guziak :  agian baliatuko dituzte Ezkualdunek laudorio paregabe horiek !
Huna eliza gehienetan erraiten edo kantatzen diren bertze othoitzak.
Eta lehen aldikotz, huna Bataioa eta bertze Sakramendu zonbait. Hor ere zer ontasunak orai artean ikertzen ez ginituenak !
Eta horiek oro, ala eskuaraz, ala latinez : eskuara, Ezkualdunen mintzaira ; latina, Elizaren mintzaira. Biak ditzagun ikas, begira, balia.
Azken urte hotan, Elizak galdegina dauku lot gaiten lehen lehenik Elizaren  othoitzari : othhoitz horrri bethi-eta gehiago lot zadin euzkuakdun jendea, behar zen liburu bat.
Huna Liburu hori, apez multcho batek maldatua : ezkerrak orori.
Agian lagunduko du Eskualdun fedea, gazteetan bereziki, argi eta azkar egoiten !

Nous sommes en 1961, Pierre Lopez de la Vega, supérieur considéré de la maison des missionnaires vient de disparaître, mais son travail se poursuit grâce à ses nombreux collaborateurs basques exercés à la parole missionnaire.
On ne doute pas de la faculté de traduire, transmettre et diffuser par l’euskara la Bonne Nouvelle évangélique. Car, la langue basque n’est nullement un obstacle, un handicap ou une entrave, bien le contraire.
Pierre Narbaitz en fera le métier tissé de son travail sur des décennies suivantes. Une poignée de pionniers des deux rives des Pyrénées travaillent déjà ensemble. Luis Villasante, président de l’Académie Basque, franciscain à Arantzazu vit au coeur d’une bibliothèque référencée comme un trésor de la culture basque et de l’Eglise.
Pierre Narbaitz et Luis Villasante avaient compris le bénéfice partagé à tous deux d’une collaboration liturgique commune en faveur de l’Eglise et du basque, outil vernaculaire des échanges du futur.
Soixante années plus tard, en avons-nous la même perception ?
Y sommes-nous attachés encore avec la ferveur de ces pionniers, aventuriers d’un projet dont les fruits satisferont encore des promesses prochaines ?

« Eskualdun – Fededun », disait Pierre Narbaitz en ces années “de fièvre conciliaire”, et la question demeure encore pour les générations présentes, confrontées à une charge culturelle euzkaltzale en hausse, et sa modeste résonnance dans la sensibilité d’une jeunesse qui a oublié le travail de ces prêtres en faveur du basque et de sa diffusion en Euzkadi. Ez  ahanztekoa !

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Jean Christophe AURNAGUE | 01/08/2020 06:19

J’ai le souvenir de ses prêches enflammées d’une grande éloquence, avec un talent d’orateur hors pair ! Il y avait chez ce prelat un charisme d’artiste sensible à l’authenticité des arts et des personnes mais tout le monde clérical n’a pas cette même finesse , et c’est dommage

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