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Tradition
La prière des heures © Livre d'heures à l'usage de Bourges (vers 1480) enluminé par Jean Colombe -DR

| François-Xavier Esponde

La prière des heures

Un exemplaire de bréviaires liturgiques anciens est conservé au Metropololitan Museum of Art de New York réalisé par Simon Berning aux XVème-XVIème siècles. Il s’agit d’un recueil de prières qui permet de marquer les heures de la journée.

Comment comprendre le temps qui passe dans la traduction chrétienne de ce rythme imparable, qui va ?

Les expressions empruntées à la bible, “un temps pour tout”, “l’heure est venue”, “sept jours et quarante ans”, “mille ans”, “les siècles des siècles” sont dans le langage commun des hommes mais n’ont plus le sens que pouvait lui donner l’auteur biblique situé dans son temps.

Pour la tradition chrétienne, la clé de l’histoire humaine est en Jésus Christ - alpha et oméga de toute histoire -, point de départ et d’arrivée du chemin accompli par le Fils de Dieu fait homme, inscrit dans les Ecritures et dans la Révélation.

Les chrétiens, fidèles en cela à la foi messianique juive, attendent la parousie pour jouir pleinement de l’éternité divine...

Par la liturgie chrétienne en ses multiples variables, ce temps a un sens et une destinée, il n’obéit donc pas seulement au cycle des saisons et au mouvement de la terre et du Soleil.

En cela l’homme est invité à faire de son mieux pour gagner l’Eternité de sa vie.

Rythmés en an, jour et heure, le temps des hommes est inséparable du témoignage biblique de la Révélation offerte par Dieu.

Le temps inscrit dans notre système de calcul de l’Anno Domini ou année supposée de la naissance de Jésus, est le préambule de l’ère chrétienne dans notre histoire.

Les historiens rappellent que l’approche biblique du temps est dès lors sabbatique axée sur la sanctification de ce temps. L’homme est guidé vers la vie éternelle en participant au “Jour que fit le Seigneur”. (Psaume 117,24). En offrant le temps qui passe dans notre propre vie, le chrétien se conforme à celle du Christ qui fit de même, se donnant à Dieu qui habita notre temps et permit  de l’enrichir de sa sainteté.

La liturgie a dès lors cette mission d’éterniser le temps, “là même où le temps est infini tant qu’il n’est pas fini” et guide vers la destinée de ce temps à venir.

Les comparaisons  viennent à illustrer ce rapport du fini et de l’infini, “le temps des chrétiens est un temps intermédiaire entre ombre et réalité, suivant un cycle liturgique qui marque les signes de cet accompagnement qui conduit le temps dans les mains de Dieu.

A la différence de religions et de cultes muthologiques plus antiques, la Bible ne donne au temps un sens surnaturel ou sacré, ce temps traversé par l’expérience de la liberté humaine faite de fidélité et d’infidélité est incarné par l’homme dans sa nature et dans son histoire.

Experte en humanité, disait-on jadis à propos de l’Eglise, elle organise le cycle liturgique des 365 jours de l’année autour de deux pôles majeurs : Noël et Pâques. Ces deux facettes de l’année déploient le mystère de la révélation du Ressuscité. Pâques est célébré le dimanche qui suit la première pleine lune de l’équinoxe du printemps, quand le jour cyclique prend le dessus sur la nuit. La décision fut prise lors du Concile de Nicée en 325.
Ce choix judicieux harmonisait ainsi l’unité du temps déterminé par la conjonction du cosmos et de l’histoire des hommes. Le génial profil des calendriers solaire et lunaire demeurent de ce point de vue une prouesse de l’esprit des hommes qui se rencontrent dans l’histoire d’Israël  et dans le destin de Jésus.

Noël prenant sa forme au IIIème siècle par la fête de la naissance de Jésus. Il s’agissait de célébrer par la liturgie le lever du véritable soleil de l’Histoire nouvelle, et la lumière du monde,

le 25 décembre étant un choix réfléchi neuf mois après l’annonciation de la naissance de Yeshua – ce Dieu qui sauve les hommes.

Le livre des heures est encore accompagné au quotidien par le bréviaire des fidèles, plus simple que celui des moines, mais bien le même en résumé. Psaumes, laudes, vêpres, hymnes montrent la diversité et la richesse liturgique des traditions du temps passé.

Reprises dans les conservatoires par les sections musicales spécialisées, retrouvées dans des fonds d’archives de monastères et de couvents, ces fortunes heureuses de la création des auteurs liturgiques connaissent le mouvement du flux et du reflux des modes, des saisons, des goûts et des aversions des fidèles à leur sujet.

La prière des Heures vient habiter la vie des priants de tous âges, origines et sensibilités. Psalmodiée, livrée au chuchotement ou à la prouesse vocale, la voix humaine et la musique des signes sonores invitent au mystère de l’indicible du temps divin qui va.

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