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Tradition
La langue basque, entre richesse et enjeux
La langue basque, entre richesse et enjeux

| Louis d'Arcangues

La langue basque, entre richesse et enjeux

Si le basque connaît aujourd’hui un essor conséquent, notamment par l’augmentation de son nombre de locuteurs mais aussi grâce à l’enseignement dans les Ikastolak et les écoles bilingues, des menaces demeurent quant à la préservation de certains dialectes, témoignant de la grande diversité de cette langue si unique. 

Si le Batua (basque unifié) est un moyen efficace de préserver l’unité et l’intégrité du basque, et d’en faciliter l’usage dans la population, il est aussi le chemin vers une uniformisation pouvant entraîner la perte de certaines particularités qui font toute la singularité de cette langue, considérée comme la plus ancienne d’Europe. 

Le roncalais , dialecte ou langue-souche ? 

C’est à la fin du XXème siècle que s’est éteinte Fidela Bernat (1898-1991), dernière locutrice du Roncalais (en basque, erronkariera ou erronkariko), emportant avec elle un dialecte unique de cette langue dont il reste des archives sonores enregistrées par des linguistes. 
En 1970 il ne restait plus que cinq personnes sachant parler le basque de Roncal.

Originaire de la vallée enclavée de Roncal, la plus orientale des vallées de Navarre, constituée de huit villages (Bidangoz, Burgui, Isaba, Roncal, Urzaingui, Ustarrotz, Garde) et très réputée pour son fromage de brebis AOP et sa liqueur de mûre, ce parler était couramment utilisé jusqu’à la fin du XIXème siècle. 

Mais sa disparition s’accéléra à partir de 1876 après les guerres carlistes en raison de la perte des « fueros » (privilèges), des restrictions, voire de l’interdiction de l'euskera, de la relative isolation et de la diminution constante de sa population (303 habitants en 2020) malgré les efforts pour y développer le tourisme rural.

Les premières traces écrites en basque de Roncal apparaissent en 1569 dans un document relatif à une affaire de sorcellerie dans le village de Burgui.
Grâce aux efforts des linguistes Mariano et Bernardo Estornés Lasa qui passèrent leur enfance à Roncal, Koldo Mitxelena (1915-1987) et Juan San Martín (1922-2005), le roncalais a pu être sauvegardé et archivé, mais il n’est plus pratiqué de nos jours. 

Alors que le linguiste et philologue Louis Lucien Bonaparte (1813-1891) avait classé le Roncalais comme un sous-dialecte du souletin, Resurrección María de Azkue (1864-1951), président de l'Académie Royale de la Langue Basque, soutenait qu’il s’agissait d’une forme « originelle » du basque et non d’un patois. 

Les caractéristiques grammaticales et les variations phonétiques et orthographiques du roncalais sont uniques, si bien que cette langue est sans aucun doute la plus archaïque « de tous les basques », à tel point qu’on pourrait penser que le basque aurait pu apparaître au sein de cette verdoyante vallée.

Quelques mots en roncalais, en basque unifié et en français : 
Neskeneguna ; Larunbata ; Samedi 
Onki xin ; Ongi etorri    ; Bienvenue 
Bortz ; Bost ; Cinq 
Orena ; Ordua ; Heure 

Le salacenco et l’aezconao, des langues de vallées au bord de l’extinction 

La diversité basque est aussi surprenante que méconnue. En effet Roncal n’était pas la seule localité si isolée à disposer de son dialecte. 
Toujours en Navarre, les vallées d’Aezcoa et de Salazar sont d’autres exemples de ce phénomène d’isolement conduisant à l’avènement de sous-dialectes. 
L’aezcoano ou aezkoano est un sous-dialecte de l'euskera, typique de la vallée d'Aezcoa. Selon les linguistes, il serait un mélange entre le haut-navarrais et le bas-navarrais. 
Cette variante du Basque a failli connaître le même sort que le roncalais. Mais depuis quelques années, des jeunes ont pris l’initiative de sauvegarder l’aezconao en organisant régulièrement des rencontres avec leur aînés afin que se transmette cette tradition linguistique totalement unique, résultat de siècles d’évolution. 
Cependant, le défi de conserver cet héritage vivant demeure compliqué car on y compte actuellement moins d’une centaine de locuteurs. 

Parlé dans la Vallée de Salazar, également en Navarre, le salaceno (en basque zaraitzuera), est un autre sous-dialecte du bas-navarrais. Ce parler présente davantage de similitudes avec le souletin et le roncalais que l’aezconao, tout en restant majoritairement influencé par le navarrais. 
Le salaceno n’a pas connu le même sort que l’aezcoano. En effet, dans la vallée du Salazar, l’espagnol à totalement remplacé le basque, suite aux guerres carlistes. 
Mais depuis quelques années des efforts sont entrepris dans le but de restaurer le basque via le basque unifié. 
Par ailleurs, certains basquisants sont allés plus loin en récupérant les fragments de salaceno issus de textes religieux et folkloriques, mais aussi grâce aux très rares locuteurs ayant conservé ce fragile patrimoine. 
Alors que le salaceno et l’aezkoano sont des sous-dialectes, il est important de rappeler que le roncalais pourrait être, selon certaines théories, la forme la plus ancienne du basque, ce qui explique sa place controversée en tant que patois. 

Le souletin, pari relevé, dialecte sauvé !

Présentant des particularités linguistiques et phonétiques uniques, notamment par l’emploi du ü à la française, le souletin est parlé uniquement en Soule, la plus petite des sept régions historiques du Pays Basque. Cette variante orientale partage un grand nombre de similitudes avec le roncalais, du fait que leurs deux territoires sont limitrophes. 
Actuellement, on recense 8000 bascophones en Soule, soit la moitié de la population. 
Or, la vulnérabilité économique de cette région est la cause d’un exode rural important. Pendant longtemps, le sort du basque souletin resta critique : en effet tous ces facteurs, couplés à l’instauration du batua, ont menacé l’existence de ce parler oriental. 
Mais depuis quelques années, des associations culturelles animées par des jeunes ont permis au souletin de se maintenir, au côté du basque unifié.

Légende : la classification du basque par Koldo Zuazo en tenant compte de tous les dialectes

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Alan Abeberry | 01/06/2020 06:52

Mila esker pour les renseignements : pour défendre une langue en voie d'exinctiin, il est temps que le basque s'infiltre parmi les français et françaises... Ok ? Ahahahahaha ura gure bizia!

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