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Nos disparus
Il y a dix ans : le Dr Jean Grenet honorait Vincent Ducourau, conservateur du Musée Bonnat
Il y a dix ans : le Dr Jean Grenet honorait Vincent Ducourau, conservateur du Musée Bonnat

| Alexandre de La Cerda

Il y a dix ans : le Dr Jean Grenet honorait Vincent Ducourau, conservateur du Musée Bonnat

 A propos du Dr Jean Grenet dont les obsèques sont célébrées ce vendredi à la cathédrale de Bayonne, je me souviens d'une autre disparition qui avait privé ses amis d'une chère présence et d'une action talentueuse au service du Musée Bonnat et des Arts en général : celle de son conservateur Vincent Ducourau que le maire de Bayonne avait honoré il y a une dizaine d'années. Voici ce que j'avais écrit en mars 2011 dans ma page "Bloc-Notes" de l'hebdomadaire régional : 

De la patience, du goût et de la passion

Le lecteur finira par croire que ce bloc-notes est dédié à une espèce d’annales des anciens acteurs méritants de la culture régionale, telle une réédition du « Cercle des poètes disparus »… Pourtant, la remise - un brin tardive - de la médaille de la Ville de Bayonne à Vincent Ducourau, conservateur du musée Bonnat jusqu'à l’été dernier, est d’une autre envergure ! Il était temps que la municipalité rendît hommage à 35 ans d’activité au service d’une institution culturelle qui fait honneur à Bayonne et dont la renommée a franchi depuis longtemps les limites du pays.

Ce séduisant (et toujours jeune, malgré les années) Dacquois aux ascendances maternelles d’Uhart-Cize - son père était le cousin du poète basque Xavier Diharce « Iratzeder » - se souvient de sa première année au Musée Bonnat après des études universitaires d’histoire de l’art à Paris : « l’accès au métier de conservateur était alors plus ouvert et je succédai à Paul Bazé, un peintre comme le souhaitait Léon Bonnat, et un ancien premier grand prix de Rome, qui vivait à Bayonne ». Après avoir parfait sa formation au Cabinet des dessins du Louvre, voilà notre jeune conservateur qui débute au musée avec « une exposition de dessins de Michel-Ange prêtés exceptionnellement par le Louvre, mais qui est passée presque inaperçue ! » En 1975, comme actuellement, d’ailleurs, ce musée municipal au statut particulier - car l’Etat s’est toujours intéressé de près aux collections réunies par Bonnat et Personnaz - devait fermer le temps d’une rénovation de fond en comble que Vincent Ducourau sut mener brillamment, « avec l’aide de son épouse Colette », précise-t-il, « qui suppléait à l’absence de secrétariat et de documentation à l’époque ».

Parmi les cinq à six expositions annuelles organisées sous son égide, il gardera le souvenir de « Picasso et la tauromachie » qui accompagna le centenaire des Arènes de Bayonne, et le merveilleux « Eloge d’un Collectionneur » qui permit de montrer à Bayonne un florilège de la peinture française du XVIIe siècle, rarement présentée, en particulier des portraits de Philippe de Champaigne. Et en guise d’anecdote, Vincent Ducourau se souvient encore de l’exposition d’art contemporain qui vit du tissu rayé commun composant une « œuvre » de Buren être mis à la poubelle comme reste d’emballage par des femmes de ménage en veine de propreté avant le vernissage : « L’artiste s’en amusa en recommandant de racheter de ce tissu dans une chiffonnerie locale » !

Et, parmi ses regrets, le fait de n’avoir pu résoudre l’interdiction de sortie des œuvres accompagnant le legs de Bonnat : « On a du mal à se faire prêter des tableaux quand il n’y a pas de réciproque. Un exceptionnel hommage à Bonnat n’a pu se faire ainsi à New-York et à Dallas. Ce défi devra être relevé par la nouvelle conservation, c’est un beau chantier qui en vaut la peine »

En attendant, on retrouvera avec plaisir la voix chaude de Vincent Ducourau au sein du chœur Oldarra et, sur les planches, avec son ensemble théâtral « El famous Quintette ». Mais ce qui lui tient peut-être le plus à cœur est ce cidre familial qu’il produit « en famille » à Saint-Paul-Lès-Dax : « J’ai repris la tradition de ma mère au Pays Basque, on vient de faire la mise en bouteille après le ramassage des pommes et le pressage avec les enfants » ! Les Beaux-Arts et le bien-manger ne sont-ils pas, tout comme la musique, affaire de patience, de goût et de passion ?

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Emmanuel Eymard | 26/02/2021 18:10

J avais invite Vincent Ducourau au CCF d' Alep avec sa troupe de théâtre et ses amis , il nous avait gratifié d une conférence sur la période romaine , avec son épouse, ils ont été partout en Syrie , à Palmyre, à Lattaquié Damas et au Crak des Chevaliers...je garde un souvenir ému de lui et sa brutale disparition encore plus soudaine que celle de Jean Grenet

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