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Musique
Henri Duparc, mélodiste de l'âme au destin tragique
Henri Duparc, mélodiste de l'âme au destin tragique

| Yves Bouillier 999 mots

Henri Duparc, mélodiste de l'âme au destin tragique

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Henri Duparc ©
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La Villa Florence à Monein avec le parc où Duparc brûla son opéra "La Roussalka" ©
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Il y a exactement 88 ans, Le 12 février 1933, à Mont-de-Marsan, atteint d'une neurasthénie qui le rendit aveugle et paralysé, décédait Henri Duparc, compositeur français qui dut arrêter de composer à 38 ans, en se réfugiant dans l'isolement et le silence jusqu'à 85 ans.

Né en 1848 à Paris, Henri Duparc est le fils d’Eugène Henri Fouque Duparc, ingénieur, et d’Amélie de Guaita, auteur d 'ouvrages destinés à l'initiation chrétienne des enfants. Il est aussi le petit-fils de Louis Benoît Fouques Duparc, lui-même filleul de Louis XV.

Très jeune, Henri étudie le piano et devient rapidement l'élève de César Franck. Par la suite, il suit en parallèle des études de droit et de composition.

A vingt ans, il compose ses premières pièces : une sonate pour violoncelle et piano (en partie perdue), des mélodies et Six Rêveries pour piano seul. Deux ans plus tard, il s 'approprie les vers de Baudelaire pour composer L'invitation au voyage.

Vinrent ensuite des années formidables, faites de rencontres et de voyages. Duparc se lie d'amitié avec Vincent d'Indy et Alexis de Castillon, deux anciens élèves de César Franck avec lesquels il se rend en Allemagne pour y rencontrer Richard Wagner et y découvrir sa musique. Duparc assiste donc à plusieurs concerts où seront donnés notamment les opéras l'Or du Rhin et Tristan et Isolde. Il sera également présent lors de la création de la Walkyrie le 26 juin 1870 à Munich. Le jeune compositeur français se trouvera littéralement bouleversé par cette musique : ces opéras de Wagner dans lesquels ce dernier accorde une si grande importance à la puissance de la mélodie.

Henri Duparc se rendra de nombreuses fois en Allemagne, dont deux fois à Bayreuth. Cette rencontre avec le wagnérisme aura un impact sur sa trajectoire compositionnelle. Il écrira des pièces d'une immense sensibilité au lyrisme subtil et expressif.

Ecoutons la douceur irréelle du Voyage d'hiver, où malgré une économie de moyens, Duparc suit admirablement les inflexions du texte de Baudelaire.

https://www.youtube.com/watch?v=Ck9geoxCGkc

Il côtoie également Franz Liszt et se rapproche des compositeurs français les plus en vue, tels Gabriel Fauré, Camille Saint-Saëns, Ernest Chausson et Emmanuel Chabrier, avec lesquels il organise des soirées musicales chez lui, et  fonde en 1871 la Société Nationale de Musique, association dont il fut le secrétaire (Camille Saint-Saëns en ayant été le premier président) et qui avait pour but de promouvoir la musique française et de permettre à de jeunes compositeurs de faire jouer leurs œuvres en public.

Elle fut également créée en réaction à la tendance française de favoriser la musique vocale et l'opéra au détriment de la musique instrumentale et orchestrale et pour réaffirmer la grandeur de la musique française face à la tradition germanique.

A cette période, Henri Duparc s'adonne d'ailleurs à l'écriture de pièces symphoniques ; notons la suite pour orchestre, la Suite de danses et les poèmes symphoniques Léonore, et Aux Etoiles, pièce qui fut par la suite transcrite pour violon et piano par Camille Saint-Saëns.

Mais comment ne pas regretter l'opéra La Roussalka, sans doute l'œuvre de sa vie, sur laquelle il travailla durant une dizaine d'années d'un labeur rempli de doutes, de questionnements, de découragement, et qu'il finit par détruire en jetant la partition au feu.

Le remords d'avoir détruit son opéra poursuivra Duparc pendant longtemps, en témoignent ces quelques mots :
« Dans une heure de profond découragement, un jour d’été, je suis allé allumer un grand feu dans un coin de prairie, j’y ai brûlé 10 ans de travail, pensant que – le sacrifice une fois fait – je serais peut-être moins malheureux. Je me trompais… »

Accablé par une exigence maladive et une éternelle insatisfaction, Duparc avait l'habitude de détruire systématiquement ses esquisses et ses œuvres non publiées.

Il s’est exprimé très souvent, dans ses nombreuses lettres ou articles, sur la conception de son art : « La musique inspirée par une poésie n’a de raison d’être que si elle ajoute quelque chose à cette poésie, si elle la rend plus touchante pour les âmes ; mais il y a des poésies parfaites, et qui sont tellement pleines, dirai-je, que la musique – même la plus belle, même celle que je ne peux pas faire – ne peut que les diminuer ». 

Pour lui, la musique doit être guidée et même exister par la force intérieure, la sensibilité de la mélodie qu'il considère comme l'expression de l'âme.

Il n’a cessé, du reste, d’évoquer ses conceptions, de manifester ses désaccords avec l’art moderne, en particulier l’impressionnisme musical de Debussy qu’il comprenait mal : « c’est une musique faite pour l’oreille et non pour le cœur. Mieux que cela, c’est une musique qui ne cherche qu’à chatouiller les nerfs, non à émouvoir l’âme… »

Alors qu'une maladie nerveuse s'est abattue sur lui, au prix d'un effort exceptionnel, il parvient à terminer en 1884 les 17 mélodies qui constituent l'essentiel de son œuvre, et l'on peut affirmer que Duparc réussi avec ce cycle l'union parfaite entre les mots et les sons, le texte et la musique.  La dernière, La Vie antérieure, aura occupé son esprit durant plusieurs années. 

A partir de 1885, alors âgé seulement de 38 ans, sa maladie bloque définitivement les capacités d'Henri Duparc qui arrêta définitivement de composer. Il s 'installe à Monein, au pied des Pyrénées ; il y restera une douzaine d'années pendant lesquelles il continuera à créer grâce au dessin et la peinture et sur les conseils de deux amis peintres : Henri Lerolle et Henri Harignies.

En 1906, en compagnie de Paul Claudel et de Francis Jammes, il entreprend un pèlerinage à Lourdes qui semble être un révélateur pour une dévotion religieuse.

Il sera atteint de paralysie et deviendra aveugle, il déménagera à Mont de Marsan et s'isolera dans le silence et la foi.

Bien qu'Henri Duparc n'ait composé que 28 œuvres, le cycle de ses 17 mélodies, sensibles et puissantes à la fois, suffisent à faire de lui un compositeur majeur de la fin du XIXe siècle.

Terminons ce portrait par cette magnifique et puissante mélodie, La Vie Antérieure, poème de Baudelaire et qui représente à merveille la couleur, et le geste compositionnel d' Henri Duparc.

https://www.youtube.com/watch?v=Rjn07QqfDos

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Andrée Jeanne Betouret | 12/02/2021 22:48

Je souhaiterais être en contact avec Yves Bouillier à propos de ce document sur Henri Duparc. Est-ce une conférence? Un livre? Merci beaucoup Une amie

Alexis Fouques Duparc | 14/02/2021 19:09

Merci pour ce très bel hommage. J'aimerai un jour pouvoir organiser un concert sur la rétrospective de l'œuvre de mon oncle.

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