1
Livre
Gargantua est au rendez-vous de Rabelais...
Gargantua est au rendez-vous de Rabelais...
© DR

| François-Xavier Esponde

Gargantua est au rendez-vous de Rabelais...

En ces temps de Carnaval, il sied de se rappeler les origines de notre San Pantzar d'après Rabelais : « à tous survint au corps une enflure très horrible au ventre, qui leur devenait bossu comme une grosse tonne... Lesquelz furent tous gens de bien et bons raillars, et de cette race naquit Sainct Pansard et Mardy Gras ». En 1542, François Rabelais avait publié « Pantagruel, roy des Dipsodes...» dans le texte duquel il avait inséré plusieurs passages en langue basque. « Rabelais compte toujours ses adorateurs » comme nous l’évoque opportunément François-Xavier Esponde… ALC

1 - Gargantua vient à son heure en cette période carnavalesque.

Les aventures cocasses, burlesques et parfois truculentes de Gargantua font de ce géant imaginaire un personnage, un sujet de toutes les époques.

Lorsque Grandgousier, le père du géant, s’aperçoit que son fils devient sot en étudiant sans comprendre, en apprenant sans réfléchir, il l’envoie à Paris chez un humaniste pour concilier l’éducation et le savoir, et lui enseigner la vie réelle  de l’esprit.

L’esprit du temps voulait ainsi renouveler les idées et critiquer bien des superstitions et le contenu des enseignements qui ne cessaient de se conformer aux habitudes.

Au cours d’une dispute entre les bergers de Grandgousier et des marchands de fouaces du Roi Picrochole, ce dernier attaque et pille le royaume de son voisin. Apprenant  la nouvelle, Gargantua quitte Paris pour aider son père et relever le défi.

Et le géant d’infliger une terrible défaite au roi Picrochole qu’il déchoit de sa royauté. La guerre terminée, voulant remercier frère Jean, le seul moine qui eut le courage de lutter contre les envahisseurs, Gargantua fonde pour ses usages Thélème, une abbaye où l’on dispose d’une grande liberté d’esprit : « chacun cherche à faire passer le désir de l’autre avant le sien ». La seule règle étant l’adage « fais ce que tu voudras », du vouloir accorder la liberté de chacun à celle d’autrui. Le récit ajoute la découverte d’une plaque dans les fondations de l’abbaye, comme une prophétie énigmatique inscrite en cet endroit qui fait rêver et réfléchir sur le contenu du message.

2 - Le personnage de Gargantua traverse les siècles.

Au XVIIIème siècle, Rabelais, auteur de ce personnage burlesque, est jugé bouffon et même vulgaire.

Au XIXème siècle, Gustave Doré le représente au sommet d’un temple, tel un écrivain reconnu et novateur de la Renaissance. Car les cinq livres de l’auteur représentent un seul et même roman. Leur contenu jugé satirique et paillard - avec la farce qui le traverse - fait valoir cependant un homme nouveau, éduqué, humaniste et curieux de la vie du monde de son temps. « A la recherche d’un juste milieu », au milieu des outrances et des excès en tous genres, Rabelais ouvre des voies nouvelles à l’intelligence des doctes et des suffisants qui pouvaient ajouter des savoirs et renoncer à les comprendre. A l’image d’une vie singulière : l’auteur né à Chinon, deviendra frère mineur dans un couvent avant de rejoindre l’ordre des bénédictins, puis entamer des études de médecine à Montpellier, la même année que Nostradamus.

Or, Rabelais ne manque pas d’audace. Il publie à Lyon un livre sur Hippocrate, devient médecin à Paris et publie « Pantagruel », condamné par la Sorbonne. Puis encore « Gargantua », avant d’être enfin reçu Docteur en Médecine à Montpellier.

Il publiera encore « Le tiers livre » qui sera condamné dès sa parution. Médecin auprès de son cousin Jean du Bellay au château de Saint Maur, le voilà curé de Meudon !

La parution du quart livre sera à son tour condamnée par le Parlement, puis celle du cinquième avant le décès à Paris de l’auteur de ces livres, un être atypique, original, dérangeant et intelligent.

Cet alchimiste des mots emprunte dans les diverses langues régionales, les folklores, les légendes, matière à nourrir des personnages vivants, burlesques et spontanés : Rabelais, dans sa quête « du plus haut sens » de toute vie, cherche à élever les esprits spirituellement au milieu des turpitudes, des facilités du moment présent.

3 - On voyage avec l’auteur au milieu des symboles, des connaissances astrologiques, d’une gnose ambiante, de requêtes de la kabbale, de savoirs alchimistes, de déductions numérologiques. Les géants sont donc des héros exceptionnels comme ceux de l’Antiquité. Ils existent mais ne sont pas compris.

La règle de l’Abbaye de Thélème imaginaire permet à chacun de vivre selon sa propre volonté et son libre arbitre. Rabelais cherche ainsi et propose à chacun, au-delà des apparences, du rire et des farces, « la substantifique moelle », celle qui traite des fondamentaux de la religion et du politique et va au-delà de la facétie littéraire de son auteur.

« Les moutons de Panurge » illustreront son propos. Pantagruel et Panurge naviguent vers l’ile de la dive bouteille. « Il faut boire aux sources pures de la science qui rend les hommes divins et leur livre la vérité ». Soif et vin dévoilent l’ivresse de la connaissance, comme déjà rapporté par le poète persan Omar Khayyam dans les « Roubayyat », après avoir traversé le royaume d’Entéléchie où règne la quintessence - royaume de l’absolu - Pantagruel et Panurge parviennent à  la fin du voyage initiatique au royaume de la lanterne, celui de la Lumière.

Lors des festivités carnavalesques, Rabelais et ses personnages hauts en couleur se remémorent à notre imaginaire. Personnages de la littérature française devenus classiques après avoir connu les affres de l’infâmie, ils sont si près de nous que nous en reconnaissons encore la présence à travers des sujets semblables, gourmands, avides et curieux pour chacun de leur propre vie.

 

 

Répondre à () :


Captcha
A.D. Laurent.MARTIN DESMARETZ de MAILLEBOIS | 18/01/2019 11:39

Très culturel. Je note au passage l'orthographe de "lesquelz" où le z ancestral est remplacé par la suite par le "s". C'est ainsi que retrouvant jusqu'en 1250 mes ancêtres DESMARETZ du côté de LAON au "z" remplacé pas le "s" sous LOUIS XIV par celui qui devint son Contrôleur Général, neveu de COLBERT après lui, je l'ai donc remis à sa place dans le courant des récentes années soixante dix. En linguistique, il faut toujours se fier à la plus ancienne orthographe connue qui éclaire de tout sons sens n'importe quel mot. Ici, la référence et la coïncidence avec le basque sont des plus intéressantes. Puis-je rappeler ici à ce sujet et par association d'idée le crime commis par décret maçonnique de la réécriture en MARS 2016 de 2.400 mots contre l'avis autorisé de l'Académie française, institution gardienne de la langue ?

Newsletter

Ne ratez aucune actualité !

Abonnez-vous à notre newsletter via ce formulaire.

| | Connexion | Inscription