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Livre
Focus sur la cité-jardin de la colline de Bordagain

| Anne de la Cerda

Focus sur la cité-jardin de la colline de Bordagain

Spécialiste du patrimoine de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure, l’architecte Daniel Albizu et sa collaboratrice, l’universitaire Françoise Vigier, dévoilent leur parcours architectural dans un ouvrage sur les belles demeures et autres lieux historiques du lumineux écrin de la cité-jardin de la colline de Bordagain.

Publié il y a deux ans, ce livre est actuellement redécouvert par les professionnels des villes de Ciboure et Saint-Jean-Luz "Pays d'Art et d'Histoire"qui l’utilisent régulièrement dans leurs références.

A l’origine, la colline de Bordagain, quartier de la ville de Ciboure située à l’embouchure de la Nivelle dans le Golfe de Gascogne, connut une intense urbanisation balnéaire insufflée par Napoléon III.  Celui-ci autorisa en 1861 la construction de la route maritime de Ciboure qui bouleversera le relief d’où naîtront d’immenses murs de soutènement contournant la colline jusqu’à la plage Untxin.

Perchée en son sommet, règne l’imperturbable Tour de Bordagain. Unique pour sa vue panoramique, elle servit initialement de clocher avant de devenir tour de guet faisant partie d’un système défensif au XIVème siècle. L’église du XIIème (1), reconvertie à plusieurs reprises, et sa tour, furent restaurés par l’architecte du patrimoine, membre de l’Ordre des Architectes de Bordeaux Catherine Matveieff. Ainsi dressé face aux bourrasques de l’histoire, l’édifice colmaté n’a cependant pas retrouvé sa vocation première puisqu’il accueille aujourd’hui les expositions.

Au XIXème, parallèlement à la construction par Antoine d’Abbadie de son château d’Abbadia à Hendaye, son frère Arnauld Michel d’Abbadie d’Arrast acquit les terrains sur la colline de Bordagain pour faire édifier dans un style néo-classique le manoir d’Elhorriaga qui sera remanié dans un style espagnol. La demeure fut rasée en 1985. Rebaptisée en résidence sous le nom des « Haut de Bordagain », seuls les grands arbres séculaires restent les témoins de cet ancien domaine.

Au début du XXème siècle, les terrains sont vendus. L’un des douze actionnaires de la Finafoncière, Henry Martinez, imagine vers 1929, en prévision de l’afflux d’une clientèle aisée, la future cité-jardin de Bordagain. Sur ses directives, on dessine les plans en fonction des nouvelles parcelles.

Dans les années 30, les architectes rivalisent d’invention et de modernité en construisant des belles demeures à Bordagain.

Du haut de la colline surgit la villa « Albaïcin » édifiée par l’architecte Gustave-René Orlhac et dont le nom fut inspiré d’un quartier sur une colline face à l’Alhambra de Grenade. Ornée d’un jardin dessiné par les frères Gélos, la villa rappelle la mode orientaliste des Années Folles.

Inspirées également de l’ architecture hispanique aux accents italiens avec l’utilisation de génoises sous les avant-toits et des ferronneries romaines, les villas « Belle Vista » aux proportions presque similaires à la villa « Albaïcin » et « Pasadena », du nom de la ville californienne, furent construites dans les années trente par l’architecte Hippolyte Kamenka.

Plus typiquement local, naît en 1925-30 le style néo-basque à Bordagain. Un style créé sur la Côte Basque et la Côte landaise d’Hossegor par André Pavlovsky et Henri Godbarge, suivis d’une pléiade d’architectes. Une architecture solide aux poutres de béton et aux soubassements de pierres de grès de la Rhune comme le privilégiait André Pavlovsky.

Rappelons que lors de la construction de la villa Arnaga à Cambo en 1903-1906, le style néo-basque fut  insufflé pour la première fois par Edmond Rostand lors de ses échanges épistolaires avec l’architecte Joseph-Albert Tournaire.

Dans un genre tout aussi massif, commandée par la belle-mère de l’architecte Jacque Hiriart, Caroline Signoret, dont l‘époux décédé avait fait fortune au Mexique, la villa « Leihorra » s’invite au balcon des plus belles demeures de Bordagain en 1926. Dessinée dans un style Art Déco par Jacques Hiriart qui l’entoura de jardins en terrasses, « Leihorra » qui signifie terre ferme en basque, offre une des vues les plus spectaculaires sur la baie de Saint-Jean-de-Luz, à laquelle s’ajoute l’écrin historique surplombant le Fort de Socoa de Vauban. Son classement en 1995 permit de pérenniser à jamais cet écrin unique. Acquise en 2008 par de riches et formidables entrepreneurs, Valérie et Bruno Lannes, originaires de la région. Pendant trois années de travaux très importants, 25 entreprises ont travaillé sous la direction de l’architecte des monuments historiques de l’époque Marc Voinchet. Un travail titanesque qui a rendu toute sa beauté à la villa « Leihorra », un joyau de l’architecture Art Déco face à l’Océan.

Combien d’autres villas sont encore citées dans l’ouvrage « Ciboure Architecture, belles demeures et lieux historiques de Bordagain 1854-1953 » publié chez Kilika ! Daniel Albizu, interviewé récemment par la chaîne TVPI, retracera prochainement au cours d’un reportage l'élégante cité-jardin de Bordagain. Et l’architecte de préparer un nouveau livre sur l’histoire architecturale de Ciboure.

Livre « Ciboure Architecture, belles demeures et lieux historiques de Bordagain 1854-1953 » publié chez Kilika - 132 pages avec photos couleur et noir et blanc et plans – 25€.

(1) D'après les recherches de l'historien-journaliste Alexandre de La Cerda


 

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