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Cinéma
En attendant la réouverture des cinemas : Federico Fellini, Il Maestro (1ère Partie)
En attendant la réouverture des cinemas : Federico Fellini, Il Maestro (1ère Partie)

| Jean-Louis Requena 1786 mots

En attendant la réouverture des cinemas : Federico Fellini, Il Maestro (1ère Partie)

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"Paisa" de Federico Fellini ©
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Enfance, adolescence et apprentissage (1920/1950)

Federico Fellini est né le 20 janvier 1920 à Rimini (Émilie-Romagne), petite ville balnéaire de la côte adriatique. Sa famille est issue de la petite bourgeoisie de province. Son père, Urbano est commerçant en gros (café et fromages) : il est vif, volubile et voyage beaucoup pour ses affaires. Sa mère Ida, femme d’intérieur, issue d’une famille riche, les Barbiani, est belle mais austère, confite en religion. C’est dans ce couple très dissemblable (ressemblant étrangement à celui que formera Federico avec Giulietta Masina) que nait leur premier enfant : Federico suivi 13 mois plus tard de son frère Riccardo. Sa scolarité se fera dans la tradition catholique de ce temps. Il racontera plus tard qu’il fit des fugues pour échapper au monde oppressant de la religion et du fascisme, ce dernier étant entré, à partir de 1925, dans sa voie autoritaire qu’il ne quittera plus jusqu'à sa chute définitive (1945). Federico Fellini sera toute son existence un formidable bonimenteur, un menteur affable, à l’image de son père, habile commerçant. Dans un document audiovisuel exhumé récemment, Federico décrit ses études à la manière Fellini… mensongère. Il se décrit complaisamment comme un paresseux, un cancre, un sans espoir, un quasi analphabète, ce qu’il n’était pas : il était un grand lecteur notamment de la Divine Comédie du poète florentin Dante Alighieri (1265/1322), son livre de chevet.

En 1939 a 19 ans, Federico arrive à Rome où il vit tant bien que mal de petits boulots. Il collabore à un magazine bi-hebdomadaire satirique, Marc’Aurelio (1931/1958), dans lequel il dessine des caricatures et rédige des textes humoristiques. Parmi les signatures on comptera, Furio Scarpelli (1919/2010), Cesare Zavattini (1902/1989), deux scénaristes du mouvement « néoréaliste », Mario Bava (1914/1980) et Ettore Scola (1931/2016), deux futurs grands cinéastes italiens. En 1942, il écrit également des sketchs pour la radio où il rencontre la femme de sa vie l’actrice Giulietta Masina (1920/1994). Sa hantise est d’être incorporé dans l’armée italienne alors projetée sur plusieurs théâtres d’opérations militaires désastreuses (Éthiopie, Albanie, Grèce, Libye). Par mille ruses, voyages pour le cinéma (documentaires sur les forces armées !), dissimulation dans sa ville natale Rimini, il réussit l’exploit d’échapper à la conscription ce qui n’était pas une mince affaire dans le régime fasciste de Benito Mussolini. 

Federico et Giulietta s’unissent, pour la vie, le 30 octobre 1943.

Federico Fellini collabore à partir de 1942 à plusieurs longs métrages grâce à son amitié avec le grand comédien de théâtre et cinéma Aldo Fabrizi (1905/1990). En 1944, il fait la rencontre décisive du réalisateur Roberto Rossellini (1906/1977) qui cherche un assistant pour son prochain film : Rome, ville ouverte (Roma la citta aperta - 1945). Ce film marque après celui d’Ossessione (Les amants diaboliques – 1943) de Luchino Visconti (1906/1976) l’éclosion du courant « néoréaliste » en Italie. 
Federico poursuivra sa relation (difficile) avec Roberto Rossellini dans Païsa (1946) en voyageant à travers l’Italie (Sicile, Naples, Rome, Florence, Romagne et le delta du Po) pour le tournage de ce long métrage (126’) autour de six récits sur la Seconde Guerre Mondiale et de ses conséquences sur une Italie ravagée (famine, résistance, prostitution, etc.). Federico est tout à la fois, scénariste, dialoguiste, décorateur itinérant, au grès des déplacement du maître réalisateur : Roberto Rossellini. Il fait une apparition, grand, mince, teint en blond dans l’amore (1948) d’après la Voix humaine de Jean Cocteau (1889/1963). Sa dernière collaboration (au scénario) avec ce maître exigeant sera Les Onze Fioretti de François d’Assise (Francesco, giullare di Dio – 1950) 

Les Feux du music-hall (1950)

Giulietta Masina est l’amie de Carla Del Poggio (1925/2010) femme du réalisateur chevronné Alberto Lattuada (1914/2005). Elles décident leurs maris de réaliser ensemble un film sur l’histoire d’une petite troupe de théâtre, minable, itinérante, avec ses querelles ridicules et ses spectacles minables : Les Feux du music-hall (Luci del variéta – 90’). Alberto Lattuada et Federico Fellini s’entendent bien durant le tournage. Le film est un échec en Italie, malgré le personnage principal interprété par le dramaturge napolitain Peppino De Filippo (1903/1980), grande figure du théâtre national italien d’après-guerre. Les Feux du music-hall ne sortira sur les écrans français qu’en 1956 une fois la notoriété de Federico Fellini établie.

Premiers films néoréalistes (1952/1959)

Le Cheik blanc (1952)

En septembre 1951, Federico Fellini démarre le tournage de son premier long métrage : Le Cheick blanc (Lo sceicco bianco – 85’) sur une idée originale de Michelangelo Antonioni (1912/2017). Il étoffe le scénario avec la collaboration de Tullio Pinelli (1908/2009) qui sera pour longtemps son collaborateur attitré. Ivan Cavalli (Leopoldo Trieste) veut profiter de son voyage de noce à Rome pour présenter sa jeune épouse Wanda (Brunella Bovo) à sa famille et obtenir par la même occasion, une audience du Pape Pie XII. Wanda s’échappe pour partir à la recherche de son idole de roman photo : Le Cheick Blanc (Alberto Sordi) …

Le Cheick blanc est un récit enlevé, cocasse, pathétique, quelque peu ironique sur le comportement de provinciaux, un peu niais, découvrant la capitale, Rome, ses vastes et ses pièges. Le Cheick blanc est la première d’une longue collaboration avec le musicien Nino Rota (1911/1973) qui dans ce film, expérimente un procédé musical qu’il reprendra : des fanfares de cirques alternant avec des mélodies sentimentales.

Le Cheick blanc est un échec au box-office italien. Il ne sortira sur les écrans français qu’en 1955 après le triomphe mondial de la Strada (1954).

Les Vitelloni ou les Inutiles (1953)

Federico Fellini toujours flanqué de son fidèle Tullio Pinelli reprend un sujet de l’écrivain Ennio Flaiano (1910/1972). Cinq adolescents attardés d’une trentaine d’années, Moraldo (Franco Interlenghi), Fausto (Franco Fabrizi), Alberto (Alberto Sordi), Leopoldo (Leopoldo Trieste), Riccardo (Riccardo Fellini), vivent aux crochets de leurs parents dans une petite ville du littoral adriatique. Le récit, en quatre blocs narratifs, autour de quatre personnages principaux (le cinquième est à part), est une étude de mœurs de paresseux, de désœuvrés, à la fois satirique et cocasse dans une petite ville, sans charme aucun, semblable à la ville natale du réalisateur : Rimini (Émilie-Romagne). 

Les Vitelloni ou les Inutiles (I vitelloni – 103’), une production franco-italienne peu onéreuse, est présentée à la XIV ème Mostra de Venise (1953) où elle remporte le Lion d’Argent (Le Lion d’Or n’a pas été attribue cette année la). C’est un grand succès tant en Italie qu’en France où un film de Federico Fellini est distribué pour la première fois.

La strada (1954)

Federico Fellini et ses scénaristes habituels, Tullio Pinelli et Ennio Flaiano reprennent et développent un synopsis de Federico élabore en 1951. Zampano (Anthony Quinn), un forain, costaud et brutal « achète » à une mère de famille misérable, Gelsomina (Giulietta Masina) une jeune femme immature, quelque peu lunaire. Ensemble, ils voyagent dans une pauvre carriole tractée par une motocyclette. Ils se déplacent misérables, de village en village où Zampano fait son numéro de briseur de chaines et Gelsomina de la pantomime. Au hasard de leur itinéraire, ils font des rencontres …

Le tournage très spartiate (production de Carlo Ponti et Dino De Laurentiis encore associés), pour une grande part en extérieur, débute en octobre 1953. Il fait un froid épouvantable. Federico pousse sa femme vers une interprétation de plus en plus clownesque à la « Chaplin ». Guilietta s’insurge ayant, en bonne catholique, une vision moins radicale, moins burlesque de son personnage. Il y a des moments difficiles dans le couple. Giulietta/Gelsomina dira plus tard que son mari est « une énigme ».

La strada (115’) est unanimement saluée par la critique du monde entier, notamment italienne et française, qui qualifie le quatrième opus de Federico Fellini de chef d’œuvre du « néoréalisme ». La strada est récompensée par un Lion d’argent à la XV ème Mostra de Venise (1954) et obtient l’Oscar du meilleur film étranger à Hollywood (le premier !).

La strada sorti sur les écrans français en mars 1955 est un immense succès et installe Federico Fellini au firmament des réalisateurs transalpins.

Il bidone (1955)

Avec la même équipe de scénaristes Federico Fellini élabore un script sur des petits arnaqueurs. Trois escrocs, Augusto Rocca (Broderick Crawford), Raoul dit « Picasso » (Richard Basehart) et Roberto (Franco Fabrizi) déguisés en hommes d’église, parcourent la campagne pour abuser, grâce à leurs habits sacerdotaux, de naïfs paysans … Il bidone en langage populaire signifie l’arnaque. Dans cette production franco-italienne le réalisateur avait souhaité Humphrey Bogart (1899/1957) parfait pour le rôle principal mais déjà gravement malade. Il engage un acteur américain Broderick Crawford (1911/1986) qui arrive à Rome après une cure de désintoxication. Dès le début du tournage en extérieur la vedette du film disparait pour réapparaitre deux jours plus tard passablement alcoolisée. Federico qui ne parle un mot d’anglais parvient à diriger son acteur principal, massif, mutique, fragilisé par son alcoolisme (il ne connait pas son texte !) et son incompréhension de la langue italienne.

Le metteur en scène malgré ses difficultés sur lesquelles paradoxalement, il s’appuie, construit méthodiquement son récit qui n’en paraitra que plus poignant.

Il bidone (108’) présenté en compétition officielle à la XVI ème Mostra de Venise (1955) n’obtient aucune récompense. Le film sorti en France en février 1956 suscite des critiques élogieuses qui reconnaissent le talent du réalisateur mais le succès n’est pas au rendez-vous.

Les Nuits de Cabiria (1957)

Dans ses promenades nocturnes avec le jeune poète Pier Paolo Pasolini (1922/1975), Federico remarque le manège de prostituées. Avec ses habituels complices, Tullio Pinelli et Ennio Flaiano ils rédigent un scénario : Les Nuits de Cabiria (Le notti di Cabiria) production à nouveau franco-italienne. A Rome, Cabiria (Guilietta Masina) une prostituée un peu simplette, échappe de justesse à la noyade après avoir été agressée par son grand amour. Elle rencontre un célèbre acteur Alberto Nazzari (Amedeo Nazzari), puis un homme timide et gentil, Oscar (François Perier) qui semble l’aimer …

Les Nuits de Cabiria reprend les thèmes de ses quatres précédents films mais en les affinant, les parachevant. C’est de l’avis des critiques un film merveilleux, subtilement mise en scène ou le réalisateur fait preuve d’une maitrise absolue de son art transcendé par une actrice de génie : Giulietta Masina, son épouse.

Les critiques (françaises) sont dithyrambiques. Le film présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 1957 obtient le Prix d’interprétation féminine pour Giulietta Masina et la Mention spéciale du prix de l’Office catholique international du cinéma pour Federico Fellini. A cela, en 1958, s’ajoute outre moult récompenses, l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, le deuxième pour le réalisateur.

Les six longs métrages de Federico Fellini ont fait de lui un cinéaste reconnu mondialement, récompensé dans nombre de festivals : Mostra de Venise, Festival de Cannes, Academy Awards (Oscars), etc. Ils marquent aussi la fin d’un cycle artistique de sept ans, fortement influencé par le courant « néoréaliste » du cinéma italien des années 1950. Dès lors, Federico cherche une autre voie.
Fin de la 1ère partie (à suivre)…

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