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Tradition
Clôture religieuse et confinement de pandémie
Clôture religieuse et confinement de pandémie
© DR - le martyre des Filles de la Charité sur l’échafaud

| François Xavier Esponde

Clôture religieuse et confinement de pandémie

NDLR. : nous venons d'apprendre qu'une permanence téléphonique d'écoute vient d'être mise en place localement à l'initiative du diocèse, elle s'ajoute au numéro national (0806 700 772) communiqué par la Conférence des Evêques de France et destiné aux catholiques actuellement confinés. Or, le confinement se prolonge… et avec lui, l’isolement ou les difficultés familiales. C'est pourquoi le diocèse de Bayonne organise, lui aussi, une permanence d’écoute tous les soirs de la semaine de 18h à 21h au téléphone : 
05 59 59 59 96 où une personne sera disponible pour un temps d’échange.
Par ailleurs, à la suite de  plusieurs évêques qui l'ont déjà célébrée en leur diocèse l'évêque de Bayonne Mgr Aillet invite les fidèles à s'unir à la consécration privée de la France au Sacré-Cœur de Jésus et au Cœur Immaculée de Marie à laquelle il procèdera à l’issue de la Messe célébrée ce dimanche "de la divine Miséricorde" 19 avril à midi dans sa chapelle de l’évêché : on pourra suivre l'office en direct en cliquant sur le lien disponible sur le site du diocèse de Bayonne 
www.diocese64.org
Le monde traverse une crise sanitaire grave qui a fait déjà de nombreuses victimes et qui plonge des populations entières dans l’inquiétude et l’angoisse. A la demande de nombreux fidèles laïcs, les conférences épiscopales d’Espagne et du Portugal ont décidé de consacrer leurs pays respectifs le 25 mars dernier au Sanctuaire Notre-Dame de Fatima, pour demander au Seigneur de mettre un terme à la Pandémie du Covid-19. Plus d’une vingtaine de conférences épiscopales d’Europe et d’Amérique se sont unies à cette consécration. En France, des associations de fidèles laïcs, de sensibilités diverses, ont pris l’initiative d’une supplique adressée filialement à leurs évêques pour renouveler cette Consécration du pays, supplique qui approche à ce jour les 60.000 signatures.

1 – La clôture chez les religieux
On serait tenté de commenter, mais la pandémie universelle impose à tout sujet sous toutes les latitudes du monde de vivre un cantonnement imposé par les autorités de chaque pays, pour enrayer la propagation épidémique du moment.Une forme de clôture spirituelle ou religieuse que l’on pensait réservée au choix libre et personnel de chacun, selon son état de vie et ses convictions, mais qui s’applique désormais à tous en raison d’obligations sanitaires.
Dans la tradition religieuse, la clôture est un espace réservé aux hommes ou aux femmes jusqu’au Concile de Trente.  Les juridictions évolueront dans la rigueur ou la souplesse des règles admises et partagées par les moines ou les moniales des couvents. Il s’agissait de consacrer la vie et de protéger la conduite ascétique du postulant engagé de la sorte.
Selon le projet sacré admis et voulu on se démarquait d’une forme profane de la vie antérieure abandonnée par chaque sujet, et des vœux prononcés dans une communauté.
On cite dans l’histoire de l’Eglise Pacôme le Grand au IVème siècle, auteur  d’une règle de vie consacrée sans clôture, où moines et moniales pouvaient cohabiter séparément. Plus tard encore, Augustin d’Hippone fut favorable à une clôture commune ouverte, d’où les moniales pouvaient sortir du monastère sous condition d’être groupées pour le faire.
Dès le VIème siècle, ces monastères aux règles doubles auront cependant mauvaise réputation.
La règle et la promiscuité des sexes souffrant d’exceptions, devenaient des acceptations et des prétextes à disposer librement de sorties peu convenues de la vie conventuelle.
2 – Des clôtures évolutives.
Dès 529, l’Empereur Justinien impose “de séparer les deux sexes et d’appliquer les deux formes d’une clôture active ou passive,” pour ce faire. Césaire d’Arles sera l’auteur d’une lettre “ad virgines” au VIème siècle qui réglemente les autorisations d’entrée et de sortie des couvents. Ce qui constitue la preuve avouée de la facilité des moines de l’adapter à leur convenance.
Au Concile de Ver dans l’Oise en 755, « les Abbesses elles-mêmes sont priées de ne quitter leurs monastères sinon en temps de guerre ou d’épidémie ou par Ordre du Roi ». Les cardinaux et évêques ainsi que les supérieurs majeurs des congrégations sont contraints de respecter l’usage.
D’autres exceptions telles le feu, l’incendie et la maladie seront cependant  admises comme dérogations possibles.
En 785, Charlemagne instruit “ses missi dominici” avec les recommandations d’usages pour ces permissions et autorisations.
Du XIème au XIIIème siècle, le nombre des congrégations masculines et féminines allant croissant, le pape se vit obligé “d’affilier les communautés féminines aux ordres monastiques de moines d’origine plus ancienne”, mais les Supérieurs majeurs de ces ordres masculins n’étant pas tous disposés à le faire, l’autorité pontificale et romaine imposa des règlements dans ce sens.
On cite le chapitre général de Cîteaux dans l’histoire des congrégations religieuses en 1228, légiférant l’organisation des monastères masculin/féminin séparés, selon la règle de la clôture active dans  la vie de la communauté.
Les Prémontrés auront devront décider à leur tour l’organisation suivie des deux branches de la communauté, masculine et féminine. En 1290, au cours d’un Chapitre majeur, l’Ordre décida que “les Norbertines, la branche féminine issue de Saint Norbert, leur fondateur, ne seront pas autorisées à quitter leurs couvents sans avoir été tondues trois fois par an, pour les en dissuader au préalable et selon toute probabilité de pénitence,  pour en limiter l’usage...” Excusez du peu !
Le Concile de Trente imposa une réglementation stricte de la clôture dans la vie des congrégations religieuses. Après des siècles de pratiques libres et de tolérance admise, la règle et la discipline se renforcèrent.
Le Concile Vatican I l’adapta depuis lors aux exercices et aux missions des moines hors et dans leurs couvents.
Ainsi saint Vincent de Paul s’adressant aux Filles de la Charité, leur donnait cette recommandation : “Vous aurez pour monastère les chambres des malades, pour clôture les rues de la ville, pour grille la crainte de Dieu, pour voile, la sainte modestie”..
En ces temps pandémiques, on partagerait volontiers cette instruction avec les « soldats de la santés » engagés sur tous les fronts de la maladie.
En d’autres familles spirituelles, le propos fut différent. Les cisterciens de la stricte observance de Jean de Rancé ne ménageront leur peine… “Le monastère du moine est son sépulcre et il doit y attendre en repos que le Seigneur du monde l’appelle comme autrefois il appela Lazare quand il voulut se retirer du tombeau”.
Thérèse et Jean de la Croix furent favorables à la clôture du Carmel pour protéger la solitude du couvent dans la communion avec Dieu privilégiée  de la vie religieuse.
Ainsi donc, le panel des règles et des observances de la clôture divergera au fil de l’histoire de l’Eglise. Aux uns, la discipline religieuse n’étant jamais suffisante, on ajouta des restrictions et des sanctions telles l’excommunication qui pourraient sembler aujourd’hui inqualifiables.Aux autres, le bénéfice de la vie spirituelle devant admettre des exceptions de règlement, on laissait au soin des évêques et des cardinaux la soin de régler in situ les spécificités du moment et de l’histoire des congrégations elles-mêmes...
La pandémie actuelle ayant eu raison de nombre de ces exceptions, on pressent la nécessité admise désormais de penser le dé-confinement personnel qui en langage religieux pourrait se résumer à la permission de sortie quand la menace de survie n’est plus exposée à la récidive et au triste sort des assujettis à la pandémie. Mais l’heure ne semble pas advenue pour l’instant !

Légende : le martyre des Filles de la Charité sur l’échafaud de la république (juin 1794, l’année de la déportation des Basques)

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