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Musique
Cécile Chaminade, musicienne à corps et âme
Cécile Chaminade, musicienne à corps et âme

| Yves Bouillier

Cécile Chaminade, musicienne à corps et âme

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Cécile Chaminade ©
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Cécile Chaminade ©
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Alors qu'il y a eu dans toute l'histoire de la musique, un nombre important de femmes compositrices talentueuses, sommes-nous capables d'en citer ne serait -ce qu'une dizaine ?

 Pourquoi aucune d'entre elles ne figure dans le guide de la musique de chambre de "référence " édité chez Fayard (dernière édition 1989) sensé y répertorier toutes les œuvres ?

On y trouve 175 compositeurs, aucune compositrice... !

A l'approche de la journée internationale des droits des femmes (08 mars), je souhaite dénoncer cette injustice et m'engage à contacter les éditons Fayard pour leur demander quand ils pensent lancer une prochaine édition en intégrant toutes les œuvres de musique de chambre, même celles composées par des femmes. Je vous tiendrai informé de mes échanges.

 Clara Schuman et Fanny Mendelssohn qui ont pourtant composé des œuvres magnifiques pour la musique de chambre n'ont pas leur place dans ce guide...  Tout comme d'autres compositrices qui méritent également que l'on les connaisse et que l'on découvre leur musique : Hélène de Nervo, Louise Bertin, Marie Jaell, Louise Farrenc, Pauline Viardot ou encore Mel Bonis, compositrice française au destin incroyable que je mettrai à l'honneur très prochainement.

Pour se faire une idée des conceptions encore répandues au 19ème siècle, voici un extrait de l’Emile ou de l’Education de Jean-Jacques Rousseau : « … toute l’éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, se faire aimer et honorer d’eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, leur rendre la vie agréable et douce : voilà les devoirs des femmes dans tous les temps et ce qu’on doit leur apprendre dès leur enfance. »

Comment ne pas citer également les mots d'Abraham Mendelssohn, père de Fanny et Félix Mendelssohn, tous deux musiciens prodigieux, élevés ensemble ; lettre adressée à sa fille Fanny qui souhaitait vivre de sa passion, la musique :
« La musique deviendra peut-être pour lui (Félix) son métier, alors que pour toi, elle doit seulement rester un agrément mais jamais la base de ton existence et de tes actes … ta joie sincère devant les louanges qu’il (Félix) reçoit prouve que tu en aurais mérité tout autant à sa place. Demeure fidèle à ces sentiments et à cette ligne de conduite, ils sont féminins et seulement ce qui est féminin est un ornement pour ton sexe ».

La compositrice Cécile Chaminade dut également se battre pour pouvoir se réaliser comme pianiste et compositrice face à un père qui pensait que :  " Dans la bourgeoisie, les filles sont destinées à être épouses et mères".

Cécile Chaminade a pu devenir une grande pianiste et compositrice connue et reconnue en son temps, entre 1880 jusqu'à la première guerre mondiale. Malheureusement, elle fut totalement oubliée par la suite et très peu jouée. 

Cécile Chaminade est née le 08 août 1857 à Paris, au pied de la butte Montmartre dans une famille bourgeoise où l'art en général et la musique en particulier sont présents dans la vie de la maison. Les parents sont tous deux musiciens amateurs : sa mère est une excellente pianiste et chante merveilleusement bien et son père joue du violon. La mère de Cécile repère très vite les dispositions de sa fille qui travaille le piano avec passion dès son plus jeune âge.

C'est dans leur maison de campagne au Vésinet que la famille Chaminade se rapproche de leur voisin, Georges Bizet, vingt ans plus âgés que Cécile qui lira et jouera les premières compositions (Mazurkas pour piano) de la jeune fille alors qu'elle n'a que 12 ans. Etonné par le talent de la jeune enfant que Bizet appelle " Mon petit Mozart", il arrive à persuader le père de Cécile de la présenter à des professeurs de renom dont Félix Le Couppey pour le piano et Benjamin Godard pour la composition.

Les Chaminade organisent régulièrement dans le salon de leur demeure parisienne des soirées musicales et reçoivent des musiciens comme Vincent D'Indy, Jules Massenet, Charles Gounod, Ambroise Thomas, Emmanuel Chabrier, Moritz Moszkowski (qui épousera Henriette, la soeur de Cécile) et surtout Camille Saint-Saens qui aidera beaucoup Cécile Chaminade au début de sa carrière.

Elle aura la chance de côtoyer tous ces artistes exceptionnels mais c 'est la rencontre avec le violoniste belge Martin-Pierre Marsick qui lui permettra de rentrer dans le monde merveilleux de la musique de chambre.

En 1877, à 20 ans, profitant d'un voyage de son père, elle se produit pour la première fois en public à la salle Pleyel, en trio avec Marsick au violon et Gérard Hekking au violoncelle ; ils jouent des trios de Beethoven et Widor : l'accueil du public et de la presse est chaleureusement unanime.

Dès 1880, à l'occasion de la création de son 1er trio en sol min opus 11, la carrière de pianiste et de compositrice de Chaminade démarre. 
A l'audition de ce trio, le journaliste de la revue musicale hebdomadaire le Ménestel juge que la :" pièce est écrite d 'une main déjà ferme et assurée et témoigne d'un savoir profond et sérieux. Les idées en sont heureuses mais les développements n'en sont peut-être pas assez logiquement déduits et coordonnés entre eux. Peut-être aussi que Mademoiselle  Chaminade n'a telle pas pu y faire suffisamment abstraction de son habileté de virtuose, notamment dans le scherzo qui a presque l'air d'une fantaisie pour piano plutôt que d'un morceau de musique de chambre. Quoiqu'il en soit, ce trio est une composition de longue haleine et d'une grande valeur musicale "

Ecoutons, l'Andante de ce trio, très belle et émouvante page de musique dont on peut deviner l'influence de Brahms :

https://www.youtube.com/watch?v=Zw5IBKkX7Zw&feature=emb_logo

Dans les années 80, Cécile Chaminade donnera des récitals en piano solo dans toute l'Europe, jusqu'en Grèce et en Turquie, remportant de formidables succès. Frantz Liszt dira d'elle : " Elle me rappelle Chopin".

Particulièrement appréciée en Angleterre, elle y fera à partir de 1892 des visites régulières et sera invitée à plusieurs reprises par la Reine Victoria à séjourner à Windsor.

Lors de la saison 1907-08, elle donne 25 concerts interprétant notamment son Concertstucke opus. 40 pour piano et orchestre devant des salles combles aux Etats Unis et au Canada, et sera l'hôte à déjeuner de Théodore Roosevelt. 

En 1913, Chaminade est reconnue pour son talent et sa carrière ; elle est la première femme compositrice à être nommée Chevalier de la Légion d 'honneur. 

En tant que compositrice, Chaminade compose 150 mélodies ; notons le succès en son temps de "L'Anneau d'argent" sur un texte de la poétesse Rosemonde Gérard, épouse d'Edmond Rostand. 
Elle se lance également dans l'aventure lyrique, tellement importante pour les compositeurs dans la France du XIXème ; elle compose La Sévillanne, opéra-comique qualifié d'une orchestration " fine et ingénieuse" et l'on parle "d'un tempérament musical de premier ordre."

Mais ce sont ses 200 pièces pour piano, pièces de salon de style romantique qui composent l'essentiel de son œuvre.

Lorsque l'on demande à Cécile Chaminade comment elle compose, elle répond : "pour toute composition un peu développée, il faut penser longuement. Et de même que les peintres se reculent et changent de place pour juger leurs œuvres, le musicien s'écoute beaucoup et laisse souvent posé ce qu'il a écrit pour le reprendre un peu plus tard et juger son travail quand l'imagination s 'est calmée".

 Vivant toujours seule, Chaminade contracta néanmoins un mariage blanc en 1901 avec un homme divorcé et sans fortune qui la laissa veuve en 1907. Elle déclarait souvent : " Mon amour c 'est la musique, j'en suis la religieuse, la vestale".

La grande guerre aura raison de la carrière de soliste de Chaminade, elle continue à composer tout en travaillant dans un hôpital londonien puis s'arrête totalement de composer dans les années 30 à cause d'ennuis de santé. Elle se retirera seule, oubliée de tous à Monte Carlo pour décéder en 1944.

 A partir de la 2de guerre, Chaminade sera extrêmement peu jouée. C 'est tout récemment, dans les années 2000 que l'on redécouvre certaines de ces œuvres. 
Terminons ce portait en musique avec Automne, pièce de Chaminade interprétée ici par un pianiste français exceptionnel que j'aime particulièrement Jérôme Ducros.

https://www.youtube.com/watch?v=to9j45EVBb8

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La Villa Chaminade au Vésinet vers 1900 ©
zMusique1 La Villa Chaminade au Vésinet vers 1900.jpg

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Aurnague | 05/03/2021 23:33

Cécile Chaminade qui s’est éteinte en effet à Monte-Carlo ... Pour l’avoir joué avec ma chère flûtiste je vous recommande le merveilleux concertino qui est une œuvre de grande virtuosité pour la flute Cécile Chaminade a écrit aussi pour l’orgue un beau recueil qui s’intitule : La nef. Sacrée ... Une autre grande dame à retenir pour l’orgue : Jeanne Desmessieux ! ...

Moulié | 08/03/2021 08:24

Excellent reportage sur Cécile Chaminade, pour information, j'ai créé le Conservatoire Privé des Partitions Anciennes à Agen, 50 000 partitions, 2000 recueils cuir et 1500 revues musicales, le tout du 19eme siècle, je possède une bonne centaine de partitions de Cécile, dont beaucoup sont dédicacées de sa main et des partitions de nombreuses femmes dont Loïsa Puget....Le descendant du violoniste Marsick habite également Agen. Bien cordialement Christian Moulié

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