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Portrait
Biarritz : l'univers architectural de Robert La Tour d’Affaure
Biarritz : l'univers architectural de Robert La Tour d’Affaure

| Anne de Miller-La Cerda 1143 mots

Biarritz : l'univers architectural de Robert La Tour d’Affaure

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Le Rocher de La Vierge ©
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villa Bégonia ©
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Hôtel des Princes façade sur rue Gambetta .jpg ©
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Chaque jour à Biarritz, l’architecte Robert La Tour d’Affaure déambule dans les rues au fil des maisons de son enfance qui ressemblent à des êtres vivants.

Originaire de Biarritz, il connaît les moindres recoins de ces grandes dames qui défilent le long de l’Océan à l’image de la villa « Bégonia » en pierres taillées construite par l’architecte d’Estailleur en 1909 ; de la villa « Paz » édifiée dans les années trente par les frères Gomez, ou encore de l’église russe avec ses bulbes aux nervures dorées créés en 1888 par les architectes Nikonoff et Tisnès qu’il esquisse à la mine de plomb où photographie au fil de ses balades citadines et paysagères.

Fidèle à l’hôtel des Princes initialement baptisé hôtel Gourrine où il est né en 1962, Robert La Tour d’Affaure n’a jamais quitté l’appartement de cette ancienne  demeure proche des Halles que son père, originaire d’une ancienne famille du Lot-et-Garonne, avait acquise dans les années 58. Ce  lieu élégant au coeur de la villégiature, construit en 1852 par l’architecte Bernard avec son bel escalier encadré de deux colonnes à l’entrée de la rue Gambetta, est  devenu trop bruyant aujourd'hui,  A l'intérieur, les salons en enfilade aux plafonds moulurés et les grands miroirs attirèrent - quelques années avant son mariage avec Napoléon III - la jeune Eugénie de Montijo et sa mère María Manuela Kirkpatrick de Grevignée, comtesse de Montijo. Renonçant à Saint-Sébastien assiégée par les carlistes, elles étaient venues prendre les bains à Biarritz qui commençait à gagner en réputation.
Leur passage à l’hôtel des Princes qui devint à la mode fut suivi d’un défilé de célébrités espagnoles : le duc d’Osuna, ambassadeur d’Espagne à Paris, le duc de Frias, gouverneur de Madrid, Henry O’Shea, auteur du premier livre sur l’architecture au Pays Basque intitulé « La Maison basque », seigneur espagnol d’origine irlandaise remarqué à Biarritz, Ferdinand de Lesseps, cousin de  l'Impératrice Eugénie, ancien consul général de France à Barcelone, la famille d’Orléans et bien d’autres …

Aussi c'est en découvrant d’autres intéressantes créations d' architectes de renom de la Côte Basque des années 20-30, tels Charles Siclis auteur de la villa « Les Escalettes » (ex « Andalucia », 1922) à Biarritz et Henri Sauvage (avec Charles Sarasin) auteur de la villa « Natacha » (ex villa Leuba 1908) également à Biarritz, Georges-Henri Pingusson, auteur de la Villa Barret-Decap (1930) à Anglet, Louis Süe auteur de la boutique Patou à Biarritz et de la villa de Jean Patou « Berriotz » (1925) à Bassussary, ou en observant l’étonnante passerelle « Itsasoan » créée à Guéthary en 1927 par Henri Godbarge, mais aussi sa rencontre avec l’architecte  Jean Raphaël Hébrard, à la vison plus contemporaine (1970) à Anglet, que naquit la vocation de Robert La Tour d’Affaure pour l’architecture.

Etudiant, celui-ci quitta provisoirement la Côte Basque pour l’école d’architecture de Bordeaux où il obtint en 1990 le diplôme DPLG qu’il compléta d’un DEA d’histoire de l’Art en 1994 dont le thème de sa thèse était « Louis et Benjamin Gomez, architectes en Côte-basque », auteurs de 150 villas. Un sujet qui l’avait marqué à l’occasion de sa visite à la villa Malaye construite en 1932 par Benjamin Gomez à Bayonne lorsqu’il y découvrit son élégant escalier.. Cependant, Robert La Tour d’Affaure se détachera de la vison néo-basque des frères Gomez qui d’après lui semblerait parfois trop traditionnelle.

Parallèlement à ses études, le futur architecte voyagera en Italie, pays de sa mère d’origine franco-romaine, venue habiter à Biarritz où elle tiendra un commerce de tissus de haute couture. C’est dans la capitale latine qu’il découvrit avec émotion la « Pieta » de Michel Ange à la basilique Saint-Pierre du Vatican à Rome. Près de Sienne, il sera  impressionné par la construction de la banque del Monte dei Paschi di Siena aux structures apparentes de métal rouge signée de l’architecte Giovanni Michelucci en 1983. Une œuvre créée par son auteur alors qu’il avait atteint l’âge de 92 ans !
Robert La Tour d’Affaure séjourne également en Angleterre, aux USA où il contribuera à la restauration de la Cascade Ranch à Santa Cruz en Californie. 

Ces rencontres architecturales développeront en lui une pensée sur l’essence même de l’architecture transmise dans de nombreuses publications et conférences (revues d’architecture, Atlantica, Le Festin…)
Une réflexion sur l’Art et l’architecture qui se consolidera par la connaissance de l’œuvre spirituel du sculpteur et écrivain basque Jorge Oteiza ainsi que du poète romancier basque Barnardo Atxaga, fut déterminante.
Cette démarche intellectuelle l’amène à pratiquer des exercices spirituels graphiques ou abstractions géométriques. Inscrit sur une grille carrée bidimensionnelle, l’artiste en marque à l’encre de chine les étapes d’un parcours d’architecte qui l’aident dans son travail quotidien

Parmi ses œuvres les plus emblématiques

En 2001, il réalise « Ispilu Ainguratua » (le Miroir Ancré). Face au vent du large, placé entre les « Peignes du vent » de Chillida et le « portique » de Jorge Oteiza au bord de l’Océan à Saint Sébastien, creusé dans la roche du Mont Urgull, le Miroir en acier inoxydable s'offre à la lumière. Sur la porte d'entrée de ce lieu à l’utilité prosaïque, le poète Barnardo Atxaga a gravé quelques mots en basque :
"Sur ce miroir/mille yeux/se poseront/(et le monde)/ des miroirs, eux aussi/le miroir de tant d'autres mondes..."
Monolithe oblique, cette sculpture architecturée miroir s’ouvre ainsi sur le paysage, le révélant.
Attiré par les effets de reflets et effets d'optique, l’architecte crée en 2004 « Uhin Aska » (le bassin à ondes) mesurant 18 m x 4,50 m. Tel un canal à ondes face à une maison néo-basque, ancienne etxe,  il disparaît dans la perspective du paysage montagneux à Sare.
S’inspirant des bassins agricoles de stockage de l’eau pour l’irrigation, l’intérieur est revêtu de carreaux de grès cérame présentant le même aspect que la pierre naturelle de Cenia qui encadre le pourtour de la pièce d’eau.

Parmi les projets qui lui tiennent à cœur, l’architecte a encore imaginé une stèle funérairedénommée « Ilargi Leihoa »  (fenêtre-lune) pour la tombe de ses parents à Bidart. Ce projet onéreux en verre d’après la technique du maître verrier Yan Zoritchak, n’a pas encore été mise en place.

Actuellement, Robert La Tour d’Affaure réhabilite la villa avec jardin « Hor Dago » située au centre de Biarritz, en y ajoutant une extension,
« Il m’apparaît aujourd’hui vital d’édifier une architecture localiste, en étroit dialogue avec les nouveaux paysages », conclut Robert La Tour d’Affaure.

Robert La Tour d’Affaure : Atelier : Les Princes, 13 Rue Gambetta, 64200 Biarritz - Mail ; r.daffaure@hotmail.com - Port 06 80 56 76 36

Légendes 
1 Robert La Tour d'Affaure chez lui dans son atelier. ©Anne de Miller-La Cerda
1 Le Rocher de la Vierge © photo R La Tour d'Affaure
2 Croquis de la villa Bégonia © photo R L T d'Affaure
3 Hôtel des Princes à l'époque d'Eugenie de Montijo
4 « Ispilu Ainguratua » "Le Miroir ancré"© photo Anne Garde
5 et 6 « Uhin Aska » (le bassin à ondes) © photo R La Tour d'Affaure et Anne Garde
 

Miroir ancré dans la Roche Basque.JPG
Miroir ancré dans la Roche Basque.JPG ©
Miroir ancré dans la Roche Basque.JPG
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