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Cinéma
Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola Première partie
Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola Première partie

| Jean-Louis Requena

Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola Première partie

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Francis Ford Coppola sur le tournage d'Apocalypse Now ©
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Projection d’une copie de travail (“work in progress”)

Le 10 mai 1979, dans la grande salle du Palais des Festivals de Cannes, les spectateurs qui s’y sont pressés, ont assisté, médusés, cloués sur leurs fauteuils à la projection d’un long métrage (141’) aux couleurs flamboyantes, à la bande son tonitruante, enveloppante : Apocalypse Now, dernière œuvre cinématographique, attendue depuis deux ans de Francis Ford Coppola. A la fin de la séance, retentissent des applaudissements nourris et quelques sifflets. C’est un choc visuel, sonore, d’un film présenté en copie de travail (work in progress), inachevé. Il est inclassable, d’aucun genre : ni d’action, ni d’aventure, ni de guerre, celle du Viêt Nam qui s’est achevée, quatre ans auparavant, avec le départ précipité de l’armée américaine (avril 1975).

La Présidente du jury du 32ème Festival de Cannes, Françoise Sagan (1935/2004), célèbre « romancière germanopratine » n’a pas aimé le film.

Le lendemain, Francis Ford Coppola (40 ans) entouré de sa femme Eleanor (43 ans), de ses trois enfants, Gian-Carlo (15 ans), Roman (13 ans) et Sofia (7 ans) anime une conférence de presse où il déclare en ouverture : « Apocalypse Now n’est pas un film sur le Viêt Nam, c’est le Viêt Nam … Nous étions dans la jungle, nous étions trop nombreux, nous avions trop d’argent, trop de matériel et petit à petit, nous sommes devenus fous ».

Apocalypse Now est la chronique de cette folie collective …

Apocalypse Now, une longue gestation

Le court roman Au cœur des ténèbres (Heart of Darkness) de Joseph Conrad (1857/1924) paru en 1899 a depuis toujours fasciné nombre de cinéastes. Dès 1939, Orson Welles (1915/1985) a tenté de l’adapter. Cela aurait été son premier film avant son fameux Citizen Kane (1941). Devant l’énormité de budget (tournage en décors réels), le studio RKO a abandonné le projet. Orson Welles avec l’aide du scénariste Herman J. Mankiewicz (1897/1953) s’est recentré sur un autre sujet : la vie du magnat de la presse, Charles Foster Kane. En 1969, 30 ans plus tard, deux « wonder boys » Georges Lucas (1944) et Francis Ford Coppola (1939) fondent la société de production « American Zoetrope ». Leur but : produire des petits films indépendants, loin des studios hollywoodiens dont le modèle économique s’effrite et n’offre pas de possibilité de créer des œuvres personnelles. Parmi les projets l’adaptation, de cette « start up » le roman de Joseph Conrad : Au cœur des ténèbres rebaptisé The Psychedelic Soldier. En 1975, les deux scénaristes Francis Ford Coppola et son ami John Milius (1944) conservent la trame du roman (la remontée d’un fleuve par un homme vers le repaire d’un fou sanglant) mais en y greffant plusieurs ingrédients comptemporains : la guerre du Viêt Nam (1965/1975) qui s’achève dans un désastre pour l’image des États-Unis, et le surf, passion de John Milius. Le script, remanié durant des années par les deux scénaristes fait 1.000 pages. Il s’intitule désormais Apocalypse Now en référence ironique au slogan « Nirvana Now » cher au mouvement hippie californien.

Georges Lucas, pressenti pour tourner le film avec de modestes moyens (caméra 16 mmm, image en noir et blanc, son direct), se dérobe : il travaille sur un projet qui lui tient à cœur, difficile à monter : Star Wars (1977) ! Francis Ford Coppola décide alors de reprendre le projet pour un budget confortable de 14 millions $, avec une part de ses fonds propres adossés à un grand studio hollywoodien, United Artists, pour la distribution. 

L’histoire que narre Apocalypse Now est fort simple : le capitaine Benjamin L. Willard, des forces spéciales (bérets verts) attend dans une chambre à Saigon une mission. Un général lui ordonne de remonter la rivière nung jusqu'au Cambodge afin d’éliminer le Colonel Walter E. Kurtz, un ancien Béret Vert, devenu un fou sanguinaire commandant une troupe de tueurs. Pour effectuer cette mission secrète, l’armée américaine met un patrouilleur à sa disposition commandé par le lieutenant George « Chef » Philips. A son bord, Lance Johnson, un soldat hippie surfeur de renom, le mécanicien Jay « Chef » Hicks, et un très jeune soldat noir, Tyrone « Clean » Miller.

La mission est ultra secrète, l’U.S Army ne pouvant tolérer une telle déviance malsaine, contraire à ses principes…

Francis Ford Coppola, sur l’Olympe

En 1975, Francis Ford Coppola est au sommet de sa gloire. Après des débuts modestes dans l’industrie du cinéma auprès du producteur réalisateur et mentor, Roger Corman (1926), il a réalisé quelques films sans grands succès : Dementia 13 (1963), Big Boy (1966), La vallée du bonheur (1968), une comédie musicale avec Fred Astaire (1899/1987) et Petula Clark. En 1969, avec une petite équipe, il produit un film personnel, Les Gens de la pluie (The Rain People) qui est remarqué par les cinéphiles mais n’a pas de succès commercial. Les échecs répétés des longs métrages produits par American Zoetrope (THX 1138 et American Graffiti de George Lucas) le laisse sans le sou. C’est alors que le studio Paramount lui propose, suite aux refus répétés de grands réalisateurs (Sergio Leone, Richard Brooks, Constantin Costas Gravas, etc.), un film sur la mafia italo-américaine : Le Parrain (The Godfather – 1972). Le long métrage (175’) auquel personne ne croyait est un immense succès critique et commercial. Devenu intouchable, Il exige de tourner un film dont il a écrit le scénario : Conversation secrète (The Conversation – 1974) qui remporte la Palme d’or au 27 ème Festival de Cannes (1974). La même année, il dirige Le Parrain II (Mario Puzo’s The Godfather : Part II) qui est également un triomphe critique et commercial.

Francis Ford Coppola a 36 ans. A Hollywood, il cumule en deux ans une pluie de récompenses : 2 oscars (1973) pour le Parrain (meilleur acteur, meilleur scénario), 3 oscars (1975) pour Le Parrain, 2 ème partie (meilleur film, meilleure réalisateur et meilleur scénario). C’est enfin la gloire. Devenu riche, il achète une grande propriété viticole historique dans la Napa Valley pour entamer une vie parallèle de viticulteur.

Sûr de lui, mégalomane, Francis Ford Coppola décide de tourner le script d’Apocalypse Now en décors naturels reconstitués, aux Philippines alors sous la coupe du Président Ferdinand Marcos (1917/1989) et de sa femme Imelda, tous deux corrompus, mais soutenus par l’administration américaine.

Son entourage professionnel, ses amis, l’avertissent du danger d’une telle entreprise risquée, loin des bases traditionnelles de l’industrie cinématographique. Rien n’y fait ! Sa décision est prise : ce sera les Philippines.

(à suivre dans l’article suivant…)

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